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Le blog de Marie Chevalier

un blog pour mes écrits,et pour y recevoir mes amis

Articles avec #mes nouvelles catégorie

Les chattes de ELLE et LUI

Publié le 7 Septembre 2017 par marie chevalier dans mes nouvelles

                              

 

 

            TITI

 

 

 

 

 

Laquelle  préfèra-t-ELLE ? ELLE ne saurait le dire. Elles  étaient  si différentes !

 

Mais quand  on lui en parle, ELLE se confie  volontiers et nous raconte facilement les plaisirs et les joies qu’elles ont pu partager.

 

TITI a été la première à partager leur vie de couple.  C’était une grande chatte altière, noire de jais, les yeux verts. Du sang bleu du côté de sa mère, une belle siamoise à la queue courte, et hélas, un tempérament de gitane du côté de son père, le voyou de l’hôtel d’à côté ! Sa mère avait fauté et ses maîtres n’avaient pas apprécié ces petits « bâtards ». Pensez donc, depuis des générations, la lignée de Mitzi (c’était le nom de la mère), n’avait jamais été entachée. Toujours des siamois, avec cette face si fine, ces oreilles si longues et ce corps si fin !

Hélas, il fallait se faire une raison, la famille « aristo » allait s’arrêter là, faute d’avoir pris les précautions d’usage quand Mitzi manifesta des signes « d’impatience » !. Enfin, on ne pouvait pas revenir là-dessus, la faute avait été commise et cette petite boule noire était là et bien là.

 

Des estivants qui venaient habituellement en vacances chez Madame M.  Lui avaient « réservé » un petit de Mitzi, pour l’année suivante, surtout un siamois avaient-il précisé et de préférence avec une queue, une vraie ! Et puis un mâle ! Las, la pauvre Madame M. était bien ennuyée ! La portée n’était composée que de chatons de couleurs différentes, mais point de siamois ! Le cœur déchiré, elle se dit qu’il allait falloir, soit caser tous ces petits (quatre) ou alors les euthanasier ! Et à cela elle n’arrivait pas à se résoudre !

 

ELLE et  LUI, qui comme tous les ans, partaient en vacances, trouvèrent,  « sur le tard », une location chez Madame M. Lorsqu’ils arrivèrent et qu’ils virent cette nichée de petits chatons, plus mignons les uns que les autres, ELLE supplia son mari d’accepter d’en ramener un dans leur appartement à Paris. Hélas, LUI n’était pas très chaud, il n’aimait pas particulièrement les chats et préférait les chiens. A force d’arguments, ELLE réussit à le convaincre et finalement il accepta : « A condition, exigea-t-il que ce soit UN CHAT ! » Il n’était pas question de se transformer en vétérinaire et d’accoucher une chatte, d’accord ? D’accord ! Ils restèrent un mois en vacances et tout naturellement, ils allaient voir le « bébé » régulièrement et constataient ses progrès.

 Et puis, il fallait bien retourner travailler. Ils mirent le chat dans une petite boîte à chaussures, avec des copeaux, ils dirent au revoir et en avant l’aventure ! mille kilomètres avec un chaton dans une boite à chaussures, un chaton, dont il fallait bien l’avouer, aucun des deux ne savait comment  s’en occuper ! Tout d’abord, ce brave animal se mit à miauler d’une voix affreuse, rauque, et cela dura presque tout le voyage ! Puis, tout naturellement, il fit ses besoins dans la voiture, par terre, et recommença à hurler jusque Paris. LUI craquait un peu, disons, qu’il craquait beaucoup, il se mit lui aussi à s’extérioriser en criant plus fort que le chaton, qu’il n’avait jamais été d’accord pour ramener cette « bestiole » à la maison, que cela allait être une source d’ »em… » et qu’il fallait vraiment n’avoir aucune cervelle pour s’enquiquiner avec un animal dans un appartement !

 

Quand, enfin, exténués, ils déposèrent la petite boule de poils noirs qui les regardait désespérément, avec un regard si triste, si triste, que même LUI craqua et la prit dans sa main et la leva au-dessus de lui en lui disant : Bienvenue chez toi, chenapan !

 

Tout se passa bien, TITI grandissait, devenait une très belle chatte, ( car bien sûr, personne ne l’avait vu mais il s’agissait d’une chatte )!

 

ELLE l’emmena chez le vétérinaire la faire opérer et tout se passait très bien.

Bien sûr, ses maîtres l’adoraient et elle leur rendait bien, mais quel tyran ! A tel point  que parfois ELLE se demandait si  cette bête n’allait pas lui faire peur un jour, tellement elle était forte, exigeante et capricieuse. Elle se comportait avec ses maîtres comme avec des valets. Elle était chez elle et non chez  eux, et si elle n’aimait pas les amis qu’ils recevaient, elle le faisait immédiatement savoir en feulant, en leur sautant dans les jambes et parfois en les mordant. A tel point qu’ils avaient trouvé la solution : la chatte dans une pièce avec sa pitance et sa litière, et les amis dans une autre pièce ! Le vétérinaire interrogé, naturellement devant l’angoisse des maîtres, affirma que cela n’était pas rare, qu’elle défendait son territoire, que c’était en quelque sorte une chatte de garde. Bien, cela  expliquait le comportement  mais n’arrangeait personne !

 

En fait, tout ce qu’il y avait dans la maison appartenait à eux trois et il ne fallait donc pas qu’un intrus pose ses mains sur un verre ou un cendrier !

 

C’était contraignant et stressant, mais elle adorait ses maîtres, elle leur était toute dévouée et les vénérait à sa manière, ce qu’elle faisait était tout simplement défendre leur territoire de l’intrusion d’étrangers.

TITI mourut à seize ans et demi de vieillesse. ELLE eut beaucoup de peine, LUI aussi et c’est très tristement qu’ils l’enterrèrent dans un coin du jardin, là où poussent chaque année des giroflées, elle adorait la senteur des giroflées.

 

                                                        JULIE

 

 

 

 

 

JULIE fut adoptée à la SPA, à quatre mois, Ils étaient allés la chercher dans un petit refuge de la région parisienne, car ELLE ne supportait plus l’absence de TITI.

Ce fut tout le contraire, deux chattes complètement différentes ! Elle était noire et blanche, le poil assez épais et doux. D’ailleurs, si ELLE devait résumer JULIE, ce serait avec le mot :  douceur ! Très timide, effacée, elle mena une petite vie tranquille, sans bruit, sans beaucoup de jeu, et dès qu’elle entendait une voiture, dès que quelqu’un montait l’escalier de leur immeuble, elle filait en rasant le sol, se camoufler sous la couette du lit. Elle a passé la plus grande partie  de sa vie sous une couette, pour être protégée, pour être tranquille.

 

Quand elle en sortait, c’était pour manger, bien entendu, mais aussi, pour se poser des heures sur les genoux d’ELLE. Elle ne ronronnait presque jamais,  ils avaient l’impression que cette chatte ne faisait que passer en ne voulant déranger personne.

 

Elle est morte d’un cancer de la gorge à onze ans, elle n’a pas souffert, ses maîtres l’ont tout de suite fait endormir. Mais cette mort inattendue, brutale  les avait traumatisés  et…

 

 

 

ZOE

 

 

 

Voilà ZOE ! Nous  devrions l’appeler ATTILA dit-ELLE ! Une véritable bombe, elle ne sait que jouer, jouer, encore jouer, et elle veut absolument entraîner ses maîtres dans ses jeux fous. Trois choses sont très importantes pour elle dans la vie : manger, donc une assiette pleine en permanence ! , Le jeu, et la compagnie de son amour : son maître !

Comme ils ne rajeunissent pas, les maîtres ! Il faut les voir à quatre pattes en train de récupérer sous les meubles, « les baballes », les « petits élastiques », « les feuilles mortes », les boules de papier d’alu, enfin tout ce qui fait que ZOE est épanouie, bien grasse, bien gaie et ses maîtres… exténués !!!

 

Mais bien sûr, ils l’adorent, et ils ont encore de belles aventures à vivre avec ZOE, elle n’a que quatre ans et demi ! Et toujours aussi « folle-dingue » !

 

Voilà ce qu’ELLE a bien voulu nous raconter…LUI ? , Il préfère se taire et lancer la « baballe » le plus loin possible pour gagner du temps… le temps qu’elle lui ramène !

 

ELLE a repris  ce texte  car Zoé a rejoint le  paradis des chats à 18 ans et demi.  Ce fut  des années de bonheur, de complicité qui se sont terminées  par l’euthanasie forcée.  Zoé était au bout du rouleau.
Cela fait deux ans déjà et  ELLE  est en manque. LUI ne veut plus d’animal à la  maison, il souffre trop quand ils s’en vont. C’est vrai bien sûr. Mais  quel grand vide !

                                                                 F I N

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concours de nouvelles salon du livre des Arts de l'Epine

Publié le 26 Août 2017 par marie chevalier dans mes nouvelles

Cette  nouvelle a eu les félicitations  du jury:

 

 

 

Quel drôle de  passe-temps !

Jessica était très mignonne. Des cheveux châtains souvent nattés, une petite frange coquine sur le front, elle respirait le bonheur de vivre. Eté comme hiver un doux hâle doré lui donnait de jolies couleurs qui faisaient ressortir ses grands yeux bleus. Pas très grande mais très bien proportionnée, les garçons de Noirmoutier d’ailleurs ne s’y trompaient pas et tournaient autour d’elle comme les abeilles autour d’un pot de miel. Quelques-uns parfois la sifflaient d’admiration. Quelle horreur ! Elle se retournait vivement et invariablement leur criait : passez votre chemin bande d’illettrés !

Autant elle les aurait traités de « cons », ils en auraient ri, autant ce mot lâché avec tant de mépris les mettaient dans une colère noire. Alors pour ne pas perdre la face, ils s’éloignaient en jurant qu’elle resterait vieille fille jusqu’à sa mort.

Cela n’empêchait pas Jessica de participer à la vie sociale de Noirmoutier en l’île. Qu’il y ait une course à pieds, elle en était, qu’il y ait un pique-nique avec les enfants dans les dunes, elle y était. Bien intégrée dans ce village où elle avait grandi, elle s’épanouissait comme le mimosa dans les jardins.

Mais c’est surtout chez elle, dans une jolie maison que sa grand-mère lui avait léguée avant de mourir de vieillesse, qu’elle se retrouvait et pouvait enfin se livrer à son passe-temps favori : chanter. Elle chantait tout le temps : en coupant du bois pour l’hiver, en faisant son petit jardin où elle plantait tous les ans ses fameuses bonottes qu’elle disait les meilleures de toute l’île. Il est vrai que même les anciens à qui elle donnait volontiers un ou deux kilos de sa récolte approuvaient et lui demandait son secret. Elle éclatait de rire en répondant qu’elles poussaient dans la joie, que chez elle il n’y avait pas de morosité, que tout était beau et bon.

Les chorales des villes alentour la sollicitaient pour les messes de mariage ou les communions et aussi pour les repas des anciens ; sa jolie voix faisait oublier les tracas et les soucis disaient certains, d’autres beaucoup plus jeunes, surtout ceux qu’elle rabrouait haussaient les épaules en riant la traitant de ringarde. Mais elle n’en avait cure. Peu importe ce que pensaient les autres, elle n’avait pas de comptes à leur rendre.

Un jour qu’elle revenait d’une balade à vélo dans la forêt domaniale de Bois de la Chaise, elle vit un camion devant la porte de ses voisins qui avaient quitté l’île quelques semaines plus tôt. Elle n’avait pas osé leur demander ce qu’ils comptaient faire de leur grande maison, maintenant elle savait. De nouveaux propriétaires aménageaient. En arrivant devant son portail, elle les regarda et les salua. Une femme d’environ quarante- cinq ans très bien habillée, enfin trop bien pour la circonstance, vint vers elle et lui tendit la main : Nous sommes arrivés depuis une heure et impossible de rencontrer quelqu’un, c’est une île déserte ou quoi ?

Jessica n’apprécia pas le ton moqueur de cette intruse, car il s’agissait forcément d’une intruse, cette femme n’était pas noirmoutrine ça s’entendait et se voyait.

—Madame, les gens travaillent ici et nous ne sommes pas figés derrière nos vitres, que vous arrive-t-il ?

— Mon mari a deux mains gauches et doit repartir sur Paris, nous cherchons quelqu’un pour nous aider à tout ranger. Moi-même suis très occupée.

— Je ne sais pas trop quoi vous dire Madame ? Je ne sais même pas votre nom.

— De Laporte, en deux mots s’il vous plait, nous y tenons. Jessica pensa intérieurement que ça commençait fort. Elle se prenait pour qui cette bonne femme ?

— Madame Je suis désolée mais à part Gégé, le fils du gérant de l’hôtel, je ne vois personne, il cherche justement du travail et est prêt à faire n’importe quel petit boulot du moment qu’il est déclaré.

— Mais vous, que faites-vous de vos journées à part du vélo ?

La jeune fille qui d’ordinaire avait la réputation d’une personne calme et tolérante, se retint de l’envoyer vertement sur les roses mais d’un petit air futé lui dit :

— Madame, je peux concevoir que vous êtes énervée, ce qui expliquerait votre ton agressif mais je viens de vous dire que je connaissais un garçon qui cherche du travail.

— J’ai bien compris mais moi je ne veux pas prendre de responsabilités ; imaginez que ce jeune homme soit un voleur voire pire un tueur ou un violeur ?

— Les bras m’en tombent alors dans ce cas démerdez-vous !

Elle qui n’était jamais grossière n’avait pas pu se retenir. Elle tourna le dos, remonta sur son vélo et rentra chez elle furieuse.

Mais qui était cette bonne femme pour juger les gens ainsi ?

Une semaine passa sans qu’elle ait à échanger de nouveau avec « la nouvelle », celle-ci ayant l’air de fuir Noirmoutier en L’Ile. On la rencontrait souvent à St-Jean de Monts ou à Saint Gilles Croix de vie. Elle ne rentrait que le soir très tard dans sa BMW rutilante.

Son mari était parti le soir même avec le camion. Elle était donc seule dans cette grande maison et sûrement ne se souciait plus de ranger comme elle l’avait demandé.

Les autres voisins de Jessica et ses copains de chorale lui demandaient souvent comment se passait leur promiscuité, mais elle était bien incapable de répondre.

Un soir qu’elle était plus fatiguée sans doute, elle s’arrêta devant la grille du jardinet pour reprendre son souffle, elle avait marché trop vite. Elle n’était pas depuis dix secondes adossée au muret que la porte-fenêtre s’ouvrit et madame De Laporte en personne s’approcha. Elle marchait d’un pas lent sur sa petite allée en graviers et le bruit raisonnait dans les oreilles de Jessica qui décidemment ne se sentait pas très bien.

— Vous avez besoin de quelque chose ? Alors au lieu de vous cacher derrière le pilier entrez donc, vous en mourrez d’envie.
Interloquée par le ton badin de la jeune femme, elle ne sut que répondre sinon bafouiller qu’elle n’avait besoin de rien.

— Un petit remontant vous fera le plus grand bien, vous êtes livide.

Il est vrai qu’elle se sentait vraiment mal et finalement suivit Madame De Laporte sans dire un mot.

Arrivée sur le pas de la porte, comme elle hésitait, son hôtesse la poussa brutalement dans le dos et lui dit qu’elle n’avait encore mangé personne !

 Qu’elle ne fut pas sa surprise dès son entrée de voir une grande pièce toute blanche, dans laquelle étaient entreposée une dizaine de chaises, certaines les unes sur les autres, d’autres en rond autour d’une minuscule table basse.

— Ne soyez pas surprise, j’adore les chaises, je les collectionne.

— En effet, mais vous les prenez de n’importe quel style et couleur ?

— Oui, mais ensuite c’est un travail de titan car il faut que je les ponce.

— Vous avez bien du courage !

— Pas vraiment car c’est une passion, redonner de la vie à ces meubles trouvés la plupart du temps dans des brocantes minables, c’est vivifiant. Et puis j’ai un vieux compte à régler avec elles.

— Je veux bien vous croire, mais je suppose qu’il s’agit d’un secret…

— Exactement et je ne vous en dirai pas un mot.

Dubitative, Jessica en avait oublié son malaise dû certainement au fait qu’elle n’avait pas pris le temps de déjeuner ce midi.

 — Vous faites toutes les brocantes ? Ici ? À Noirmoutier ?

— Pas vraiment je préfère aller sur le continent, dit-elle en riant, je vais plus précisément à st Jean de Monts ou à St Gilles Croix de vie car là, je n’ai qu’à les ramasser. Je passe chez les gens, je fais un peu du porte à porte et souvent j’en récupère deux ou trois dans la journée si ce n’est plus.

Elles papotèrent encore amicalement pendant quelques minutes et après avoir bu un verre d’eau, Jessica dit au revoir et rentra chez elle. Elle téléphona à sa meilleure amie Laura comme elle faisait chaque soir et lui raconta son histoire.

Les jours passèrent et on ne voyait toujours pas Monsieur De Laporte. A tel point que la rumeur commença à se faire jour dans la petite ville. Quelqu’un aurait aperçu un homme derrière la vitre du pavillon et qui était-il, puisque c’était certain tout le monde dans la rue l’avait bien vu partir en camion après avoir déposé quelques meubles.

Jo, un ami de la famille de Jessica était comme tous les soirs à la brasserie « La mer veille » pour boire son irremplaçable pastis de 19 heures. Il bavardait avec le serveur quand celui-ci lui dit à voix basse : tu sais quoi ? J’ai l’impression que la bonne femme qui vient d’emménager près de chez Jessica vole des chaises… et ma mère me dit qu’elle croit l’avoir déjà vue quelque part.

— Vole comment ?

— Des clients commencent à jaser. Tu sais qu’ici ce n’est pas rare que les parisiens laissent leurs chaises de jardin sur la terrasse. Eh bien trois ont découvert le lendemain matin que ces dites chaises avaient disparu, et tous les trois habitent dans la Grande Rue. Tu te rends compte ?

— Bon ce n’est pas forcément elle, quelqu’un l’a vue ?

— Non mais je vais te dire quelque chose, ici aussi on laisse facilement les chaises dehors …. Toutes volées ! Et la crêperie « les Embruns » pareil on leur a tout piqué, sauf deux tabourets !

— Et alors ?

— Ben ce qui prouve bien que seules les chaises l’intéressent.

— Tu sais ce que l’on va faire, on va faire le guet. Tous les soirs pendant une semaine, l’un de nous se postera devant chez elle.

— Mais enfin tu délires ! Elle va tout de suite nous repérer.

— Il faudrait peut-être alors en parler à la mairie. 

— Mais on n’en est pas sûrs, on dit que, mais tu sais les ragots vont vite.

— Oh et puis zut, ils n’ont qu’à porter plainte pour vol dit Jo en demandant un second pastis.

Il n’empêche que dans le café plusieurs personnes avaient entendu la conversation et cela se répandit comme une trainée de poudre : Madame De Laporte volait des chaises et devait être dénoncée.

Plusieurs jours passèrent et un matin …

Jessica passa devant le jardin de sa voisine et freina. Elle mit son vélo sur la béquille et s’avança pour regarder de plus près. Une centaine de chaises étaient installées sur plusieurs rangs et portaient toutes un nom sur le dossier. Elle en reconnut quelques-uns : la boulangère, le boucher, l’hôtel et d’autres qu’elle n’arrivait pas à lire.

Elle ne savait plus quoi faire et prit la décision d’en parler quand même à la mairie. Ce n’était pas normal. D’un côté des gens se plaignaient qu’on leur volait depuis quelque temps des chaises et voilà que dans ce jardin il y en avait au moins une centaine. Madame De Laporte lui avait dit qu’elle les achetait dans les brocantes, elle avait donc menti ?

Elle allait partir quand la porte s’ouvrit et que la propriétaire lui fit signe de rentrer. Elle hésitait, cette bonne femme lui faisait peur tout à coup. Ce n’était pas normal cette passion pour les chaises.

— Jessica, je sais ce que disent les habitants de Noirmoutier en l’île sur moi. Mais ce sont des gens bien et s’ils disent que je suis une voleuse, c’est sans doute vrai. Mais j’ai un souci je ne me souviens de rien.

— Mais vous avez quand même mis le nom des possesseurs de ces chaises sur le dossier !

— Non ce n’est pas moi, ou alors quand je dors ? Je suis somnambule et je fais souvent des trucs oui des trucs dont je ne me souviens pas le lendemain. D’ailleurs à ce propos savez-vous qui a disposé toutes ces chaises ici chez moi ?

Jessica ne répondit pas. Elle essayait de garder son calme et se disait que finalement cette femme devait tout simplement être folle. Il faudrait voir avec la mairie ce que l’on peut faire.

— Je vous laisse Madame De Laporte, j’ai du travail, mais votre mari devrait pouvoir vous aider mieux que moi.

— Je n’ai pas de mari.

— Mais le monsieur qui est parti le soir de votre emménagement.

— C’était mon tuteur. Oui je suis sous tutelle car je vole des chaises. Cela date de mon enfance parait-il, quand j’étais assise sur le banc dans notre cuisine, au réfectoire du collège ou même à l’église. D’ailleurs c’était à l’église de Noirmoutier en l’ile. C’est pour cela que j’ai demandé à revenir y faire un court séjour, je pensais que cela allait me faire du bien et calmer mon obsession, il semble que ce soit raté.

Jessica de plus en plus mal à l’aise ne savait plus comment gérer cette situation. Elle proposa de l’aider à rendre toutes ces chaises à leur propriétaire.
— Je pourrais demander à votre tuteur, mais vous dites que vous habitiez ici, vous y êtes née ?

— Bien sûr, les gens ne me reconnaissent pas ou font semblant mais j’ai vécu dix- huit ans ici dans la Grande Rue.

— Et pourquoi en êtes-vous partie sans indiscrétion ?

— Parce que j’ai volé la chaise du curé.

— Ce n’était pas bien grave quand même…

— Non mais avec cette chaise je l’ai assommé et lui ai volé toutes les autres chaises de la maison. Cela a fait toute une histoire et mes parents m’ont placée ….. Jusqu’à ma majorité.

Les anciens de Noirmoutier en l’Ile connaissaient cette histoire de curé assommé mais ce qu’ils ignoraient c’est qu’elle était revenue se venger des noirmoutrins en leur volant leurs chaises, en se faisant passer pour une parisienne de souche : Madame De Laporte. En fait elle s’appelait Josiane Bélachet et son père, un brave homme était pécheur. Sa mère était morte d’une crise cardiaque en tombant d’une chaise alors qu’elle faisait les carreaux de la cuisine.

Cette histoire de chaise avait complètement perturbé la gamine et elle s’était mise à faire une fixation. Le père l’avait effectivement mise à l’abri dans un pensionnat à Paris, car il ne pouvait plus s’en occuper seul. Une de ses tantes lui achetait des vêtements et la prenait une fois de temps en temps dans son minuscule logement au quatrième étage sans ascenseur.

Beaucoup se souvenait de cette petite, cela avait fait parler dans les chaumières. Forcément une famille maudite, la gamine se vengeait en volant des chaises. Si encore elle les avait brulées au rond-point de la rue Marie Lemonnier dit la boulangère en riant, cela aurait fait de l’animation, Mais personne n’avait envie de rire.

Jessica eut pitié de cette pauvre femme et l’aida à remettre tout en place. Les chaises furent rendues à leur propriétaire. Grace à la camionnette de Jo.

Celui-ci l’avait ensuite raccompagnée jusqu’à St Gilles où l’attendait son tuteur.

Personne n’en parla plus, mais quand même il leur arrivait parfois en passant devant la maison en vente de murmurer : quelle drôle d’histoire quand même, cette pauvre Josiane et ses chaises !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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petit secret sans importance

Publié le 31 Mars 2017 par marie chevalier dans mes nouvelles

 

Petit secret sans importance

 

Maria viens t’asseoir là près de ton grand-père disait Germaine, la sœur de la grand-mère sans se poser de questions.

Camille le grand-père, la langue entre les lèvres avec une grimace obscène regardait fixement la pauvre gamine complètement affolée.

D’un côté il fallait qu’elle obéisse et de l’autre, elle savait ce qui l’attendait.

Tous les ans pendant le mois d’aout les parisiens venaient prendre l’air à la campagne. Quoi de plus sain de venir en famille se détendre.

Il y avait là, Simone, la sœur du père de Maria, son mari et ses trois enfants. Et puis on n’oubliait jamais les grands –parents. La grand-mère qui ne pouvait plus respirer et haletait au moindre mouvement et le grand-père : Monsieur Camille que même sa belle-sœur vouvoyait.

Un homme dans la force de l’âge, une bonne soixantaine, gras et chauve mais portant haut son chapeau de feutre et son costume croisé rayé, en toute occasion.

Toujours droit, bedonnant mais digne, il appelait le respect par sa tenue fière et condescendante. Les ouvriers agricoles du village l’appréciaient beaucoup ou peut-être étaient-ils attirés par les nombreuses tournées qu’il offrait à la cantonade au comptoir du café bar tabac épicerie.

Les hommes partaient vers 11h30 et revenaient un peu ivres pour se mettre à table devant un civet de lapin tué pour l’occasion par Marcel, le fils de Germaine qui servait de grand frère à Maria puisqu’ils vivaient tous les trois dans cette maison. Germaine avait accueilli la petite à la séparation de ses parents.

Simone s’occupait des enfants. Elle était adorable et aimait partir à vélo avec eux dans la campagne.

Flora la grand-mère s’allongeait et se reposait.

La vie tranquille d’une jolie famille parisienne folâtrant dans les champs et découvrant que les vaches se tournaient toutes dans le même sens quand il pleuvait.

Maria connaissait tout cela. Elle était là depuis l’âge de quatre ans et en avait huit. Elle aimait les vacances avec ses cousins surtout qu’elle était amoureuse de Robert qui lui avait quatorze ans : un presque jeune homme !

La vie aurait pu être si douce, tous ensemble réunis dans la grande cuisine, fenêtres ouvertes sur une prairie et dans la cour, la vie bruyante des poules, des oies, des canards tous en liberté.

Mais voilà…Il y avait Camille.

Simone qui voulait profiter aussi un peu de son mari, envoyait les enfants faire une petite sieste après le repas. Sauf que Robert et sa sœur Josiane ne voulaient pas et partaient se promener. Ne restaient donc dans la maison que Maria et Dany, la petite dernière de quatre ans. Toutes les deux essayaient de ne pas dormir et s’amusaient comme des petites folles à se raconter des histoires jusqu’à ce que par la fenêtre une ombre apparaissait en leur faisant signe de se taire. La petite, naïve demandait ! Grand-père vient jouer avec nous !

Il ne se faisait pas prier, bien entendu, il n’attendait que cela pour avoir un alibi si quelqu’un le surprenait avec les deux petites.

Il commençait par s’accroupir et chatouillait Dany qui hurlait de plaisir, mais cela ne durait pas longtemps car la gamine finissait par s’endormir et là, il avait le champ libre… s’approchant encore plus près de Maria, il lui soufflait sur le visage et toujours avec cette grimace immonde avec la langue il passait les doigts sur sa culotte. Elle ne disait rien, serrait les jambes, mais lui, de plus en plus rouge, les écartait et passait un doigt dessous.

Il prenait la main de Maria et la dirigeait vers sa braguette qu’il avait ouverte, mais elle se rebiffait et pleurait. Il n’insistait pas, il ne voulait pas être surpris en flagrant délit.

Les années passaient. Quand toute la famille rentrait à Paris les vacances terminées, Camille devenu veuf restait volontiers un mois de plus, jouant les maris désespérés, alors que lorsque sa femme ne pouvait presque plus marcher il la bousculait et la traitait de feignante.

Et là, Maria ne vivait plus. Germaine et Marcel partaient travailler et elle restait seule avec lui. Elle faisait un peu de ménage, la vaisselle en écoutant angoissée la respiration de l’autre qui dormait dans la chambre près de la cuisine. Dès qu’elle l’entendait se lever elle courait au fond de la cour en emmenant les deux oies et s’asseyait de l’autre côté du grillage dans un petit carré d’herbe.

Lui l’appelait, l’invectivait, l’insultait en lui demandant de venir lui faire chauffer son café. Elle lui criait qu’elle ne pouvait laisser les oies seules, mais hélas à un moment donné, il criait si fort qu’elle rentrait.

Elle faisait chauffer le café et lui apportait en tremblant. Immédiatement d’un bras il la rapprochait de lui et fourrait sa main sous sa jupe. Elle ne disait mot, il haletait et elle avait peur. Elle se sentait très seule, et… coupable. Oui coupable car au fur et à mesure que cela avait lieu, elle ressentait presque un peu de plaisir. Ses caresses finalement ne la laissaient plus indifférente et la honte lui montait au front.

Lui bien sûr, pas dupe, lui murmurait : tu aimes ça hein ?

Elle ne répondait pas et dès qu’il avait terminé elle sortait de la pièce en pleurant et repartait s’assoir avec les oies.

Personne ne s’apercevait de rien. Formidable. En toute impunité ce vieux détraqué pouvait tripoter autant de fois qu’il le voulait cette gamine de dix douze ans sans problème.
 

Un jour qu’elle était descendue sur ordre de Germaine à la cave dégermer les pommes de terre, elle entendit son souffle bruyant dans l’escalier. Elle essaya de remonter plus vite mais bien sûr il la fit redescendre. Et là il la coucha sur les pommes de terre, lui ôta sa culotte et essaya de sortir son sexe. Hélas il ne bandait pas. Il était furieux et grinça : remonte et si tu dis un mot je te tue et je demande à ton père de t’envoyer en pension.

L’argument était de poids il savait qu’elle ne dirait rien. Son calvaire était terminé. Il ne la toucha plus jamais. S’était-il rendu compte qu’elle y prenait du plaisir ? Et cela l’effrayait car il ne « prenait son pied » qu’en lui faisant peur. Ou alors, elle était trop grande. Cela ne l’intéressait plus, il aimait les petites filles innocentes.

Se remit-elle facilement de tout cela ? Sûrement pas mais elle n’en parla à personne, se sentant coupable très coupable.

Quand devenue adolescente, enfin la femme de son père lui posa franchement la question : ton grand-père t’embêtait-il quand il allait vous voir l’été ?

Elle a répondu oui et lui a tout raconté.

Son père n’a rien fait, n’a rien dit quand sa femme lui en a parlé et surtout quand très en colère, elle lui a demandé de faire quelque chose, de faire soigner Camille, de le faire enfermer et qu’il ne puisse plus approcher les fillettes.

Le père n’a rien fait…..

Maria, aujourd’hui encore se souvient encore quand elle en avait parlé cette fois librement à Germaine, la grand-tante qui l’avait élevée. Elle lui a demandé si elle était au courant. Elle a rougi mais n’a rien dit.

Simone, la fille de Camille savait, il les avait aussi « embêtées » (c’était le terme pudique employé pour la circonstance) sa sœur et elle quand elles étaient adolescentes, il avait même couché avec elle, la plus grande. Mais heureusement avait-elle ajouté, très vite il était devenu impuissant et les avait enfin laissées tranquilles.

C’est ainsi qu’il extériorisait sa libido en berne en caressant des petites filles dont la sienne : Maria.

Il n’y a pas de morale à cette histoire, tout au plus un fait divers anodin. Maria a survécu. Elle prend bien quelques anxiolytiques, elle a bien quelques angoisses : claustrophobie par exemple mais elle vit que diable !

Et puis vous savez des gamines comme Maria, parfois, sont des petites Lolita, elles sont repoussées par leurs parents, manquent de tendresse alors un grand-père qui les caresse où est le mal ?

A vous de le dire, lecteurs de ce petit message ….


 

 

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Histoires partagées

Publié le 4 Janvier 2017 par marie chevalier dans mes nouvelles

 

 

 

Dans ce treizième recueil on trouve bien sûr des nouvelles mais aussi des textes écrits à partir de thème donné. Nous sommes quelques-uns à « jouer » et c’est avec plaisir que je vous fais partager.

Ce recueil naturellement a été édité par mes soins et se trouve en vente sur ma page Lulu.com mais aussi auprès de moi par mail ou sur mon blog.

http://marieetsesecrits.eklablog.com/

D’ici quelques jours vous pourrez également le trouver sur amazon.

https://www.amazon.fr/-/e/B009T4SLHW

Il existe également en e-book sur Lulu.

http://www.lulu.com/spotlight/marieded

 

Extraits :

De : Cauchemar prémonitoire ?

« ….Nous avions décidé de profiter de la voiture de Daniel, un vieux de trente ans pour aller au cinéma à la petite ville à six kilomètres.

Bien enveloppées dans nos doudounes, le foulard trois fois autour du coup, le bonnet sur la tête, on partait pour la conquête de l’Alaska. C’est cet abruti de Jean-Marie qui nous posa la question quand on arriva au feu rouge en même temps que lui et sa petite moto rouge vif ailerons pointus et poussée à fond dans les descentes. … »

 De : La peur au ventre

« …Elle essayait de se reposer dans l’ombre de sa chambre quand soudain elle fut réveillée par des cris, des coups de fusil. Elle ouvrit rapidement la fenêtre affolée et baissa les bras anéantie.

Ses jumeaux portant chacun une poule ou un coq dans les bras couraient devant le fermier du bout de la rue qui les poursuivait en tirant en l’air. Toute la rue était sur le pas de la porte… »

 

De : Mon vieux curé :

« … Et là, mon vieux curé qui lui, approchait au moins de quatre –vingt- dix ans, se retourna vers les clients qui faisaient la queue, et leur dit :

— Figurez-vous que cette jeune femme bien mise, m’a pissé dessus quand je l’ai baptisée et pire un jour de préparation à la communion, elle s’est isolée dans le confessionnal et a fait ses besoins.

 Quand elle en est ressortie, elle s’est sauvée et n’a jamais voulu avouer que c’était elle…. »

De : Lettre ouverte

« …Est-ce ma faute si je n’ai pas été capable d’avoir d’enfant ? Cela m’a assez été reproché dans le temps, j’étais presque un OVNI ! Une femme qui ne peut pas avoir d’enfants n’est pas une vraie femme, voilà la messe était dite… »

 

Le paresseux

 

Il n’avait jamais travaillé. Au début sa famille, ses frères, ses sœurs, ses parents même lui trouvaient des excuses.

De santé fragile il est vrai, sa vie n’avait pas été facile dans sa petite enfance.

De médecin en psychiatre, malgré la lutte acharnée contre cette léthargie, rien n’y faisait.

Des vitamines, des cours de yoga, rien. Rien ne le faisait se bouger. Se lever semblait vraiment une opération extrêmement difficile.

Quand il eut quinze ans, ses parents fatigués commencèrent à le bousculer. Ils n’en pouvaient plus de cette mollesse. : bouge- toi, Nom de Dieu ! S’énervait le père. Je ne suis pas ta bonne fais ton lit au moins et range ton linge hurlait sa mère qui craquait elle aussi.

Tu pourrais sortir ton bol, mettre la table, nous aider, lui demandaient gentiment ses deux sœurs.
Quand ils entendaient sa voix c’était toujours la même phrase : mais pas de panique, y a pas mort d’homme...

Cette phrase avant le don de mettre toute la famille en rage : en plus il se fiche de nous ce petit con !hurlait un de ses frères !

Rien ne l’intéressait. Pourtant tous ses amis du collège voulaient l’entrainer au foot ou faire du vélo ou même aller au cinéma. : Je n’ai pas envie, je suis fatigué.

Et un jour enfin alors qu’il trainait au lit et que sa grande sœur venait de le gifler en le traitant de parasite et de gros fainéant, il se leva, bailla, mais se recoucha en la regardant en souriant et lui dit :

Pauvre frangine tu ne te rends pas compte que tu sembles née que pour te tuer au boulot. Regarde-moi, tranquille, je ne fais rien mais on me donne quand même un toit et une assiette. Sa sœur sortit de la chambre en hurlant : tu sais que tu n’es qu’un paresseux, tu devrais avoir honte !

Il ricana et murmura : eh bien ! Il vous en a fallu du temps pour vous en rendre compte !

Il se tourna vers le mur mit son oreiller sur sa tête et ronronnant de plaisir il se rendormit.

 

 

 

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le dernier bain de Loana

Publié le 28 Février 2016 par marie chevalier dans mes nouvelles

Le dernier bain de Loana

Elle ne voulait pas se déshabiller et se mettre nue dans la salle de bains. Sa mère avait beau lui répéter qu’elles n’étaient que deux et que personne ne pouvait rentrer, il n’y avait rien à faire.

Loana n’avait que deux ans quand son père les quitta pour une autre femme. A priori, du peu qu’elle avait entendu en faisant semblant de dormir, il en ressortait que sa mère devenait de plus en plus négligée et sale. La gamine n’avait jamais pris garde car elle-même refusait de se laver. Elle s’habituait à cette odeur de peau sale et de linge sale et c’est seulement quand elle fut inscrite à l’école que les ennuis commencèrent.

Sa mère travaillait toute la journée et la réveillait tôt le matin pour la faire déjeuner et lui faire faire un brin de toilette. Elle s’énervait quand Loana hurlait qu’elle ne supportait pas l’eau, qu’elle avait peur. Maria avait du mal à tenir son sang-froid et la plongeait en pyjama dans la baignoire. — au moins tu auras quand même pris l’eau le reste partira avec la serviette —. Elle l’attrapait sous les aisselles et la frottait très fort. Une petite claque sur les fesses : aller zou ! vite ton pull à capuche et ton jogging bleu marine.

Quand elle voulut en parler à Emmanuel, celui-ci lui répondit qu’avec une mère comme elle, il était normal que la petite soit sale.

Vexée elle lui demanda d’en dire plus et ce jour –là, pendant que Loana enfilait tant bien que mal ses vêtements, ils se disputèrent pendant plus d’une heure. La gamine s’était assise sur son lit sagement, son cartable à ses pieds et se balançait d’avant en arrière en chantonnant.

Emmanuel était pourtant un homme charmant et sa nouvelle compagne ne cessait de vanter son caractère enjoué et heureux. Alors pourquoi quand il était marié avec la mère de Loana était-il si agressif et méchant ?

Il est vrai que Brigitte ne faisait pas beaucoup d’efforts pour lui plaire. Elle estimait que de lui tenir sa maison propre était déjà un grand plaisir qu’elle lui accordait, alors le reste ne le regardait pas. Un jour qu’il tenait Loana sur ses genoux celle-ci émit un petit cri et en riant cria : caca !

Le père affolé, la tenant à bout de bras la déposa sur la table de cuisine en appelant sa femme.

Quand celle-ci eut changé la gamine, elle se retourna vers son mari et le regardant bien en face lui dit : — tu n’es pas capable de changer une couche et tu voudrais me donner des leçons ? Sors immédiatement et va-t’en n’importe où mais je ne veux plus te servir de bonne. —

En fait cette altercation tombait à pic, il ne fut pas obligé comme il avait pensé le faire, de tourner autour du pot pour lui annoncer qu’il avait rencontré une autre femme. Et c’est ainsi qu’elles se retrouvèrent seules. Maria trouva un travail mieux rémunéré et elle put ainsi placer sa fille dans un établissement privé. Elle n’allait la chercher que le samedi midi. Elle avait remarqué que la toilette de Loana laissait à désirer mais elle même en pleine dépression n’avait même plus envie de se laver.

Cela se gâta quand la petite fille entra à « la grande école ». Maria reçut plusieurs lettres et la dernière était carrément une menace si elle ne faisait pas la toilette de sa fille. Tous les élèves disent d’elle qu’elle pue et croyez-moi ce n’est pas exagéré écrivait la directrice. Maria n’en tint pas compte. Elle s’enfonçait doucement dans une sorte de mal-être et restait des heures devant la télévision. N’ayant plus le gout à rien, elle finit par ne plus aller travailler et laissa tomber tout ce qui ressemblait à du ménage ou la lessive.

En classe, Loana ne comprenait pas les moqueries de ses petites camarades. Elles faisaient un cercle autour d’elle en lui chantant : Loana tu pues Loana ne se lave pas. Un jour qu’elle n’en pouvait plus, elle décida d’en parler avec sa mère. Elle rentra plus tôt de classe et frappa quelques coups discrets sachant que Maria dormait souvent.

Personne ne lui répondit. Elle était toute menue et en montant sur le rebord de la fenêtre elle pouvait essayer de débloquer la poignée. Sa mère se réveilla à ce moment –là et hurla de peur pendant qu’elle était en plein cauchemar. Sa fille en plein après-midi sur le rebord de la fenêtre elle rêvait c’était sûr !

— Mais enfin que fais-tu là à cette heure-ci ?

— Je ne veux plus aller à l’école tout le monde dit que je sens mauvais.

— Et alors ? ça t’empêche d’étudier ?

— Non… pas vraiment …

— Alors retourne à l’école sinon c’est moi qui vais t’y emmener avec une fessée.

Loana repartit et sur le chemin de l’école, elle ruminait. Comment allait-elle se sortir de ce bourbier ? Sa mère était encore plus sale qu’elle. Mais pourquoi ?

Elle n’arriva pas jusque l’école. Elle rencontra un petit camarade qui lui proposa de partir ensemble n’importe où du moment qu’il n’y avait pas de parents.

On les retrouva le lendemain noyés dans l’étang de la cité. Ils avaient retiré leurs vêtements et près du rivage, avec leurs affaires trônaient une savonnette et une serviette de bains neufs. C’est en voulant se laver qu’ils se noyèrent … ne sachant pas nager.

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Publié le 15 Août 2015 par marie chevalier dans mes nouvelles

Une bouée, rien qu’une bouée…

a obtenu les félicitations du Jury

( concours organisé par l’Association « Autour des Lettres & des Arts de l’Épine Et les Éditions Past’Elles)

Elle m’avait dit : je te donne ma parole que nous ferons toute notre vie ensemble, je t’aime.

Quand on a vingt ans, et qu’une jolie fille se pend à votre cou en prononçant ces mots, vous voyez des étoiles. Bien sûr vous la serrez dans vos bras en bégayant : moi aussi je te la donne.

Et pourtant nous sommes séparés. Au bout de cinq années de vie commune, d’amour partagé et une complicité extraordinaire.

Un jour elle me demanda si cela me tenterait d’aller en vacances dans une Ile. Pourquoi pas ai-je pensé, il y a maintenant des ponts. Cela parait puéril c’était ma condition pour accepter ce qu’elle me proposait. Elle aimait tellement la mer que je ne pouvais décemment pas refuser. Toute sa famille était de Noirmoutier, ses parents y étaient revenus à leur retraite depuis six mois et elle se languissait d’eux me répétait-elle souvent. Alors pour lui faire plaisir, j’acceptai.

Quand je la regardais, si heureuse, une vraie gamine qui attend le père Noel, je ne regrettais rien. Les deux mois précédant la date de notre départ passèrent très vite. Il n’y avait pas une journée sans qu’elle ne me soule littéralement avec ces vacances et « son » Ile ! Je dois reconnaitre que je ne comprenais pas trop cette euphorie. Cela faisait quatre années que nous partions tous les deux à travers la France et jamais elle ne s’était tant emballée.

Mais tu ne peux pas comprendre mon amour, j’y suis née, j’y avais plein d’amis, ils me manquent et je suis si contente de revoir mes parents ! J’avais quand même l’impression qu’elle en faisait trop, mais elle paraissait si enthousiaste …

Effectivement je me souvenais qu’elle me parlait assez souvent de Noirmoutier, de ses rivages, de ses pommes de terre, de ses balades en bateau, de son passage du Gois, de l’Herbaudière, des marais salants mais bon ! Tout cela ne justifiait pas à ce point autant d’euphorie.

Il faut dire que j’étais né à Paris, rien de transcendant, au cinquième étage sans confort et des parents continuellement absents à cause de leur emploi. Ils étaient tous les deux infirmiers avec des horaires complètement déments et pas vraiment en phase pour l’éducation d’un enfant. Leurs horaires changeaient tout le temps que soit la nuit, le jour, ou moitié nuit moitié jour, les jours fériés etc. je les voyais à peine. C’était notre voisine qui s’occupait bien souvent de mes repas ou de mon petit déjeuner. Ils auraient pu s’arranger, mais ils travaillaient dans le même hôpital, ce qui n’était pas facile.

Alors quand nous nous retrouvions exceptionnellement tous les trois, nous n’avions plus rien à nous dire sinon les questions toutes faites : tu manges bien à la cantine ? Tu as fait tes devoirs ? Et plus tard quand je fus adolescent ce furent d’autres questions : tu sors ? Tu as des copains, tu as une copine ?

Je souriais et ne répondais pas. Quand nous nous sommes mariés ils ne le surent que trois semaines avant.

Ce fut une petite cérémonie toute simple avec nos copains communs. Nous avions trouvé un studio pas trop cher à l’autre bout de Paris et je n’ai plus vu mes parents. Cela ne me gênait pas.

J’avais trouvé un petit boulot dans une grande entreprise à la maintenance informatique et ma femme était coiffeuse.

Ces vacances lui tenaient tant à cœur que je commençais moi aussi à être impatient de partir.

Le mois de Mai arriva enfin et tout était prêt pour notre voyage. Nous voulions éviter les vacances scolaires et ne pas être trop envahis par le monde mais bon , ce sont les vacances ! Nous partîmes à cinq heures du matin afin d’arriver tranquillement à notre location dans un gite, allée des mimosas à Noirmoutier en l’ile, une jolie maison de caractère avec bien sûr, les volets peints en bleu. Très confortable avec une cheminée. Incroyable comme ces maisons sont belles ! Je dois avouer que cela valait tous les logements « vue sur mer » que nous avions repérés sur internet ! Dehors une jolie terrasse sur un gentil jardin, le rêve. Trois semaines de bonheur nous attendaient La plage n’était pas loin, nous pourrons y aller à pieds ou en vélo.

Le lendemain nous avons loué deux vélos.

Clotilde était resplendissante dès le soir même, elle avait pris des couleurs et la fatigue de son année de travail semblait envolée. Nous avions marché, marché encore et encore, à prendre le vent marin dans le visage, respirer l’air pur et surtout parler, parler… elle me racontait son enfance, elle me racontait ses escapades avec ses copines de collège. Elles partaient le mercredi matin très tôt et fonçaient vers la plage des Dames. Pour s’y rendre, deux jeunes gens qu’elles connaissaient bien les embarquaient sur leurs petits voiliers qu’ils louaient aux estivants.

Arrivés à destination sur cette plage immense et couverte de sable fin, ils dormaient, riaient jouaient au ballon ou bien me dit-elle en rougissant : nous flirtions.

Je la trouvais charmante avec cette retenue de jeune fille. Elle m’avait parlé de ses amis Noirmoutrins me disant qu’en fait elle ne les avait jamais revus depuis qu’elle avait quitté l’île.

Le soir nous avons pu diner dehors sur la terrasse et franchement je ne cessais de me répéter que j’avais bien fait de l’écouter. Quel endroit merveilleux que cette île, moi le parisien plutôt campagne, je découvrais le plaisir simple de la béatitude devant un coucher de soleil sur la mer. Nous étions fatigués de notre longue marche mais heureux.

Le lendemain pendant que nous déjeunions sur la terrasse, elle me proposa une petite virée sur la plage des Dames ; elle voulait que je connaisse l’endroit qu’elle qualifiait de magique. Je n’étais pas très fier car je craignais une petite histoire d’amour qu’elle m’aurait cachée et je préférais qu’elle ne me parle pas de « tout ça ». De la jalousie sans aucun doute et pourtant je savais qu’elle n’était qu’à moi, qu’elle m’aimait, mais le bonheur est si fragile !

J’acceptais malgré tout et le lendemain nous y allâmes en voiture en empruntant les avenues Pineau, Victoire puis Clémenceau. Un jeu d’enfants. Nous trouvâmes tout de suite une place de parking car nous avions l’intention d’y passer la journée. Nos glacières remplies de crudités, de cochonnailles et de vin rouge léger réjouissaient les papilles. Ce soir nous passerons par Noirmoutier l’île où nous avions réservé à « la fleur de Sel » un restaurant réputé pour ses fruits de mer.

Il faisait un temps splendide et Clotilde s’étant allongée semblait dormir. Moi je dois reconnaitre que je somnolais également quand soudain ma femme poussa un grand cri ! Elle devait rêver mais je levai d’un bond et me penchai vers elle en la secouant doucement.

— Que se passe-t-il ma chérie ?

— Rien rien un cauchemar sans doute …

— Mais tu as vraiment crié très fort ?

— Bon n’en parlons plus je te dis que c’était un mauvais rêve.

— Raconte si tu veux ça te soulagera.

— Je te dis de ne plus en parler d’accord ?

Le ton employé me sidéra. Jamais elle ne m’avait parlé avec cet agacement.

La matinée passa rapidement sans que nous échangions une parole. Je respectais son silence mais j’étais particulièrement sur les nerfs et quand le soir nous arrivâmes au restaurant je remis ça:

— Tu peux me le dire maintenant à quoi correspondait ton rêve ?

— Oui je vais te raconter mais ensuite je ne suis pas sûre que tu veuilles rester ici.

— Vas-y…

Elle commença à parler d’une voix basse. Il fallait que je force mon attention pour comprendre puis tout devint très clair.

Il y a dix ans, elle venait d’avoir vingt ans et était tombée follement amoureuse d’un noirmoutrin qui habitait Vieil, près de ses parents.

Ils allaient chaque jour avec une petite barque appartenant à son père rejoindre la plage des Dames quand tous les touristes étaient, soit au restaurant soit rentrés chez eux fourbus de leur balade à travers l’île.

Leur amour dura le temps d’un été. Clotilde devait repartir avec ses parents sur Paris et le garçon travaillait comme serveur pour payer ses études justement au restaurant dans lequel nous étions en train de dîner. Ce n’était pas une coïncidence, c’est elle qui avait choisi ce lieu. Elle me l’avoua en même temps que tout le reste.

Un soir juste la veille de partir ils décidèrent de passer la nuit sur la plage.

Comme d’habitude ils vinrent en barque et …..

Un geste trop brusque de Clotilde qui se leva d’un bond à l’arrière de la barque les fit chavirer.

Ils savaient tous les deux nager, mais ils n’avaient pas envisagé qu’ils venaient de dîner et copieusement en plus.

Johan coula à pic.

Clotilde, perdue et effrayée put tant bien que mal regagner la rive, ils n’étaient pas très éloignés de la plage. Ils y étaient presqu’arrivés. Elle ne fit rien pour sauver Johan qui l’appelait, la suppliait de venir l’aider… Trop peur des représailles, elle le laissa se noyer. Elle pleurait en me racontant cela et surtout insistait sur le fait qu’elle ne savait pas quoi faire, la barque était retournée et …

Je la pris dans mes bras, essayant de la calmer et lui affirmant que tout cela n’était pas de sa faute, qu’elle avait eu peur... Enfin toutes les phrases que l’on dit dans ces moment-là.

Nous rentrâmes dans notre location, sans un mot, perdus tous les deux dans nos pensées.

Dans la nuit, j’entendis vaguement du bruit dans la cour. Je pensai que c’était un animal et je me rendormis.

On frappa fort à la porte vers six heures du matin, il faisait à peine jour. J’ouvris en me grattant la tête et je vis deux gaillards de mon âge à peu près tenant ma Clotilde, ruisselante.

Cette femme est la vôtre ? On l’a trouvée morte cette nuit sur la plage des Dames. La mer l’a sûrement ramenée avec la marée. Elle avait ça pourtant près d’elle… une bouée… On ne comprend pas pourquoi elle l’a emportée et surtout pourquoi elle ne l’a pas mise…

Je ne savais plus quoi faire ni dire. Tout se déroulait si vite !

Quand je vis sur la table de chevet une enveloppe à mon nom.

Je l’ouvris en tremblant.

Jeannot, tu n’aurais jamais dû insister pour que je te raconte mon cauchemar. C’était Johan qui m’appelait et tu sais ce qu’il me disait ? N’oublie pas la bouée cette fois, que l’on ne fasse pas naufrage deux fois …

Je ne suis jamais revenu dans l’île. Ses parents l’ont enterrée au cimetière du village et moi je suis rentré chez moi, seul….

FIN

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les manies d'Elsa

Publié le 13 Juillet 2015 par marie chevalier dans mes nouvelles

Les manies d’Elsa

Elsa surveillait ses plats en s’installant à la table de cuisine pour faire son courrier.

Elle n’aimait pas faire la cuisine mais il faut bien se nourrir pas vrai ?

Si elle avait été plus riche, elle se serait contentée de salade en sachets, de légumes séchés et les plats cuisinés la tentaient également. En fait si elle pouvait ne pas être plantée devant une cuisinière elle serait la plus heureuse des femmes.

Sa passion était de faire des mots fléchés ou d’écrire des missives. Pas n’importe lesquelles ! Dans sa boite à lettres, tous les jours, elle recevait des réclames pour tel ou tel magasin de meubles, de vêtements, de grandes surfaces alimentaires donc un jour elle avait décidé d’écrire à toutes ces maisons. Elle ne leur demandait rien de précis, simplement elle leur passait un message toujours le même quelle que soit la maison à laquelle elle écrivait.

Elle leur demandait combien leur coutait cette publicité que systématiquement quatre- vingt pour cents des gens mettaient à la poubelle. C’était tout. Elle en envoyait une dizaine par jour et se régalait en attendant la réaction. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, elle avait calculé que sur la quantité envoyée elle recevait environ cinquante pour cent de réponses. C’était inouï ! Cela voulait dire que dans les grands magasins il y avait un employé particulièrement affecté à la réponse à ce genre de courrier.

Quand elle racontait cela à ses copines, celles-ci demeuraient sceptiques jusqu’à ce qu’elle leur montre les réponses. D’ailleurs elles se ressemblaient toutes : Nous avons bien reçu votre courrier du …. Nous le faisons suivre à notre service commercial qui ne manquera pas de vous contacter….

Elle patientait une quinzaine de jour et relançait. Parfois il lui est arrivé de faire cinq lettres avant d’avoir enfin une vraie réponse.

Madame, notre publicité est indispensable et nous permet de faire travailler du personnel, qui sans elle, serait licencié faute de moyen. Vous l’avez compris chère Madame, nous faisons en même temps une grande œuvre sociale : nous faisons travailler les imprimeurs et bien d’autres gens dont vous n’avez pas idée !...

Elle les remerciait et insistait : … justement comme je n’ai aucune idée du nombre de personnes que vous faites vivre grâce à votre publicité, je me pose la question : sans pub que feriez-vous ? Vous n’existeriez pas ? …

Et là, elle avait beau relancer, voire même téléphoner, elle n’avait plus de réponse. Un jour elle demanda à être reçue par le Directeur Général d’une grande marque de meubles. Ce fut le parcours du combattant et elle ne réussit jamais, malgré son audace, à avoir un entretien avec un PDG.

Alors elle passa à autre chose.

Elle se mit à compter le nombre d’appels téléphoniques publicitaires qu’elle recevait. Aimable, elle demandait les adresses des sociétés et leur affirmait qu’elle allait immédiatement prendre contact. Ce qu’elle faisait ! Dans le même esprit que pour les autres publicités papier.

Au bout d’un an, elle se rendit compte qu’elle rencontrait les mêmes refus et les mêmes réponses et surtout les mêmes fins de non-recevoir.

Alors elle cessa également.

Et puis elle commença à regarder attentivement son propre courrier : assurances, sécurité sociale, impôts, eau, EDF etc… jusqu’au jour, venant directement de sa compagnie d’assurances, elle reçut une proposition de convention d’obsèques. Elle lut et intéressée, elle écrivit.

Elle obtint son rendez-vous dans la semaine. Un jeune homme charmant la reçut et lui expliqua de A à Z comment ils pratiquaient en cas de décès.

Elle était ravie. Enfin quelqu’un qui aimait son travail.

Elle lui fit remarquer, et tout en rougissant le jeune homme lui confia qu’il avait rarement rencontré dans sa carrière, certes courte, une femme aussi jolie qu’aimable.

Elle se regarda dans la grande glace qui lui faisait face et dut reconnaitre qu’elle avait fière allure. Elle félicita l’employé pour ses compétences commerciales et toute pimpante lui demanda si elle pouvait essayer le modèle avant de s’assurer.

Le pauvre garçon crut mal comprendre. :

— Madame veut essayer quoi ? Il s’agit d’un contrat à signer tout simplement ?

— J’entends bien jeune homme, mais je dois assurer mes arrières. Imaginez que le grand jour arrive, vous me mettez dans une boite en bois blanc avec ce que je vais vous payer tous les mois, je choisis d’avoir le plus beau, que ceux qui viendront à mon enterrement soient estomaqués devant tant de splendeurs vous comprenez ?

Le jeune homme affolé appela son patron et lui expliqua les exigences de sa cliente.

Celui-ci prit son plus beau sourire et devant Elsa, demanda à son employé de téléphoner aux pompes funèbres.

— Car voyez-vous Madame, nous ne sommes que des intermédiaires.

— Bien sûr mais prenons rendez-vous avec les pompes funèbres directement et venez choisir avec moi les détails de la cérémonie qu’ils me proposeront.

Le patron de l’agence d’assurances n’avait encore jamais été confronté à une telle demande mais là encore le rendez-vous fut pris pour le surlendemain, au local des Pompes Funèbres, ainsi Elsa pourra choisir ce qu’elle souhaite et l’assurance rédigera son contrat en conséquence.

Le lendemain, elle alla chez le coiffeur, et dans son institut de beauté habituel. Elle voulait être resplendissante devant tous ces hommes. Elle passa toute la journée à se faire belle et avant de rentrer s’acheta de magnifiques vêtements. : Une robe du soir longue et noire, très décolletée devant et dans le dos, des escarpins fins et rouges assortis à un somptueux sac à mains et à une écharpe.

Le jour « J » elle était prête. Elle avait appelé un taxi pour ne pas avoir à attendre un bus risquant de se décoiffer à l’abribus ouvert sur trois côtés.

Quand elle descendit de la voiture devant les Pompes Funèbres, l’assureur et son patron l’attendaient. Stupéfaits, ils restèrent sans voix. Elsa telle une reine leur tendit le bras d’un geste lent. Ils se penchèrent vers elle et lui baisèrent la main.

— Je vous salue Messieurs, tout est prêt ?

— Et bien nous allons vous présenter plusieurs modèles et surtout vous montrer tous les accessoires qui accompagneront la cérémonie. Parfois c’est ce qui coute le plus cher n’est- ce pas ?

Elle fit le tour dans la grande salle où étaient exposés les plus beaux cercueils en chêne, acajou, ou même en bois de rose !

Elle en choisit un, superbe, avec des poignées dorées.

— C’est de l’or ?

— Non Madame du plaqué seulement hélas !

— Bon ça ira, on ne va pas chipoter, minauda-t-elle.

Ils passèrent environ une heure pour qu’elle puisse vraiment tout voir et marchander. Enfin, elle regarda le gérant des Pompes Funèbres et lui dit :

- Faites-moi livrer tout cela chez moi le plus tôt possible.

— Mais Madame c’est impensable ! Nous ne sommes que dépositaires et ne pouvons nous séparer de ces objets !

— Et si je meure demain ?

— Cela serait différent bien sûr, vous auriez eu la chance d’avoir eu tout à votre gout et l’assurance malheureusement ne pourrait rien pour vous.

Ceux-ci firent vraiment une drôle de tête car le contrat était signé et le délai pour être exécutif était de six mois. Ils ne pourraient effectivement rien faire si le matériel assuré était utilisé avant.

Elsa remercia et tous confirmèrent d’une part, que tout ce qu’elle avait choisi lui serait livré très rapidement et les assureurs contrits repartirent bredouilles se demandant comment ils allaient régler ce nouveau problème. Ils avaient bien compris que cette dame voulait assurer ses nouveaux achats mais en les gardant chez elle ? Que de drôles de gens quand même !

Mais on peut quand même garder le contrat, elle va payer, tant pis s’il arrive quelque chose avant six mois.

Le commercial des Pompes Funèbres jubilait, il faisait une bonne affaire ? Cela allait être réglé, payé avant même d’avoir servi !

Deux jours plus tard un camion de livraison stoppa devant le pavillon. Ils sortirent d’abord le cercueil. C’est Elsa qui les fit entrer et leur demanda de le mettre dans la chambre d’amis. Ils ressortirent chercher le reste et… plus d’Elsa !

Ils cherchèrent partout, appelèrent en vain. Ils ne savaient vraiment plus quoi faire sinon appeler leur Directeur.

— Pas de soucis, cette dame est une originale, elle a dû laisser le règlement sur la table de cuisine, partez, vous avez d’autres livraisons à faire, de mon côté je l’appellerai tout à l’heure.

Les gars rassurés refermèrent la porte du pavillon sans oublier de dire — Au revoir Madame !

Personne ne répondit et pour cause.

Cette idiote d’Elsa avait voulu essayer le cercueil, s’était couchée dedans, avait glissé le couvercle doucement et celui-ci s’était coincé ! Elle avait choisi un modèle tellement capitonné que les livreurs ne l’entendirent ni crier ni taper.

Elle fut retrouvée morte étouffée quelques jours plus tard quand l’employé des pompes funèbres, inquiet de ne pas recevoir le règlement de sa facture, avait décidé de se déplacer.

Maintenant il y a une grande affiche sur la vitrine des Pompes Funèbres :

AUCUNE LIVRAISON N EST EFFECTUEE A DOMICILE SANS CERTIFICAT DE DECES

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la galère des taxis parisiens

Publié le 26 Juin 2015 par marie chevalier dans mes nouvelles

L A G A L E R E D E S T A X I S P A R I S I E N S

- Bonsoir Julie, tu restes encore un peu ? Tu fermeras ?

- Oui, oui, allez-y tranquilles les filles il faut que j’appelle un taxi…

- Ah ! Oui, c’est vrai ta fameuse « claustro » !

- C’est cela oui, ma claustro comme vous dites, c’est d’une gentillesse ! Allez à demain.

Julie alla fermer la porte de l’agence immobilière ou elle travaillait, revint à son bureau et commença à composer le numéro des « taxis verts » .

La sonnerie ne dura même pas une vingtaine de secondes et une voix suave commença : « Bonjour, nous vous remercions d’avoir fait appel à notre compagnie, nous vous demandons de bien vouloir patienter, une opératrice va vous répondre.. »

Bien, cela ne commence pas si mal se dit Julie, coup de bol, je les ai eus tout de suite. Elle cala le combiné sur son épaule gauche fouilla dans son sac. Elle ouvrit son porte-monnaie, et compta. Bon, elle avait environ cinquante francs et un billet de deux cents francs.

Tout allait bien, elle regarda sa montre, deux minutes qu’elle attendait l’opératrice. Ce n’est rien, hier j’ai patienté quatre minutes, alors il n’y a rien de perdu, se rassurait-elle.

- Allô ! Vous avez demandé un taxi, pour quelle destination s’il vous plaît ?

- Bonjour, madame, Boulevard Barbès, s’il vous plaît..

- Votre numéro de téléphone…

- 01 …..

- C’est pour aller où, m’avez-vous dit ?

- Boulevard Barbés..

- A quel numéro ?

- Au coin de la Rue Custine et du boulevard..

- Je vous ai demandé à quel numéro ?

- Mais je n’en sais rien, c’est au carrefour, je l’indiquerai au chauffeur…

- Ne quittez pas..

« Bonjour, nous vous remercions d’avoir fait appel à notre compagnie, ne quittez pas nous recherchons votre voiture...

« Vous avez fait appel aux « taxis verts » nous vous remercions de votre appel, ne quittez pas, nous recherchons votre voiture…

« Savez-vous que vous pouvez savoir tout de suite la disponibilité de votre véhicule en composant le 3615 « taxis verts » sur minitel, cela vous évitera une attente…

« Bonjour, vous êtes bien aux « taxis verts », ne quittez pas, nous recherchons votre véhicule… »

Julie commençait à ne pas se sentir bien, c’était cela les symptômes d’angoisse. Il y avait maintenant dix minutes qu’elle était en ligne et toujours cette voix « off » qui lui ressassait le même disque. Elle ouvrit de nouveau son sac à mains, sortit un mouchoir en papier, s’essuya les mains qui devenaient moites, leva un bras, puis l’autre pour s’aérer.

Elle reprit bien en mains le combiné, respira un bon coup et de nouveau se concentra sur le message !

« Bonjour, nous vous remercions de votre appel et nous recherchons votre voiture…Savez-vous que vous pouvez effectuer une réservation de 22 heures jusqu’à 7 heures ? Il suffit d’appeler au service de réservation au numéro : 01…..

« Vous restez en ligne nous recherchons votre voiture… »

Bien sûr que je reste en ligne, bien sûr, qu’est-ce que je peux faire d’autre ? Julie commençait sérieusement à s’agiter et à perdre le contrôle de ses nerfs, cela faisait vingt minutes qu’elle était « scotchée » à cette saloperie de téléphone et personne n’était encore venu lui parler.

Enervée, elle raccrocha et se dit qu’elle ne pouvait pas attendre jusqu’à demain, elle allait essayer d’obtenir une autre compagnie. Elle ramassa son sac, elle commençait à trembler légèrement tellement elle se stressait, l’heure tournait et bientôt elle se retrouverait dans les embouteillages de dix- huit heures et pour aller de République à Barbès, elle mettrait encore trois quarts d’heure !

- Bonjour, je suis bien à la SAT (société des artisans taxis) ?

- Je voudrais un taxi pour aller à Barbès…

- Bien sûr, Madame quel est votre numéro de téléphone.

- 01…

- Ne quittez pas, nous recherchons votre voiture…

- Merci..

Ouf ! Cette fois, je crois que ça y est, se dit Julie. Elle se détendit, se repeigna d’une main, et chercha du regard un papier et un crayon pour noter l’heure, une vieille habitude !

Il était 17 heures cinquante cinq. Putain, cela fait presque une demi-heure que je m’énerve, c’est vraiment de pire en pire, ces taxis…

- Allô, vous êtes bien le numéro :01….

- Oui, madame…

- Une voiture dans dix quinze…

- D’accord, merci !!!

Une bouffée d’air frais lui tombait dessus, elle sourit toute seule et se dit qu’il était dommage de s’énerver pour si peu. Elle s’agita, récupéra sa veste en jean, rangea les accessoires de son bureau, chercha les clés de l’établissement et après un bref regard circulaire, elle sortit de l’agence, se pencha pour verrouiller la porte, remit les clefs dans son sac et s’installa, bien visible au bord du trottoir pour guetter son « sauveur » ! Il était dix- huit heures cinq. Rien de perdu, on lui avait dit dix quinze minutes. Jusqu’à dix- huit heures dix, il n’y avait pas de panique.

A chaque fois qu’elle voyait arriver au loin un taxi allumé, elle se rapprochait encore plus du bord du trottoir. Mais fausse alerte, ils passaient tous sans s’arrêter. Elle recommençait à ne pas être à l’aise. Dix- huit heures vingt, toujours pas de taxi à l’horizon. Elle regardait sans cesse sa montre et s’appuyait au poteau du feu rouge. C’était bien d’ailleurs, elle se calait juste au feu rouge comme cela, le chauffeur n’avait pas de manœuvre à faire. Il continuait tout droit et si tout allait bien vingt minutes après elle était rentrée. Elle se marmonnait tout cela pour éviter de penser que le temps passait et qu’il était maintenant dix- huit heures vingt cinq.

Tout à coup, au bord des larmes, elle fit demi-tour, prit la clé de l’agence dans son sac, entra de nouveau, composa le numéro de la société de taxis.

- Allô ! Madame, j’ai demandé un taxi il y a une demi-heure, je suis en train de l’attendre devant mon établissement et il ne vient pas, pouvez-vous vérifier… ?

- Vérifier quoi, madame ?

- Mais qu’il est sur le chemin, qu’il va venir, je ne sais pas moi ! Merde ! Cria-t-elle excédée.

- Restez correcte, Madame, je vais voir, vous ne quittez pas..

-Non je ne quitte pas ! Aboya-t-elle.

-Cinq minutes passèrent de nouveau, elle n’en pouvait plus elle craquait, elle allait pleurer, s’effondrer, là sur son bureau, et demain, ils la retrouveraient endormie, lasse, si lasse… et invariablement, la voix lui disait : « ne quittez pas, nous recherchons votre voiture… »

Puis, il y eut un déclic, l’horreur, une effroyable sonnerie « occupé » lui résonna dans l’oreille. Non, ce n’était pas vrai, cela ne pouvait pas être vrai, ce n’était pas possible !

Les jambes tremblantes, elle se leva, se retenant au bureau, elle allait faire quoi maintenant ?

Elle refit le numéro des « taxis verts » .

« Bonjour, merci d’avoir choisi notre société, ne quittez pas une opératrice va vous répondre…

Elle raccrocha violemment.

Elle fit de nouveau le numéro de la SAT.

Elle avait les larmes qui lui coulaient sur le visage, elle transpirait, était toute rouge, se sentait très mal.

- Allô ! Bonjour, tout à l’heure, nous avons été coupés, j’avais demandé un taxi pour…

- Ne quittez pas, vous êtes bien au numéro : 01…..

- Oui, murmura –t-elle, n’osant croire au miracle.

- Le chauffeur vous a attendue tout à l’heure, madame, ce n’est pas gentil de faire faux bond, dans ce cas, il faut avoir le courage d’annuler la course, ce n’est pas bien.

- Mais je n’ai pas vu de chauffeur, je vous assure, j’étais devant la porte et personne n’est venu, je l’aurais vu, croassa Julie, s’étranglant de colè
re.

- Vous êtes bien au 22 Boulevard du Temple ?

- Mais non, je suis au 22 Rue du FAUBOURG DU TEMPLE !

- Ah ! C’est pour cela, il y a eu une erreur, vous auriez dû préciser, Madame, on ne peut pas deviner, vous voulez toujours une voiture ?

- Mais bien sûr, plus que jamais, il est dix- huit heures quarante cinq, vous vous rendez compte que cela fait une heure que j’essaie d’avoir un taxi…

- Ne quittez pas…

« Bonjour, merci d’avoir choisi notre compagnie, ne quittez pas, nous recherchons votre voiture… »

En nage, Julie essayait de reprendre son sang-froid : je ne m’énerve pas, je me calme, ce n’est rien, il y a des choses plus importantes dans la vie…

- Allô ! Vous êtes bien au numéro : 01… ?

- Oui…

- Désolée, madame pas de voiture pour l’instant, rappelez ultérieurement…

Tut... tut…tut…tut…

- Allô ! Chéri, tu es rentré ? Cela t’ennuierait de venir me chercher en voiture, on pourrait passer au Bazar de l’Hôtel de Ville, qu’en penses-tu ?

- D’accord, je vais me débrouiller, à tout à l’heure.

***

Ce vendredi après-midi, Julie ne travaillait pas.


Il faisait très beau et elle décida de passer tout d’abord par le marché Saint-Pierre car il y avait longtemps qu’elle souhaitait changer ses voilages.

En quittant son bureau, elle alla manger un sandwich chez Farsaz, le petit café d’à côté

Au bout d’une demi-heure, elle sortit et héla un taxi qui arrivait, et qui ralentissait. Il stoppa à sa hauteur et là, oh ! Malheur, elle se fit littéralement insulter par un chauffeur irascible qui ne supportait pas les gens qui fumaient ! Il s’était mis dans une telle colère quand il l’avait aperçue une cigarette à la main ! Bien entendu, elle l’aurait éteinte dès qu’elle aurait ouvert la portière, mais il ne lui a pas laissé le temps. Il s’est mis à hurler en sortant de sa voiture comme un fou, que personne ne mettrait les pieds dans SA BAGNOLE avec une cigarette, qu’il était hors de question qu’il transporte des gens qui ne respectaient rien, même pas les taxis, et que les femmes qui fumaient feraient mieux d’aller « torcher leurs mômes» ! Pourquoi pas ? Mais il n’y eut aucune discussion possible, il démarra en trombe et la laissa sur le trottoir, comme une idiote et bien embêtée car obligée d’appeler une autre voiture !

Elle ne se démoralisa pas et comme le temps s’y prêtait, elle décida de descendre jusqu’à République en chercher une directement à une station. Mal lui en prit !

Il y avait une dizaine de voitures en stationnement ce qui la rassura pleinement quand elle se présenta au premier chauffeur en tête, comme le veut l’usage.

- Ou allez-vous exactement ?

- Au Marché Saint-Pierre…

- Mais vous ne pouvez pas y aller à pieds ?

- Non, si je prends un taxi c’est que j’ai mes raisons, commença t-elle à expliquer.

- Mais je m’en fous de vos raisons, tout compte fait, je ne veux pas vous emmener, la course est trop courte, je n’ai pas attendu le client pendant plus d’une demi-heure, pour me retrouver au Sacré-Cœur. En plus à cette heure-ci, il n’y aura pas un chat et je serais obligé de revenir à vide.

- Mais attendez, ce n’est pas en grande banlieue que je vous emmène, c’est dans Paris, donc des clients vous en trouverez toujours, non ?

- Cela c’est moi que ça regarde, vous n’avez qu’à aller demander à mon collègue, le dernier là-bas s’il veut bien vous prendre…

- Mais il va me dire qu’il faut que je prenne celui qui est en tête ! S’énerva Julie.

- Et bien voyez ça avec lui !

- Vous vous fichez du monde, je ne vois pas pourquoi vous ne voulez pas m’emmener même si la course n’est pas longue, vous n’avez pas tous les jours des gens à emmener aux aéroports quand même !

- Bon, je me tire, vous commencez vraiment à m’énerver.

Sur ce, il fit un démarrage sur les chapeaux de roue, plantant Julie, hors d’elle mais très ennuyée. Après s’être reprise, elle s’avança et cogna à la vitre du dernier de la file :

- Bonsoir, monsieur, au Marché Saint-Pierre, s’il vous plaît ?

- Mais pourquoi ne prenez-vous pas le premier en tête ? C’est la règle, madame, je suis nouveau dans le métier, je ne veux pas avoir d’ennuis.

- Il a refusé la course, d’ailleurs, il est parti, il trouve que je ne vais pas assez loin…

- Remarquez, il n’a pas tort, vous ne voyez pas que nous sommes garés devant un hôtel et que l’on fait souvent appel à nous pour emmener des clients à l’aéroport ?

-Mais je ne veux pas le savoir, vous êtes à une borne de taxi, je m’adresse au premier comme le veut la coutume, il m’envoie vers vous et là, vous me dites que vous ne prenez que les clients de l’hôtel, mais je vais finir par m’énerver et je relève votre numéro, et je vais appeler la police ! S’énerve Julie.

- Appelez, madame, si cela peut vous faire du bien, mais le temps qu’ils arrivent pensez bien que je ne serai plus là et personne ne me « tirera dans les pattes » on est solidaires, nous !

- Ca j’avais remarqué dans la connerie, vous vous tenez les coudes !

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase, le taxi fit une marche arrière brutale, démarra et le chauffeur lui fit un bras d’honneur en passant.

Mon Dieu quelle galère ! J’en ai marre, je n’en peux plus ! Elle était au bord de la crise de nerfs, quand un nouveau taxi arriva.

-Que se passe t-il ? Un problème ?

- Ce sont vos collègues, ils me renvoient au premier puis au dernier et finalement, aucun ne veut m’emmener.

- Et ou allez-vous ?

- Au marché Saint-Pierre…Annonça-t-elle timidement.

- Allez en voiture, moi j’adore les petites courses, je suis sûr d’en faire plus, et de trouver des clients surtout dans Paris, il y a plein de « mémés » qui reviennent des magasins à cette heure-ci, c’est bon pour moi ! Et puis plutôt que de rester une demi-heure à attendre un client hypothétique, je préfère rouler !

Julie se confondit en remerciements, disproportionnés avec ce qui venait d’arriver, car enfin, il était tout à fait normal, qu’un chauffeur de taxi l’emmenât là où elle le souhaitait puisqu’elle réglait la course ! Mais ce fut ce dernier chauffeur qui la réconcilia provisoirement avec la corporation, et elle écouta, béate, les histoires qu’il lui racontait.

***

Monsieur Farsaz, le patron du bar connaissait bien Julie, elle déjeunait presque tous les jours chez lui et ils discutaient souvent de tout et de rien. Le soir, elle s’installait fréquemment pour boire un pot en attendant son mari qui faisait son possible pour passer la prendre afin qu’elle ne « s’use pas les nerfs » dans sa chasse aux taxis.

- Madame Julie, votre mari vient de prévenir, il ne peut pas venir vous chercher, votre voiture est en panne.

- Quoi ? Croassa t elle, ce n’est pas possible ! Mais comment je vais rentrer chez moi !!!

- Mais vous n’habitez pas loin, Madame Julie, à pieds, vous en avez pour une demi-heure trois quarts d’heure !

Ce que ne pouvait comprendre Farsaz, c’est que Julie ne pouvait même pas essayer de partir à pieds et de marcher sur les trottoirs bondés à cette-heure ci. La claustrophobie est une chose, mais les angoisses qu’elle génère sont handicapantes à souhait. Ses jambes tremblaient, elle était en sueur Elle craignait à chaque instant de tomber car dans ces cas-là, elle était comme ivre, et sujette aux vertiges.

Ce jour-là, en larmes, elle rentra se « terrer » dans son bureau, et attendit de s’être calmée et vers huit heures du soir, essaya de nouveau de téléphoner à une entreprise de taxi. Elle obtint une voiture facilement vers les 20 heures trente et elle oublia toute cette histoire.

***

Huit jours plus tard, alors qu’elle s’apprêtait à appeler de nouveau la SAT, vers 7 heures trente du matin, elle réfléchit et pensa qu’elle ne se sentait pas trop mal aujourd’hui et qu’elle pourrait en prenant sur elle, traverser tout le boulevard et aller en chercher un à la station de taxis la plus proche, à environ dix minutes à pied.

Ce serait plus raisonnable, pensait-elle car quand elle appelait, elle payait déjà une mini- course du lieu ou se trouvait la voiture à son domicile, ce qui en augmentait considérablement le prix.

Elle arriva à la station, et elle constata qu’il n’y avait pas de voitures en stationnement. C’est normal, à cette heure-ci, ils circulent, ils ont beaucoup de courses, se rassura t-elle.

Elle attendait depuis cinq minutes environ, elle en voyait passer sur le boulevard, mais ils étaient tous pris. Une dame arriva avec un bébé :

- Il y a longtemps que vous attendez ?

- Non, cinq minutes à peine.

- Ah ! Bon, parce que je suis pressée, j’ai rendez-vous chez le pédiatre, pour le petit, il a de la fièvre, et son médecin ne peut pas se déplacer, je suis donc obligée de lui amener à son cabinet…

« Alors là, ma grande, si tu crois que tu vas m’émouvoir avec ton gamin, tu te trompes, tu fais comme moi, tu prends la file d’attente.. » Pensa-t-elle très fort.

- Remarquez, dit la jeune femme, avec un bébé dans les bras, je suis prioritaire, heureusement et je vous remercie d’avance de me laisser la première voiture..

- Mais pas du tout, nous ne sommes pas dans les transports en commun, il ne suffit pas de présenter une carte de quoi que ce soit, ce serait trop facile !

- Mais c’est dans les règles qui régissent les taxis, et de toute façon, si vous ne pouvez pas comprendre qu’il y a des priorités, je vous plains, vous devez être bien seule dans la vie !

- Mais si, je sais qu’il y a des priorités, moi, je suis prioritaire, j’étais la première et si vous n’êtes pas contente, vous rentrez chez vous et vous appelez une voiture, non mais !

Elles se regardaient méchamment, presque haineuses, et toutes pâles toutes les deux, elles étaient dans une fureur !

Tout à coup, un taxi ralentit sur le boulevard, le chauffeur leur fait signe d’avancer, et là, oh ! Horreur, un homme jeune déboule de derrière une colonne, ouvre la portière, et le taxi démarre… Elles hurlent toutes les deux, insultent de loin le chauffeur qui ne les entend plus, se regardent, et éclatent de rire nerveusement : Elles se sont bien fait rouler !

- Bon, si on se conduisait en adulte, dit Julie, où allez-vous exactement ?

- Je vais à l’Hôpital Saint-Louis et vous ?

- Moi, Rue du Faubourg du Temple, on va s’arranger on va prendre le taxi à deux et on partage les frais, d’accord ?

- D’accord.

Cinq minutes passent encore et arrive une voiture. Elles s’avancent calmement vers la portière et le chauffeur se penchant demande : c’est à qui le tour ?

- A nous deux, on le prend ensemble on va dans la même direction…

- Mais il n’en est pas question, je ne fais pas de voiturage, après pour me faire régler c’est la crois et la bannière, vous vous décidez, ou l’une ou l’autre mais pas les deux !

- Mais puisque l’on vous dit que l’on va dans la même direction !

- Mais pas au même endroit et quand l’une sera descendue, l’autre ne voudra plus régler, je connais bien ce procédé mais ça ne marche pas avec moi, mes jolies !

Sur ce, il verrouilla vivement ses portières et démarra en trombe, laissant les deux femmes sidérées sur le trottoir.

La jeune femme au bébé, dit au revoir à Julie en l’informant qu’elle rentrait chez elle. Elle allait effectivement essayer d’obtenir une voiture en téléphonant à une compagnie.

- Bonne chance, lui cria Julie !

De nouveau seule Julie avait envie de tout plaquer là, d’aller se recoucher en se disant que demain serait un jour meilleur !

Elle en était là de ses réflexions quand un taxi conduit par une femme s’arrêta à la station. Timidement, elle ouvrit la portière, s’assit en se glissant sur le siège arrière, attendant à tout moment un cri ou une remarque désagréable. Tout se passait normalement et ce qu’elle entendit lui fit chaud au cœur :

- Bonjour, madame, alors on va où aujourd’hui ?

- Rue du Faubourg du temple…

- Parfait, j’ai ma fille qui habite par-là, je pourrais ainsi aller lui rendre une petite visite. Car croyez-moi, ce n’est pas un quartier ou je vais de bon cœur, plein d’étrangers, et sales en plus, je me demande d’ailleurs comment elle fait pour vivre là. Il faut dire que son copain est nègre alors elle a l’habitude ! J’y vais d’ailleurs aujourd’hui car il n’est pas là, car vous comprenez bien qu’il n’est pas question que je rencontre ce « métèque » Elles ont des idées les filles maintenant ! Elles ne se rendent pas compte qu’ils sont des fainéants, des « maquereaux » et des proxénètes…Bla… Bla… Bla…..

Julie se demandait si elle ne rêvait pas, toutes ces horreurs débitées en deux minutes comme s’il s’agissait d’une conversation ordinaire, de salon ! Mais le monde est fou se dit-elle, et tout à coup, elle hurla :

- Je descends là !

- Mais nous ne sommes pas arrivées !

- Je m’en fous mais je ne resterai pas une seconde de plus à vous écouter tenir des propos racistes et débiter des conneries !

- Ah ! Encore une qui les défend, on aura tout vu ! C’est avec des gens comme vous que la France est devenue ce qu’elle est !

- MERDE !!!!!!!!!!

Julie s’affala sur un banc, son cœur battait à tout rompre, elle se tenait l’estomac, elle avait physiquement mal. Mais ce n’est pas possible, ils sont vraiment tous aussi cons !!!

Elle laissa passer une dizaine de minutes puis elle se leva et commença à héler des taxis au vol, la main levée. Elle n’eut pas à attendre très longtemps, une voiture se mit le long du trottoir, le chauffeur se pencha et lui demanda : où allez-vous ?

- Et vous ? Lui répondit-elle sottement

- Non, c’est vous qui avez besoin d’un taxi, pas moi, remettez-vous, vous êtes toute pâle, vous êtes malade, vous n’allez pas vomir dans ma voiture, car hier, j’ai pris une dame avec un chien, je n’aurais pas dû, en principe je refuse toujours, mais là je me suis laissé attendrir et voilà pas cinq minutes que nous roulions, j’entends un drôle de bruit derrière et je me retourne et qu’est ce que je vois ? Le chien en train de me dégueulasser ma banquette avec une housse toute neuve ! Vous vous rendez compte et la maîtresse, tranquille, attendait que cela se passe…Bla…Bla…Bla..

- Julie, réveille-toi !

- Julie, réveille-toi, il est six heures trente et tu sais que ce matin, les taxis sont en grève….

Il va falloir que tu te débrouilles à pieds ou en stop pour aller au boulot !

- Julie, je plaisante, lève-toi, je vais t’emmener au boulot, mais dépêche-toi !

D’un bond, elle se leva, et dix minutes après elle fut prête. Ils arrivèrent une demi-heure trop tôt à son bureau mais qu’importe, elle était arrivée !

commentaires

une bonne nouvelle

Publié le 28 Mai 2015 par marie chevalier dans mes nouvelles

ma nouvelle :

Une bouée,
rien qu’une boué
e

a reçu les félicitations du jury dans le cadre du PALMARES du CONCOURS DE NOUVELLES 2015

Organisé par l’Association « Autour des Lettres & des Arts de l’Épine
Et les Éditions Past’Ell
es

je la mets ici:

Une bouée, rien qu’une bouée…

Elle m’avait dit : je te donne ma parole que nous ferons toute notre vie ensemble, je t’aime.

Quand on a vingt ans, et qu’une jolie fille se pend à votre cou en prononçant ces mots, vous voyez des étoiles. Bien sûr vous la serrez dans vos bras en bégayant : moi aussi je te la donne.

Et pourtant nous sommes séparés. Au bout de cinq années de vie commune, d’amour partagé et une complicité extraordinaire.

Un jour elle me demanda si cela me tenterait d’aller en vacances dans une Ile. Pourquoi pas ai-je pensé, il y a maintenant des ponts. Cela parait puéril c’était ma condition pour accepter ce qu’elle me proposait. Elle aimait tellement la mer que je ne pouvais décemment pas refuser. Toute sa famille était de Noirmoutier, ses parents y étaient revenus à leur retraite depuis six mois et elle se languissait d’eux me répétait-elle souvent. Alors pour lui faire plaisir, j’acceptai.

Quand je la regardais, si heureuse, une vraie gamine qui attend le père Noel, je ne regrettais rien. Les deux mois précédant la date de notre départ passèrent très vite. Il n’y avait pas une journée sans qu’elle ne me soule littéralement avec ces vacances et « son » Ile ! Je dois reconnaitre que je ne comprenais pas trop cette euphorie. Cela faisait quatre années que nous partions tous les deux à travers la France et jamais elle ne s’était tant emballée.

Mais tu ne peux pas comprendre mon amour, j’y suis née, j’y avais plein d’amis, ils me manquent et je suis si contente de revoir mes parents ! J’avais quand même l’impression qu’elle en faisait trop, mais elle paraissait si enthousiaste …

Effectivement je me souvenais qu’elle me parlait assez souvent de Noirmoutier, de ses rivages, de ses pommes de terre, de ses balades en bateau, de son passage du Gois, de l’Herbaudière, des marais salants mais bon ! Tout cela ne justifiait pas à ce point autant d’euphorie.

Il faut dire que j’étais né à Paris, rien de transcendant, au cinquième étage sans confort et des parents continuellement absents à cause de leur emploi. Ils étaient tous les deux infirmiers avec des horaires complètement déments et pas vraiment en phase pour l’éducation d’un enfant. Leurs horaires changeaient tout le temps que soit la nuit, le jour, ou moitié nuit moitié jour, les jours fériés etc. je les voyais à peine. C’était notre voisine qui s’occupait bien souvent de mes repas ou de mon petit déjeuner. Ils auraient pu s’arranger, mais ils travaillaient dans le même hôpital, ce qui n’était pas facile.

Alors quand nous nous retrouvions exceptionnellement tous les trois, nous n’avions plus rien à nous dire sinon les questions toutes faites : tu manges bien à la cantine ? Tu as fait tes devoirs ? Et plus tard quand je fus adolescent ce furent d’autres questions : tu sors ? Tu as des copains, tu as une copine ?

Je souriais et ne répondais pas. Quand nous nous sommes mariés ils ne le surent que trois semaines avant.

Ce fut une petite cérémonie toute simple avec nos copains communs. Nous avions trouvé un studio pas trop cher à l’autre bout de Paris et je n’ai plus vu mes parents. Cela ne me gênait pas.

J’avais trouvé un petit boulot dans une grande entreprise à la maintenance informatique et ma femme était coiffeuse.

Ces vacances lui tenaient tant à cœur que je commençais moi aussi à être impatient de partir.

Le mois de Mai arriva enfin et tout était prêt pour notre voyage. Nous voulions éviter les vacances scolaires et ne pas être trop envahis par le monde mais bon , ce sont les vacances ! Nous partîmes à cinq heures du matin afin d’arriver tranquillement à notre location dans un gite, allée des mimosas à Noirmoutier en l’ile, une jolie maison de caractère avec bien sûr, les volets peints en bleu. Très confortable avec une cheminée. Incroyable comme ces maisons sont belles ! Je dois avouer que cela valait tous les logements « vue sur mer » que nous avions repérés sur internet ! Dehors une jolie terrasse sur un gentil jardin, le rêve. Trois semaines de bonheur nous attendaient La plage n’était pas loin, nous pourrons y aller à pieds ou en vélo.

Le lendemain nous avons loué deux vélos.

Clotilde était resplendissante dès le soir même, elle avait pris des couleurs et la fatigue de son année de travail semblait envolée. Nous avions marché, marché encore et encore, à prendre le vent marin dans le visage, respirer l’air pur et surtout parler, parler… elle me racontait son enfance, elle me racontait ses escapades avec ses copines de collège. Elles partaient le mercredi matin très tôt et fonçaient vers la plage des Dames. Pour s’y rendre, deux jeunes gens qu’elles connaissaient bien les embarquaient sur leurs petits voiliers qu’ils louaient aux estivants.

Arrivés à destination sur cette plage immense et couverte de sable fin, ils dormaient, riaient jouaient au ballon ou bien me dit-elle en rougissant : nous flirtions.

Je la trouvais charmante avec cette retenue de jeune fille. Elle m’avait parlé de ses amis Noirmoutrins me disant qu’en fait elle ne les avait jamais revus depuis qu’elle avait quitté l’île.

Le soir nous avons pu diner dehors sur la terrasse et franchement je ne cessais de me répéter que j’avais bien fait de l’écouter. Quel endroit merveilleux que cette île, moi le parisien plutôt campagne, je découvrais le plaisir simple de la béatitude devant un coucher de soleil sur la mer. Nous étions fatigués de notre longue marche mais heureux.

Le lendemain pendant que nous déjeunions sur la terrasse, elle me proposa une petite virée sur la plage des Dames ; elle voulait que je connaisse l’endroit qu’elle qualifiait de magique. Je n’étais pas très fier car je craignais une petite histoire d’amour qu’elle m’aurait cachée et je préférais qu’elle ne me parle pas de « tout ça ». De la jalousie sans aucun doute et pourtant je savais qu’elle n’était qu’à moi, qu’elle m’aimait, mais le bonheur est si fragile !

J’acceptais malgré tout et le lendemain nous y allâmes en voiture en empruntant les avenues Pineau, Victoire puis Clémenceau. Un jeu d’enfants. Nous trouvâmes tout de suite une place de parking car nous avions l’intention d’y passer la journée. Nos glacières remplies de crudités, de cochonnailles et de vin rouge léger réjouissaient les papilles. Ce soir nous passerons par Noirmoutier l’île où nous avions réservé à « la fleur de Sel » un restaurant réputé pour ses fruits de mer.

Il faisait un temps splendide et Clotilde s’étant allongée semblait dormir. Moi je dois reconnaitre que je somnolais également quand soudain ma femme poussa un grand cri ! Elle devait rêver mais je levai d’un bond et me penchai vers elle en la secouant doucement.

— Que se passe-t-il ma chérie ?

— Rien rien un cauchemar sans doute …

— Mais tu as vraiment crié très fort ?

— Bon n’en parlons plus je te dis que c’était un mauvais rêve.

— Raconte si tu veux ça te soulagera.

— Je te dis de ne plus en parler d’accord ?

Le ton employé me sidéra. Jamais elle ne m’avait parlé avec cet agacement.

La matinée passa rapidement sans que nous échangions une parole. Je respectais son silence mais j’étais particulièrement sur les nerfs et quand le soir nous arrivâmes au restaurant je remis ça:

— Tu peux me le dire maintenant à quoi correspondait ton rêve ?

— Oui je vais te raconter mais ensuite je ne suis pas sûre que tu veuilles rester ici.

— Vas-y…

Elle commença à parler d’une voix basse. Il fallait que je force mon attention pour comprendre puis tout devint très clair.


Il y a dix ans, elle venait d’avoir vingt ans et était tombée follement amoureuse d’un noirmoutrin qui habitait Vieil, près de ses parents.

Ils allaient chaque jour avec une petite barque appartenant à son père rejoindre la plage des Dames quand tous les touristes étaient, soit au restaurant soit rentrés chez eux fourbus de leur balade à travers l’île.

Leur amour dura le temps d’un été. Clotilde devait repartir avec ses parents sur Paris et le garçon travaillait comme serveur pour payer ses études justement au restaurant dans lequel nous étions en train de dîner. Ce n’était pas une coïncidence, c’est elle qui avait choisi ce lieu. Elle me l’avoua en même temps que tout le reste.

Un soir juste la veille de partir ils décidèrent de passer la nuit sur la plage.

Comme d’habitude ils vinrent en barque et …..

Un geste trop brusque de Clotilde qui se leva d’un bond à l’arrière de la barque les fit chavirer.

Ils savaient tous les deux nager, mais ils n’avaient pas envisagé qu’ils venaient de dîner et copieusement en plus.

Johan coula à pic.

Clotilde, perdue et effrayée put tant bien que mal regagner la rive, ils n’étaient pas très éloignés de la plage. Ils y étaient presqu’arrivés. Elle ne fit rien pour sauver Johan qui l’appelait, la suppliait de venir l’aider… Trop peur des représailles, elle le laissa se noyer. Elle pleurait en me racontant cela et surtout insistait sur le fait qu’elle ne savait pas quoi faire, la barque était retournée et …

Je la pris dans mes bras, essayant de la calmer et lui affirmant que tout cela n’était pas de sa faute, qu’elle avait eu peur... Enfin toutes les phrases que l’on dit dans ces moment-là.

Nous rentrâmes dans notre location, sans un mot, perdus tous les deux dans nos pensées.

Dans la nuit, j’entendis vaguement du bruit dans la cour. Je pensai que c’était un animal et je me rendormis.

On frappa fort à la porte vers six heures du matin, il faisait à peine jour. J’ouvris en me grattant la tête et je vis deux gaillards de mon âge à peu près tenant ma Clotilde, ruisselante.

Cette femme est la vôtre ? On l’a trouvée morte cette nuit sur la plage des Dames. La mer l’a sûrement ramenée avec la marée. Elle avait ça pourtant près d’elle… une bouée… On ne comprend pas pourquoi elle l’a emportée et surtout pourquoi elle ne l’a pas mise…

Je ne savais plus quoi faire ni dire. Tout se déroulait si vite !

Quand je vis sur la table de chevet une enveloppe à mon nom.

Je l’ouvris en tremblant.

Jeannot, tu n’aurais jamais dû insister pour que je te raconte mon cauchemar. C’était Johan qui m’appelait et tu sais ce qu’il me disait ? N’oublie pas la bouée cette fois, que l’on ne fasse pas naufrage deux fois …

Je ne suis jamais revenu dans l’île. Ses parents l’ont enterrée au cimetière du village et moi je suis rentré chez moi, seul….

FIN

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mon nouveau recueil de nouvelles

Publié le 24 Mai 2014 par marie chevalier dans mes nouvelles

Les petits mots font des histoires

J'ai édité un nouveau recueil de nouvelles, mon onzième en fait. Il s'agit comme souvent d'histoires inventées au gré de mon imagination mais aussi en observant la vie autour de moi. il y en a des "un peu tristes", mais aussi des "presque drôles".

vingt quatre nouvelles dont certaines ont été écrites en suivant un thème donné. Je participe régulièrement à ce genre d'exercice qui est un réel plaisir de partage.

Quelques extraits:

Comme avant

... Le comité des citoyens en place dont tous les membres venaient de familles complètement différentes avant : riches, pauvres, sdf … Tous se retrouvaient avec la même somme d’argent en banque et aucune dérogation ne pouvait être accordée. Bien sûr le montant était fixé en fonction du nombre de personnes au foyer. Les anciens riches firent la tête mais les autres n’étaient pas mécontents. Personne ne roulait sur l’or mais tous avait obtenu en parts égales les richesses du pays, ce qui les mettait largement à l’abri du besoin....

sale coup du sort

...ils étaient tous vêtus de noir. Maman avait dit : si jamais je meurs— elle en doutait la brave femme — je ne veux voir que des couleurs à mon enterrement. Si l’un de vous s’avise à se mettre du noir sur le dos, je le maudirai du fond de mon cercueil. ...

Mes pieds:

... Quand je parle de mes pieds, j’ai l’impression de parler de mon sexe. Est-ce que l’on exhibe son sexe en public ? Non, n’est-ce pas alors pourquoi aurais-je l’audace de me balader pieds nus, ou pire en tongues ou en sandalettes ? On ne verrait que ça quelle honte ! ...

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