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Le blog de Marie Chevalier

Le blog de Marie Chevalier

un blog pour mes écrits,et pour y recevoir mes amis

Articles avec #mes nouvelles catégorie

Publié le par marie chevalier
Publié dans : #mes nouvelles

Brouillard et panique

 

 cette nouvelle figure dans le recueil collectif  édité par Edilivre

 

Ca y est l’automne était là. Se levant comme tous les matins depuis plusieurs années vers sept heures, Emma ouvrit la porte de son jardin et un brouillard très épais l’empêcha de voir la grange à dix mètres de là.

Elle n’aimait pas cela car l’imagination aidant, elle croyait souvent voir une ombre sortir par la grosse porte en chêne de cette grange qui datait de 1850, année où fut construite sa maison.

Des dépendances, des coins, des recoins, des poulaillers, des cages à lapins et plein de choses encore rappelant qu’il s’agissait d’une ancienne ferme, c’est tout cela qui les avait emballés lors de l’acquisition ; ils eurent vraiment un coup de cœur et signèrent, heureux de pouvoir posséder enfin un endroit pour vivre et oublier le stress de Paris.

 

D’ailleurs, ils avaient retrouvé des mangeoires, des râteliers et même des boulets de charbon dans ces étables.

Ils avaient tout nettoyé, tout rangé, tout blanchi et assaini. Ils étaient enfin chez eux. Emma avait trente cinq ans et Julien quarante deux. ils formaient un joli couple disaient les voisins, qui au début de leur installation restaient prudents voire distants. Mais depuis cinq ans qu’ils étaient là à demeure, beaucoup s’étaient rendu compte, que sans être vraiment intégrés au village, ils faisaient partie des gens sympas que l’on saluait quand même au passage.

 

Il faut dire qu’ils rencontraient peu de monde. Leur résidence était située tout en haut d’un vallon dans un bois et les arbres cachaient sa vue de la route.

Pas un bruit, pas un moteur de voiture ne les dérangeait. A tel point que parfois ce silence était pesant. Emma en profitait pour mettre des cd et monter un peu trop la sonorité quand Julien partait en déplacement, elle avait ainsi l’impression d’être moins seule.

 

Il avait trouvé un emploi de commercial dans un garage Citroën et se déplaçait fréquemment dans d’autres garages de la région en tant qu’expert. Il lui arrivait souvent de passer un ou deux soirs par semaine à l’hôtel et de ne rentrer que le WE.

 

Emma qui s’ennuyait souvent souhaitait avoir un animal.

Un chien par exemple, cela serait une bonne idée, elle pourrait faire de la marche avec lui, car seule, elle ne s’en sentait pas le courage. Et puis dans ce grand bois très dense et très touffu, un chien pourrait la prévenir si, on ne sait jamais, un rôdeur venait à passer pour on ne sait quel motif !

Julien de son côté avait refusé cette idée. Il s’était même mis en colère :

 

- Il ne manquerait plus que cela ! déjà, que nous ne pouvons aller nulle part car ta mère est toujours dans nos jambes, alors un chien , tu dérailles complètement ma pauvre Emma, comment ferons-nous si nous voulons partir quelques jours ?

 

- Mais tu sais très bien que depuis que nous avons cette maison, nous ne sortons plus, tu n’es jamais disponible même le week-end !

 

L’ambiance tournait régulièrement à la dispute dès que ce sujet était abordé.

 

N’empêche, pensait Emma en regardant vers la grange entre le brouillard et la nuit qui n’est pas encore levée, être seule dans ce bois, cela fait froid dans le dos.

 

Et puis elle n’osait imaginer ce qui arriverait si elle avait un malaise. Le téléphone n’était toujours pas installé sous prétexte qu’ils avaient chacun un portable. Mais tout le monde savait par expérience, que ces engins-là ne fonctionnent jamais ou réceptionnent très mal quand on en a besoin. D’ailleurs c’est pour cela que Julien ne l’appelait pratiquement jamais, sauf vraiment en cas d’urgence.

 

Elle pensait à tout cela en resserrant sa robe de chambre. L’humidité de ce brouillard pénétrait à travers le vêtement et elle eut soudain envie de se faire une petite « flambée ». Cela allait lui occuper l’esprit et faire le plus grand bien à cette maison qui devenait de plus en plus humide et ce, malgré tout le mal qu’ils s’étaient donné pour isoler du mieux possible. Mais il n’y avait pas de secret : à part tout détruire et reconstruire, ils n’arriveraient jamais à tout calfeutrer.

 

Il aurait fallu faire effectuer de gros travaux d’isolation mais ils en avaient reporté l’idée, car Emma ne travaillait plus et même si les revenus de Julien étaient confortables, ils ne pouvaient faire face aux devis insensés que leur proposaient les entrepreneurs. La maison n’était pas finie de payer, le crédit courait encore sur dix ans !

Quand elle pensait à tout ceci, elle devenait morose et inquiète : avaient –ils bien fait de se mettre ce « truc » sur les épaules ?

 

Pendant qu’elle cherchait désespérément une allumette pour faire prendre les journaux qu’elle avait tout d’abord posés dans la cheminée avant d’y installer des brindilles puis des bûchettes, Emma cru entendre comme un miaulement. Elle se releva, tendit l’oreille mais ne perçut que le journal qui se défroissait doucement dans la cheminée.

 

Comment en était-elle arrivée à sursauter au moindre mouvement de feuillage alors que tout le monde disait d’elle qu’elle était une femme forte, équilibrée et qui n’avait peur de rien ? La preuve, ajoutaient-ils tous, rester dans cette vieille maison sans chien et seule, c’est qu’elle était courageuse ! Beaucoup de gens du village ne le feraient pas.

Elle en prenait consciente devant les regards étonnés lorsqu’elle leur disait : il faut que je rentre assez vite car la nuit va tomber et je suis seule.

En se remémorant tout cela, elle réalisa qu’elle avait été un peu imprudente dans cette affaire : elle ne devrait pas ameuter le village en racontant à qui voulait bien l’entendre qu’elle était souvent seule. Un jour un homme mal intentionné ou voire même plusieurs, lui rendrait visite pour lui voler le peu qu’ils avaient de biens, et elle serait la première à regretter d’en avoir trop dit.

 

 Bon, je ne vais pas me mettre à trembler parce que j’ai cru entendre un miaulement, nous sommes à la campagne et des chats ce n’est pas ce qui manque ! Remue –toi ma grande, finis donc d’allumer ce feu et prends un café cela ira mieux dans ta tête ensuite.

 

Voilà ce qu’elle se disait à voix presque haute quand soudain, celle fois elle en était sûre, on marchait au premier étage. C’était nouveau ça pensa- t- elle cette fois fort inquiète, il ne manquait plus que cela !

 

Non je ne monterai pas, cela doit être un rat ou une souris , enfin peu importe il ressortira par où il est entré.

 

Mais comment avait-il pu entrer ? par les gouttières, par le toit, par la cheminée ? Mais dans ce cas il ne serait pas au-dessus de sa tête mais dans le grenier. C’était à n’y rien comprendre…

 

Doucement , elle prit le tisonnier dans sa main gauche et ouvrit la porte de l’escalier. Elle s’arrêta, écouta : plus rien, quoique peut-être un genre de respiration ? Oui c’était cela quelque chose respirait de plus en plus fort d’ailleurs !

 

 Si j’étais raisonnable je partirais de cette maison en courant, se dit-elle en commençant à monter les premières marches, le tisonnier toujours à la main .

 

  • Il y a quelqu’un ?

 

Pas de réponse…

 

  • Ditesmoi qui vous êtes ? vous êtes monté pendant que j’allais chercher du bois, ce n’est pas sympa de me faire peur ainsi !

 

Ce bruit était de plus en plus proche, du moins ce qu’elle pensait être une respiration. Plus de doute, quelqu’un haletait là, pas loin d’elle, peut-être même l’attendait-on en haut de l’escalier. Elle mettait le tisonnier en avant et montait maintenant de plus en plus vite : il fallait qu’elle sache.

 

Tout à coup la lumière de la cuisine en bas s’éteignit et elle se retrouva dans le noir complet. La faible lueur qui l’aidait à se diriger lui manquait. Elle avait beau connaître cet escalier par cœur, elle n’avait pas compté les marches et ignorait totalement à quelle distance de la pièce du dessus elle se trouvait. Elle craignait de se cogner la tête contre les pieds de quelqu’un qui d’un coup, pouvait la faire dégringoler en bas sans problèmes.

 

Elle redemanda plus doucement :

 

  • Il y a quelqu’un ?

 

Mais en se traitant de niaise intérieurement car s’il y avait quelqu’un il aurait répondu tout de suite sauf s’il venait faire un mauvais coup !

 

Pendant tout ce temps où Emma se demandait si elle avait peur ou bien si au contraire, elle n’avait qu’un souhait : voir enfin ce qui l’effrayait, sa chatte Moumoune, une vieille chatte aux trois couleurs la regardait, assise sur un fauteuil dans le salon.

Emma ne voyait que l’éclat de ses yeux car il faisait terriblement sombre dans cette maison ! mais il n’empêche que le fait que Moumoune ne bouge pas le bout de la queue la rassurait. Cette chatte trouillarde comme pas une ne supportait pas un bruit inconnu et courait se réfugier sous le lit, or là , elle restait attentive certes mais d’apparence sereine.

 

Emma tremblait de tous ses membres. La peur la tenaillait maintenant de plus en plus et elle transpirait. Une sueur mauvaise, âcre lui brûlait les yeux : Moumoune ? Moumoune appela-t-elle doucement… Rien ne bougeait. Cette chatte si vive habituellement pour répondre aux appels n’avait pas bougé d’un pouce. Au milieu de cet escalier, le tisonnier à la main, elle se sentit tout à coup idiote et dans une position indigne d’elle. Enfin voyons, il fallait qu’elle se reprenne et surtout qu’elle monte à l’étage, là où se trouvaient les bougies, sur le petit guéridon ,en bois d’ébène que lui avait offert Julien pour ses trente ans. Elle aimait les beaux meubles.

Quand elle atteignit la dernière marche, elle se mit debout très droite, et ses yeux commençant à s’habituer à l’obscurité, elle crut deviner une ombre au fond de la pièce palière.

 

  • Julien ?
  • …..
  • C’est toi je le sais alors arrête de faire l’enfant et de me faire peur, tu as gagné j’ai vraiment eu la frousse de ma vie, mais maintenant, réponds – moi, cela a assez duré.

 

 

Emma, n’eut pas le temps d’en dire plus, une main s’accrocha à son bras et la serra très fort. Elle eut un gémissement de douleur et en même temps, elle sentit tout son corps écrasé, serré, ses os craquèrent, et elle ne pouvait plus respirer.

 

  • Mais pourquoi gémitelle dans un souffle, sans comprendre vraiment ce qu’il lui arrivait.

 

Une lueur soudain illumina la pièce, les lampes s’allumaient les unes après les autres, la pièce se mit à tourner , et les meubles à se caler contre le mur, libérant un grand espace au milieu de la pièce. Et là, malgrè la forte douleur dans tous ses membres, elle eut le courage de crier : Oh non pas ça !!!

 

Devant elle, surgissant de nulle part, un cochon se dressait sur ses pattes avant et tournoyait au son d’une vague musique venue de loin. Puis des lapins se mirent à sautiller, s’arrêtant soudain et se dressant eux aussi sur leurs pattes avant.

 

Puis, ce fut le tour des poules, des canards, des pintades, toutes plus caquetants les une que les autres, une énorme rumeur maintenant se fit entendre couvrant le mugissement d’une vache qui venait de s’introduire par la fenêtre et prenait à elle seule toute la place disponible. Une belle charolaise à la robe marron, au poil épais venait vers elle, la bave au museau.

 

Mon dieu, mon dieu ! ne faisait que répéter Emma, mais c’est un cauchemar !

 

Quand tout ce petit monde fut dans la pièce, une voix s’éleva soudain demandant le silence.

C’était Moumoune, du moins elle le pensa.

 

- Emma, demande pardon à mes camarades, exigea-t-elle d’une voix sévère.

- Mais pourquoi ?

- Simplement parce que je te le demande …

- Mais Moumoune, je ne t’ai jamais fait de mal ? explique- moi je t’en supplie !

 

 - Tous les animaux que tu vois viennent venger leurs amis que tu as osé manger depuis que tu peux te payer de la viande ; tu l’as toujours fait sans état d’âme sans te demander si ces animaux avaient une mère, une famille si quelqu’un allait souffrir de leur absence, de leur mort devrais-je dire pour que tu t’empiffres et que tu dises à la fin du repas : c’était bon mais ce lapin était un peu dur non ? ou alors mieux ! ce boudin était bon mais je le trouve un peu fade , j’en passe et des pires par respect pour mes amis.

 

  •  ???

 

Quand Emma sentit s’abattre sur elle un sabot qui lui fendit le crâne, elle accusa immédiatement la vache, forcément et pourtant non. Il s’agissait de Julien qui l’assommait avec le tisonnier qu’elle avait posé par terre.

 

Les animaux comme par enchantement disparurent et Emma dans un dernier souffle les vit se ratatiner et s’écrouler comme des baudruches sur le sol. Il ne resta d’eux que du plastique et des ficelles… Julien ramassa le tout, l’enveloppa dans un sac poubelle et donna un coup de pied rageur dans les reins de sa femme qui gisait à terre.

 

  • Crève ! lui murmurat-il en se penchant sur elle.

 

Avec un sac plastique, il la bâillonna jusqu’à ce qu’il sentit qu’elle se détendait et devenait identique aux animaux gonflables qui lui avaient tellement fait peur.

 

Il ramassa le petit magnétophone, se retourna , pour jeter un dernier coup d’œil sur la pièce et se dit qu’il avait réalisé le crime parfait.

 

C’était sans compter sur Moumoune qui avait tout vu, tout suivi. Quand il fut en bas de l’escalier, prêt à partir, ses valises étant déjà dans l’entrée, elle miaula si fort et si longtemps qu’il revint vers elle pour l’assommer, elle aussi. Hélas, il n’avait pas pensé au téléphone qu’il n’avait pas raccroché lors d’un appel passé à la femme qu’il devait rejoindre. Quand elle entendit Moumoune, affolée, elle eut très peur pour Julien et appela immédiatement la police.

 

Julien est en prison.

 

Moumoune est maintenant sur les genoux d’Emma, qui la caresse toute la journée, l’œil éteint. Elle ne bouge un peu que lorsque les infirmières lui demandent si elle a faim.

 

  • Oh oui mais que des légumes s’il vous plait…. Répondelle régulièrement…

 

FIN

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié le par marie chevalier
Publié dans : #mes nouvelles

"Nous avons le plaisir de vous informer que votre nouvelle, Surprise, a obtenu les félicitations du jury et vous adressons tous nos compliments."

Cette phrase est très agréable à lire 

je mets ici la nouvelle concernée 

 

                                                                  SURPRISE

 

Il m’avait dit : attends-moi sur la plage de l’Océan à Barbâtre à quinze heures. J’y étais depuis une heure. Ayant loué un vélo je m’étais tout d’abord promenée aux alentours pour visiter un peu, arrêtée quelques minutes au moulin de la Plaine près de l’office de tourisme, puis j’avais emprunté la route de l’Océan. Je ne pouvais pas me perdre, c’était tout droit d’après les instructions de Gérard.

 J’étais arrivée très tôt sur l’île le matin même. Il faisait une chaleur ! Je ruisselais sous les bras et mon tee-shirt en élasthanne vieux rose, me collait partout, une véritable horreur.  Mais pourquoi n’avais-je pas pensé à prendre des chemisiers en coton ? En plus à cause de quelques kilos pris ces derniers temps, dus au stress sans doute, tous mes vêtements étaient devenus trop étroits. Seules deux robes auraient pu faire l’affaire mais elles étaient toutes les deux noires et surtout délavées.

Je ne réalisais pas que dans une heure je verrais enfin l’homme de tes rêves. Je connaissais tout de lui. Depuis deux mois qu’il était rentré en France après un long séjour en Allemagne pour ses affaires, m’avait –il dit sans vouloir s’étendre sur le sujet, nous ne nous quittions plus. Bien sûr nous dialoguions par SMS ou par mail mais on se disait tout. Je connaissais son âge, sa taille, la couleur de ses cheveux, tout absolument tout. Il ne nous manquait plus qu’une rencontre « en vrai ». Il faut que je précise que c’était en 2001 et les caméras, les « Skype » n’existaient pas ou étaient très peu utilisés par les novices en informatique que nous étions. Franchement je n’avais qu’une hâte : le voir enfin, le toucher, l’embrasser aussi bien sûr.

J’étais certaine d’avoir eu le coup de foudre pour lui, tout ce qu’il me racontait me plaisait : ses voyages professionnels qu’il gardait mystérieux, ses mots si tendres, si doux qui me faisaient fondre, les livres que nous lisions afin d’en discuter ensuite.

Il m’avait demandé de ne jamais l’appeler car il n’était pas souvent disponible et ne voulait pas qu’un collègue soit au courant de notre relation. Moi de mon côté, mes parents n’étaient pas tendres en ce qui concernait mes conquêtes masculines. Il fallait qu’ils connaissent mes petits amis et surtout qu’ils me donnent leur avis. Alors ce fut un mystère de plus entre nous et cela nous amusait.

Mais quand il m’apprit un jour qu’il rentrait sur le continent, je fus bouleversée. Adorable, il avait même ajouté : je suis sûr que je ne serai pas déçu et que je te reconnaitrai dans une foule tellement je suis amoureux de toi.

Je souriais de bonheur en lisant ces lignes. Ses longs mails me fascinaient. De savoir que j’allais le voir enfin, je ne tenais plus en place. Je passais du rire à l’angoisse : et si je ne lui plaisais pas, et s’il était déçu?

Me voilà donc assise dans le sable, regardant les touristes qui passent devant moi se tenant par la main ou alors qui courent se jeter à l’eau et rire, rire…

Je lorgnais sans arrêt sur ma montre, le temps ne passait pas vite et j’avais des fourmis dans les jambes. Mes mains étaient moites, la sueur mouillait mes cheveux et pourtant un petit vent rafraichissait l’atmosphère.

Quelle gourde, je n’avais pas pris de sous-vêtements de rechange et tout ce que je portais était de plus en plus humide de sueur. Je devais être affreuse, toute rouge car le soleil tapait et naturellement, aucune crème pour me protéger.

Tellement eu hâte de ne pas rater mon train et de surtout être à l’heure au rendez-vous que j’avais fait n’importe quoi.

Il était maintenant quatorze heures trente. Dans une demi-heure je serai la plus heureuse des femmes. Comment vais-je faire si je le vois arriver vers moi ? Il sera en vélo ? À pieds ? Il aura sûrement laissé sa voiture devant l’office de tourisme ?

En plus il avait précisé : tu m’attends au bout de la route de l’Océan, et si on ne se trouvait pas ?

Je me levais, faisais quelques pas, secouais les bras, m’étirais, et me rasseyais, tendue et de plus en plus nerveuse.

Insoutenable cette attente, pourquoi suis-je arrivée si tôt aussi, quelle idiote ! Et s’il ne venait pas ? De plus il m’avait écrit dans son dernier mail qu’il ne fallait pas que je rêve trop, que je pourrais être déçue en le voyant et qu’il en serait très malheureux.

Je ne sais pas pourquoi il m’avait prévenue de cela car j’étais tout à fait prête à le rencontrer sans appréhension aucune. J’avais une telle confiance en lui ! Quoique… Assise sur le sable, ruisselante de sueur, commençant à avoir mal à la tête, je ne me sentais pas très bien. De plus je n’avais pas mangé un bout depuis des heures.

J’étais en plein suspense : quand arriverait-il ? De quel côté ? Comment le reconnaitrais-je ? Car lui avait beau m’écrire sans arrêt que les yeux fermés, il saurait que c’était moi, je n’avais pas le même ressenti. Et bizarrement, plus les minutes passaient plus j’étais anxieuse.

Pourtant ce moment je l’attendais depuis que nous avions commencé à avoir des relations épistolaires. Et tout à coup, j’avais envie de fuir. De remonter sur mon vélo, et vite aller regarder l’horaire des cars et des trains pour rentrer chez moi. Une peur irraisonnée me prenait aux tripes.

J’en étais là de mes réflexions quand une jeune femme vint s’assoir près de moi en étalant une grande serviette. Zut, pensais-je, s’il arrive elle va se rendre compte de mon émotion.

— Je vous dérange peut-être ?

— Mais pas du tout voyons.

— Vous avez l’air anxieuse et vous êtes si pâle…

— J’attends un ami, et effectivement, je suis un peu impatiente sans plus, cela fait des années que je ne l’ai pas vu.

Et cette gentille dame osa me faire remarquer qu’étant donné mon âge, il ne devait pas y avoir des siècles que je n’avais pas vu ce camarade.

 Sans doute lassée par mon silence, elle se leva et me laissa de nouveau seule avec mon angoisse.

Il était 14h55.

 Je regardais autour de moi et n’y voyais que du sable, la mer et encore du sable. Peu de gens à cette heure-ci en pleine semaine et hors saison.

Je me levais, fis de nouveau quelques pas pour me dégourdir les jambes. Je m’éloignais un peu me demandant si vraiment c’était bien là le lieu de rendez-vous ?  Il était grand temps de m’en préoccuper maintenant que l’heure approchait. Je m’en voulais de ne pas m’être mieux renseignée sur cette plage. Il y en avait tout le long des plages, avec des noms sympas d’ailleurs, mais est ce que j’étais sur la bonne, la plage du Midi n’était pas loin non plus…

J’essayais de bien me souvenir car bien entendu je n’avais pas imprimé le dernier mail avec le lieu exact de notre rendez-vous et je commençais à douter, et si c’était la plage de la Cantine ou autre…

Soudain j’entendis de grands cris tout près. Des enfants hurlaient et des hommes couraient vers la mer.

Il se noie, lancez-lui une corde, vite, faites vite, appelez les sauveteurs ….

Cela me sortit complètement de mes fantasmes amoureux, que se passait-il donc ? Je pris le vélo et me rendis sur les lieux d’où provenait cette panique.

Plusieurs jeunes hommes tiraient sur une corde et essayaient de ramener quelque chose à terre. Soudain l’un d’entre eux se jeta à l’eau et cria : on n’y arrivera pas, il n’a plus la force de se cramponner à la corde. Enfin au bout de quinze bonnes minutes, alors que les secours arrivaient, les bénévoles avaient réussi à ramener le corps d’un homme et l’avait étendu sur le sable.

Tout le monde s’agitait, voulait voir : mais qui était-il ? Comment était-il arrivé là ? Il faut quand même le vouloir tomber à l’eau à cet endroit ou alors il a peut-être voulu mourir ? Il n’est pas jeune, il a sans doute eu un malaise…

Tous les arguments toutes les suppositions allaient bon train et pendant ce temps, les sauveteurs essayaient de le ranimer. Ils pestaient contre les gens qui faisaient cercle et hurlaient : mais laissez-nous travailler, il a besoin d’air poussez-vous !

Enfin, le « noyé » ouvrit les yeux et cracha plusieurs fois. Il était sauvé.

— Mais qui est-il ? On a retrouvé quelque chose ?

— Non rien, aucun papier, qui puisse aider à savoir qui il était. Mais il va pouvoir nous le dire, il a déjà repris ses esprits on va l’emmener au frais pour qu’il se repose. Rien de grave, dit un pompier qui l’avait examiné.

Le temps passait et je ne m’étais pas rendu compte qu’il était maintenant 15 heures trente, et mon rendez-vous ? Ciel je l’avais oublié !

 Je retournai vivement à l’endroit que je venais de quitter. Personne. Je me disais qu’il était peut-être venu lui aussi voir ce qui se passait et qu’il allait revenir ici. Je m’assis donc et attendis.

16 heures.

Ça ne pouvait plus durer. Cette incertitude était insoutenable. Il m’avait tendu un piège. Il n’était pas venu. C’était bien ma chance, m’être déplacée de si loin pour du vent. Je le haïssais après lui avoir cherché mille excuses je ne voyais que le piège tendu à une femme de hasard. Il doit bien rire en regardant l’heure.

 Je repris le vélo et pédalai jusqu’à la location.

Je ne savais plus comment me sortir de cette rage qui me tenaillait. Qu’allais-je faire maintenant ? Porter plainte ? Je m’étais fait avoir. Et moi sottement j’avais cru qu’un homme que je n’avais jamais vu allait arriver tout guilleret, le bouquet de fleurs à la main. Quelle gourde !

Je m’installai à la terrasse du Barbâtre et me commandai une bière.

Peut-être finalement avait-il eu un contretemps ? Il allait peut-être essayer de me joindre par mail ? Il me savait assez « dégourdie » pour trouver le moyen d’accéder à mes mails et il avait raison au moins sur ce point. Je demandai au serveur s’il y avait un cybercafé dans le coin. Comme il me regardait bizarrement je lui expliquai que j’attendais un message pour un rendez-vous important.

 Gentiment il me répondit qu’il pouvait me prêter son portable si cela n’était pas trop long. Je rentrai donc à l’intérieur et je fis tout de suite mon code. Heureusement je l’avais en tête !

J’ouvris ma boite mail et là……

Une phrase très courte :

Mademoiselle, je ne sais pas qui vous êtes mais laissez mon mari tranquille. Il n’ira pas vous rejoindre ou alors je le tue… J’ai lu toute votre correspondance, c’est honteux…

Je tremblais comme une feuille quand le serveur revint vers moi.

— Mauvaises nouvelles, mademoiselle ?

— Oui un rendez-vous manqué, lui répondis-je en pleurs.

Je sortis hébétée du café et je ne savais vraiment plus ce que je devais faire, j’étais vidée, anéantie. Alors il était marié ? A la rigueur cela n’était pas très important car d’après ses mails il semblait plutôt indépendant. Mais comment avait-elle pu lire tout ça? C’était impensable ! Elle avait écrit cela pour me faire peur.

Je pris la décision de revenir sur la plage et de faire le point.

Il était maintenant dix- sept heures.

C’était fichu, bien fichu. Il doit rire maintenant car qui sait ? C’est peut-être lui qui a écrit ce mail ? Pour ne pas venir. Mais non ce n’est pas possible, il sait bien que je n’ai pas la possibilité de lire ses mails… sauf qu’il me savait débrouillarde…

— Bonjour Mademoiselle…

 Je me retournai comme une folle !

Un homme d’environ soixante -quinze ans me regardait en souriant.

— Excuse-moi du retard mais j’ai failli me noyer et ils m’ont emmené pour les premiers soins. Je suis tombé en marchant près de l’eau et impossible de me retenir, j’avais oublié ma canne…Mais ils ont été charmants car je leur ai demandé de me laisser partir, j’avais un rendez-vous urgent…

— C’était donc vous le noyé de tout à l’heure, lui demandai-je pour gagner du temps et me remettre un peu de ma surprise.

Sidérée je le regardais mais franchement je devais avoir un air tellement niais qu’il me demanda si j’étais bien Vanessa.

Bêtement je lui répondis : oui et toi tu es Gérard ?

— Ouf ! Tu m’as fait peur, j’ai cru que tu ne m’avais pas reconnu !

— C’est –à –dire que … je t’ai tellement attendu, je t’ai tellement imaginé…

— Que veux-tu dire ? Je ne te plais pas ?

— En fait je ne m’attendais pas à ce que tu sois si vieux… si chauve…. si…

— J’ai eu un accident et effectivement j’aurais dû te prévenir que je n’avais plus qu’un bras. J’ai perdu l’autre dans une explosion sur un chantier.

— Mais en fait, tu me mens depuis que l’on se connait ? Et ta femme ? Tu es marié en plus !

— Comment le sais-tu ?

— Elle m’a fait un mail ! Oh et puis zut tu n’auras qu’à lui demander toi-même !

— Franchement Vanessa où est le problème ? Marié ou pas ?  Nous nous aimons nous n’avions qu’une hâte nous rencontrer, c’est fait alors ? Que te faut-il de plus ? Mon handicap te gène à ce point ?  

— Rien sinon quarante ans de moins. Tu m’as trahie, tu t’es regardé ? Tu es un vieillard, et je n’ai que dix-huit ans ! Je hurlais ma colère, ma déception.

 Je l’ai laissé planté là debout sur la plage, il m’a appelée doucement : Vanessa reviens… puis il s’est tu. Il devait réaliser lui aussi l’horreur de la situation. Je suis partie en courant dans le sable vers les habitations, vers la vie et surtout vers le réel.

On dit parfois que la fiction dépasse la réalité ce fut le cas de cette rencontre qui n’aurait jamais eu lieu… si je ne m’étais pas imaginé la vie comme un suspense amusant.

Je pleurais en reprenant le car. C’était fini. Je n’aurai plus jamais envie de recevoir des messages sans avoir vu celui qui me les envoyait.

Maintenant, il n’y a plus d’attente, de suspense, comme celui que j’ai vécu, heureusement il y a les caméras. D’ailleurs je dialogue depuis une semaine avec un homme bien plus jeune que moi, il dit avoir dix- huit ans, j’en ai trente mais où est le problème ? Je vais le voir bientôt nous devons nous retrouver mais cette fois … dans les jardins du Palais Royal… Et je le reconnaitrai….

 

 

 

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Publié le par marie chevalier
Publié dans : #mes nouvelles

 

Beauté éphémère

 

Elle était assise devant la porte de sa maison et  à travers  son grillage rouillé regardait les  passants.  Que se passait-il dans ce  petit village déserté depuis des années pour que Adeline  s’intéresse à ce point  au va et vient dans sa rue ? 

Il faut revenir quelques mois en arrière  pour comprendre.  Un matin, elle se réveilla complètement transformée. Elle si douce et si jolie  avait pris  des rides et du poids dans la nuit. Par quel hasard ? Comment cela a-t-il pu arriver… ? Complétement effondrée devant la glace de sa salle de bains elle n’en finissait pas de se  palper.  Les hanches, larges, le ventre  bedonnant, la cellulite sur les  bras et surtout ce double menton quelle horreur.  Et la cerise sur le gâteau, ses cheveux qu’elle avait longs et brillants  étaient devenus gris et sales. 

Pauvre Adeline.  Son mari, un homme de haute taille et portant fièrement une grande barbe qu’il ne coupait jamais  s’assit comme tous les matins, face à elle  pour prendre son bol de café quotidien. Il ne la regarda pas, mais cela  était comme d’habitude. Il y avait bien longtemps qu’il ne la voyait plus.  Aussi, elle  l’interpella : Paul, tu ne remarques rien ?

Paul sans lever le nez  lui répondit d’une voix agacée : je devrais ? 

Elle capitula. Ce n’était pas  la  peine d’insister, il n’en avait rien à faire. Par contre quand elle passa  près de lui, il ne put s’empêcher en vrai macho qu’il était, de lui mettre une main aux fesses. Et là, enfin, il leva  la tête  pour la regarder.

— C’est quoi ce cinéma ?

— Que veux-tu dire ? 

— Tu t’es déguisée en sorcière ce matin ?  Tu as mis du rembourrage à tes fesses ? Remarque tu en avais besoin, plate comme tu es !

Adeline, suffoquée regardait son mari comme  on regarde un extra-terrestre. Il n’avait rien remarqué d’autre que la taille de ses  fesses ? 

— Paul, tu ne remarques rien d’autre ?

— Si la vaisselle dans  l’évier.

Folle de rage, elle lui balança son bol à la tête.  Il rugit se leva vivement et  l’attrapa par le bras en la poussant violemment dans le mur. 

— Ne recommence jamais ça  où je te tue de mes  mains.

Pour lui aboyer cela, il la regarda et malgré tout resta sidéré.  Etait-ce bien sa femme cette …Chose… devant lui ? 

— Tu vois Paul, ce qui m’est arrivé cette nuit, je suis devenue  un monstre. Et toi ce que tu trouves à dire c’est que je me suis mis des coussins  aux fesses ? 

— Alors  je ne rêve pas. C’est ainsi que tu seras dans  vingt ans ?  Grosse, mal fagotée, ridée et hideuse ?  Heureusement que c’est arrivé aujourd’hui, ainsi je sais à quoi m’en tenir. 

C’est tout ce qu’il lui dit avant de  monter  à l’étage faire sa valise.

Elle ne le revit plus.  Il la laissa se débrouiller seule et c’est pourquoi, aujourd’hui, elle reste assise dehors  pour regarder  les  passants. C’est ainsi qu’elle vit depuis le départ de Paul.

Elle avait mis une annonce dans le journal et les gens  venaient  le dimanche  voir  la  « Chose »

Car  il faut reconnaître que cette femme n’avait plus rien d’Adeline.  Elle était hideuse, énorme, et  laide et sale.

Les gens  payaient  pour venir  voir le  phénomène dont Adeline avait fait elle-même la  promotion :

«  Comment savoir ce que l’on sera dans 20 ans, moi je sais. Venez voir, ça vaut le détour. »

Et depuis, des centaines de gens venaient chaque dimanche  regarder à travers  le grillage rouillé  la pauvre femme  mourant de vieillesse à 40 ans… ils payaient pour voir cela.  L’homme est un voyeur.

Cette  petite  histoire est la mienne, Paul m’a quittée un jour sans prévenir et depuis, moralement   j’ai pris  vingt ans, je me sens vieille et moche et je crois que je ne vais pas  m’arranger en vieillissant…
 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié le par marie chevalier
Publié dans : #mes nouvelles

 

 

j'ai participé  à ce concours et ma nouvelle a été retenue  pour figurer dans un recueil collectif 

 je suis ravie de vous la faire connaitre ici:

                                      

                                                       Ça devait arriver                                                                    

 

Le ciel noircissait de plus en plus et il n’était que trois heures de l’après-midi. C’était ainsi depuis que dans le ciel ils avaient installé des caméras. Dès que la clarté était trop intense, un système très complexe baissait  la luminosité. Il fallait économiser l’énergie, nous n’avions plus que  le ciel pour nous en donner.

La dernière guerre avait tout détruit. Des années de recherches contre le cancer, le sida, l’arthrose, tout avait été pulvérisé. Les ordinateurs broyés, massacrés  et pire détruits sans aucun moyen de retrouver les données.

Nos villes, nos campagnes ressemblaient à une page sans fin de sable  vert.

Toute la planète avait été touchée. Des astronautes qui s’étaient installés sur la lune il y a vingt ans ont pu, heureusement sauver des vies humaines en nous rapatriant  dans le ciel. Ma mère dit toujours dans le ciel mais en réalité il s’agit d’une  plate-forme très épaisse en matériau inconnu qui nous contient tous.

Inutile de préciser que nous sommes les uns sur les autres, entremêlés à plat ventre. On ne peut faire autrement sinon nous tomberions, il n’y a pas  de barrières autour de nous. Nous sommes ravitaillés par des robots qui nous  lancent des  gélules. Personne n’a  eu le temps de nous expliquer leur contenu. Alors nous prenons cela en coupe-faim, en boisson ou pire en médicaments.  Beaucoup d’entre nous sont devenus tout verts. Des radiations sans doute. Du moins il y a cinquante ans on appelait cela ainsi mais avec tous les progrès que nous avons vu naître, en réalité on ne sait plus trop s’il s’agit de radiations ou tout simplement les résultats de  la grande misère.  Car  ce n’est pas  par hasard  que cela nous est arrivé. Notre planète  mourait, étouffée asphyxiée par les pesticides, les  anti-fleurs, les anti-mauvaises herbes, les vaccins à outrance, les  arrosages intempestifs, les  tue-fourmis, tue-mouches, j’en passe  et nos  oiseaux tombaient tous à force de manger et de boire  la pollution humaine à outrance.

Plusieurs fois, des colloques avaient  eu lieu entre toutes les nations  mais  les pays riches se refusaient à écouter le bon sens de ceux qui n’avaient que peu de terre et d’eau.  Nous croulions sous  l’abondance de nos récoltes, nous  jetions de la nourriture dans les rivières et la  mer. Oh ! Ne croyez  pas que c’était pour nourrir les poissons, au contraire, c’était pour tirer encore et encore des tonnes de litres d’eau pour arroser, faire des piscines, et  surtout noyer les bêtes qui gênaient, celles que l’on disaient  nuisibles : les abeilles, les guêpes, les taons parce qu’ils  piquaient, les  loups, les bêtes sauvages  parce qu’elles  mangeaient nos animaux domestiques que nous élevions par centaines dans des batteries ; bref  nous étions  en super abondance de tout  jusqu’au jour  où…

Un déséquilibre important de la nature fut constaté par des experts. Il fallait réduire notre  consommation  car nous allions tous mourir d’après eux. Personne ne les crut  bien sûr. Trop imbus de notre puissance, nous continuions à envahir de plus en plus de pays  pour satisfaire nos besoins du moins nos envies.

Quand un grand chercheur est venu faire une conférence et nous a demandé ce que nous souhaitions. D’un seul élan nous avons répondu : nous voulons tout.  Et nous l’avons pris… nous étions très riches et  cela n’a  pas été un problème pour acheter d’autres pays. Un homme s’éleva contre nos  méthodes, il était d’Afrique et racontait, du moins  inventait –car nous n’y croyions pas- que nous allions tous « crever » c’est le mot qu’il a employé. Nous avions entendu ce discours sur  notre petit bracelet  électronique et nous avions tous ricané. Un africain qui nous  menace ?  Mais  il veut combien ?  Qu’il dise son prix  on paiera et  ensuite on le tuera rien de plus simple, on récupérera ainsi notre argent.

Hélas, nous n’avions pas prévu qu’il nous menaçait vraiment et un matin….

Tout bascula. Je passe sur l’horreur de ce qui suivit.  Plus rien, rasé  plus de terre, plus de bêtes, plus d’hommes, plus d’enfants, quelques femmes  mais  peu. On vint nous chercher dans des  espèces d’avions sans ailes et  on nous installa là où je vous ai dit. Depuis soixante ans, nous stagnons rampant sur le sol, sans argent car  ceux qui nous tiennent et nous ont « sauvés » nous ont pris le  peu  que nous avions emmené.

Ils sont sur la Lune, heureux.  Ils  refont ce qu’ils ont fait sur la  planète terre. Ils  polluent, ils  massacrent, ils empoisonnent et prennent du bon temps avec nos femmes.

Ils les  paient bien alors elles acceptent. Il n’y a  pratiquement plus d’hommes valides ici. Quelques vieux, quelques gamins qui deviendront des hommes et des femmes  pour faire des enfants  à nos bourreaux.

Mais  si l’on doit payer, nous  paierons.  L’argent a toujours aidé dans les grandes décisions.

On nous a bien dit que nous n’étions  pas  prêts de retrouver  notre planète et on nous a dit aussi que toute notre vie nous ramperions devant  les  nantis de  la Lune…

L’important n’est-il pas de vivre ?  Même si cela coute cher ? Même si nous devons  être leurs esclaves ….

 

 

 

 

 

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Publié le par marie chevalier
Publié dans : #mes nouvelles

 

Il faisait sombre, la fenêtre était ouverte  mais le  bruit de  la rue était  vraiment infernal.  Un bouchon se formait au feu rouge  juste en bas de  l’immeuble et  nous  profitions des  gaz d’échappement, de  la musique à fond dans les  voitures car naturellement les glaces étaient baissées. Une canicule, disaient les experts.

Nous étions samedi, des banlieusards  venaient au grand  magasin exotique en bas de  la rue  et  faisaient dix fois le  tour des  pâtés de  maison pour essayer de trouver une  place  pour se garer.

J’avais  chaud, j’étais  mal, je n’avais pas dormi de la  nuit, réveillé dix fois  par les voisins côté cour, qui avaient regardé  le match de foot, Espagne/France ! Un concert de cris,  de  hurlements, de trompette,  pendant, et après  la fin. Qui a gagné ?   Je m’en fiche,  ce que je sais c’est que  toutes fenêtres ouvertes,  j’ai participé involontairement.  Vers cinq heures du matin, quand enfin tout s’est calmé  je n’ai pas  pu  me rendormir et  je suis venu dans le salon essayer de terminer ma nuit assis dans mon fauteuil après m’être fait chauffer un café.  Et  là comme  je vous le disais  au début de ma déposition, les voitures se sont  mises  à klaxonner, et  naturellement  j’ai marché jusqu’à la fenêtre, histoire de prendre l’air.  C’était pire et le comble,  les camions- poubelles arrivaient.  Les éboueurs couraient dans tous les sens, ramassaient des  sacs, les  jetaient  dans la benne et donnaient  un fort coup de sifflet pour  que le conducteur avance. 

Alors… Ben alors,  vous avez  l’air étonné ?  J’ai craqué.  Oui j’ai craqué. Je suis allé chercher  ma carabine cachée au -dessus de l’armoire, je suis venu jusqu’à la fenêtre sur rue et  j’ai tiré.  Je n’ai pas eu de chance, je l’admets, j’ai blessé grièvement  le clochard qui dormait  d’un sommeil tranquille  dans le renfoncement  de  l’immeuble d’en face. 

Que voulez-vous que  j’y fasse, ce n’est pas ma faute si des gens dorment dans la rue, allez donc  demander  à la  mairie  pourquoi ils  n’ouvrent  pas  la salle de sports dont  personne ne  se sert depuis des années !

Je vois ce n’est pas votre  problème, moi j’essayais simplement  d’expliquer mon geste. Je ne cherche  pas votre compassion, je sais aussi que  vous n’en avez  pas, du moins vous ne  devez  pas le dire.
Dans le fond  moi j’ai de la chance, je suis un homme libre, je  peux  dire haut et fort, en prenant mes responsabilités : 

Que je vous emmerde tous…
 

 

 

 

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Publié le par marie chevalier
Publié dans : #mes nouvelles

                              

 

 

            TITI

 

 

 

 

 

Laquelle  préfèra-t-ELLE ? ELLE ne saurait le dire. Elles  étaient  si différentes !

 

Mais quand  on lui en parle, ELLE se confie  volontiers et nous raconte facilement les plaisirs et les joies qu’elles ont pu partager.

 

TITI a été la première à partager leur vie de couple.  C’était une grande chatte altière, noire de jais, les yeux verts. Du sang bleu du côté de sa mère, une belle siamoise à la queue courte, et hélas, un tempérament de gitane du côté de son père, le voyou de l’hôtel d’à côté ! Sa mère avait fauté et ses maîtres n’avaient pas apprécié ces petits « bâtards ». Pensez donc, depuis des générations, la lignée de Mitzi (c’était le nom de la mère), n’avait jamais été entachée. Toujours des siamois, avec cette face si fine, ces oreilles si longues et ce corps si fin !

Hélas, il fallait se faire une raison, la famille « aristo » allait s’arrêter là, faute d’avoir pris les précautions d’usage quand Mitzi manifesta des signes « d’impatience » !. Enfin, on ne pouvait pas revenir là-dessus, la faute avait été commise et cette petite boule noire était là et bien là.

 

Des estivants qui venaient habituellement en vacances chez Madame M.  Lui avaient « réservé » un petit de Mitzi, pour l’année suivante, surtout un siamois avaient-il précisé et de préférence avec une queue, une vraie ! Et puis un mâle ! Las, la pauvre Madame M. était bien ennuyée ! La portée n’était composée que de chatons de couleurs différentes, mais point de siamois ! Le cœur déchiré, elle se dit qu’il allait falloir, soit caser tous ces petits (quatre) ou alors les euthanasier ! Et à cela elle n’arrivait pas à se résoudre !

 

ELLE et  LUI, qui comme tous les ans, partaient en vacances, trouvèrent,  « sur le tard », une location chez Madame M. Lorsqu’ils arrivèrent et qu’ils virent cette nichée de petits chatons, plus mignons les uns que les autres, ELLE supplia son mari d’accepter d’en ramener un dans leur appartement à Paris. Hélas, LUI n’était pas très chaud, il n’aimait pas particulièrement les chats et préférait les chiens. A force d’arguments, ELLE réussit à le convaincre et finalement il accepta : « A condition, exigea-t-il que ce soit UN CHAT ! » Il n’était pas question de se transformer en vétérinaire et d’accoucher une chatte, d’accord ? D’accord ! Ils restèrent un mois en vacances et tout naturellement, ils allaient voir le « bébé » régulièrement et constataient ses progrès.

 Et puis, il fallait bien retourner travailler. Ils mirent le chat dans une petite boîte à chaussures, avec des copeaux, ils dirent au revoir et en avant l’aventure ! mille kilomètres avec un chaton dans une boite à chaussures, un chaton, dont il fallait bien l’avouer, aucun des deux ne savait comment  s’en occuper ! Tout d’abord, ce brave animal se mit à miauler d’une voix affreuse, rauque, et cela dura presque tout le voyage ! Puis, tout naturellement, il fit ses besoins dans la voiture, par terre, et recommença à hurler jusque Paris. LUI craquait un peu, disons, qu’il craquait beaucoup, il se mit lui aussi à s’extérioriser en criant plus fort que le chaton, qu’il n’avait jamais été d’accord pour ramener cette « bestiole » à la maison, que cela allait être une source d’ »em… » et qu’il fallait vraiment n’avoir aucune cervelle pour s’enquiquiner avec un animal dans un appartement !

 

Quand, enfin, exténués, ils déposèrent la petite boule de poils noirs qui les regardait désespérément, avec un regard si triste, si triste, que même LUI craqua et la prit dans sa main et la leva au-dessus de lui en lui disant : Bienvenue chez toi, chenapan !

 

Tout se passa bien, TITI grandissait, devenait une très belle chatte, ( car bien sûr, personne ne l’avait vu mais il s’agissait d’une chatte )!

 

ELLE l’emmena chez le vétérinaire la faire opérer et tout se passait très bien.

Bien sûr, ses maîtres l’adoraient et elle leur rendait bien, mais quel tyran ! A tel point  que parfois ELLE se demandait si  cette bête n’allait pas lui faire peur un jour, tellement elle était forte, exigeante et capricieuse. Elle se comportait avec ses maîtres comme avec des valets. Elle était chez elle et non chez  eux, et si elle n’aimait pas les amis qu’ils recevaient, elle le faisait immédiatement savoir en feulant, en leur sautant dans les jambes et parfois en les mordant. A tel point qu’ils avaient trouvé la solution : la chatte dans une pièce avec sa pitance et sa litière, et les amis dans une autre pièce ! Le vétérinaire interrogé, naturellement devant l’angoisse des maîtres, affirma que cela n’était pas rare, qu’elle défendait son territoire, que c’était en quelque sorte une chatte de garde. Bien, cela  expliquait le comportement  mais n’arrangeait personne !

 

En fait, tout ce qu’il y avait dans la maison appartenait à eux trois et il ne fallait donc pas qu’un intrus pose ses mains sur un verre ou un cendrier !

 

C’était contraignant et stressant, mais elle adorait ses maîtres, elle leur était toute dévouée et les vénérait à sa manière, ce qu’elle faisait était tout simplement défendre leur territoire de l’intrusion d’étrangers.

TITI mourut à seize ans et demi de vieillesse. ELLE eut beaucoup de peine, LUI aussi et c’est très tristement qu’ils l’enterrèrent dans un coin du jardin, là où poussent chaque année des giroflées, elle adorait la senteur des giroflées.

 

                                                        JULIE

 

 

 

 

 

JULIE fut adoptée à la SPA, à quatre mois, Ils étaient allés la chercher dans un petit refuge de la région parisienne, car ELLE ne supportait plus l’absence de TITI.

Ce fut tout le contraire, deux chattes complètement différentes ! Elle était noire et blanche, le poil assez épais et doux. D’ailleurs, si ELLE devait résumer JULIE, ce serait avec le mot :  douceur ! Très timide, effacée, elle mena une petite vie tranquille, sans bruit, sans beaucoup de jeu, et dès qu’elle entendait une voiture, dès que quelqu’un montait l’escalier de leur immeuble, elle filait en rasant le sol, se camoufler sous la couette du lit. Elle a passé la plus grande partie  de sa vie sous une couette, pour être protégée, pour être tranquille.

 

Quand elle en sortait, c’était pour manger, bien entendu, mais aussi, pour se poser des heures sur les genoux d’ELLE. Elle ne ronronnait presque jamais,  ils avaient l’impression que cette chatte ne faisait que passer en ne voulant déranger personne.

 

Elle est morte d’un cancer de la gorge à onze ans, elle n’a pas souffert, ses maîtres l’ont tout de suite fait endormir. Mais cette mort inattendue, brutale  les avait traumatisés  et…

 

 

 

ZOE

 

 

 

Voilà ZOE ! Nous  devrions l’appeler ATTILA dit-ELLE ! Une véritable bombe, elle ne sait que jouer, jouer, encore jouer, et elle veut absolument entraîner ses maîtres dans ses jeux fous. Trois choses sont très importantes pour elle dans la vie : manger, donc une assiette pleine en permanence ! , Le jeu, et la compagnie de son amour : son maître !

Comme ils ne rajeunissent pas, les maîtres ! Il faut les voir à quatre pattes en train de récupérer sous les meubles, « les baballes », les « petits élastiques », « les feuilles mortes », les boules de papier d’alu, enfin tout ce qui fait que ZOE est épanouie, bien grasse, bien gaie et ses maîtres… exténués !!!

 

Mais bien sûr, ils l’adorent, et ils ont encore de belles aventures à vivre avec ZOE, elle n’a que quatre ans et demi ! Et toujours aussi « folle-dingue » !

 

Voilà ce qu’ELLE a bien voulu nous raconter…LUI ? , Il préfère se taire et lancer la « baballe » le plus loin possible pour gagner du temps… le temps qu’elle lui ramène !

 

ELLE a repris  ce texte  car Zoé a rejoint le  paradis des chats à 18 ans et demi.  Ce fut  des années de bonheur, de complicité qui se sont terminées  par l’euthanasie forcée.  Zoé était au bout du rouleau.
Cela fait deux ans déjà et  ELLE  est en manque. LUI ne veut plus d’animal à la  maison, il souffre trop quand ils s’en vont. C’est vrai bien sûr. Mais  quel grand vide !

                                                                 F I N

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Publié le par marie chevalier
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Cette  nouvelle a eu les félicitations  du jury:

 

 

 

Quel drôle de  passe-temps !

Jessica était très mignonne. Des cheveux châtains souvent nattés, une petite frange coquine sur le front, elle respirait le bonheur de vivre. Eté comme hiver un doux hâle doré lui donnait de jolies couleurs qui faisaient ressortir ses grands yeux bleus. Pas très grande mais très bien proportionnée, les garçons de Noirmoutier d’ailleurs ne s’y trompaient pas et tournaient autour d’elle comme les abeilles autour d’un pot de miel. Quelques-uns parfois la sifflaient d’admiration. Quelle horreur ! Elle se retournait vivement et invariablement leur criait : passez votre chemin bande d’illettrés !

Autant elle les aurait traités de « cons », ils en auraient ri, autant ce mot lâché avec tant de mépris les mettaient dans une colère noire. Alors pour ne pas perdre la face, ils s’éloignaient en jurant qu’elle resterait vieille fille jusqu’à sa mort.

Cela n’empêchait pas Jessica de participer à la vie sociale de Noirmoutier en l’île. Qu’il y ait une course à pieds, elle en était, qu’il y ait un pique-nique avec les enfants dans les dunes, elle y était. Bien intégrée dans ce village où elle avait grandi, elle s’épanouissait comme le mimosa dans les jardins.

Mais c’est surtout chez elle, dans une jolie maison que sa grand-mère lui avait léguée avant de mourir de vieillesse, qu’elle se retrouvait et pouvait enfin se livrer à son passe-temps favori : chanter. Elle chantait tout le temps : en coupant du bois pour l’hiver, en faisant son petit jardin où elle plantait tous les ans ses fameuses bonottes qu’elle disait les meilleures de toute l’île. Il est vrai que même les anciens à qui elle donnait volontiers un ou deux kilos de sa récolte approuvaient et lui demandait son secret. Elle éclatait de rire en répondant qu’elles poussaient dans la joie, que chez elle il n’y avait pas de morosité, que tout était beau et bon.

Les chorales des villes alentour la sollicitaient pour les messes de mariage ou les communions et aussi pour les repas des anciens ; sa jolie voix faisait oublier les tracas et les soucis disaient certains, d’autres beaucoup plus jeunes, surtout ceux qu’elle rabrouait haussaient les épaules en riant la traitant de ringarde. Mais elle n’en avait cure. Peu importe ce que pensaient les autres, elle n’avait pas de comptes à leur rendre.

Un jour qu’elle revenait d’une balade à vélo dans la forêt domaniale de Bois de la Chaise, elle vit un camion devant la porte de ses voisins qui avaient quitté l’île quelques semaines plus tôt. Elle n’avait pas osé leur demander ce qu’ils comptaient faire de leur grande maison, maintenant elle savait. De nouveaux propriétaires aménageaient. En arrivant devant son portail, elle les regarda et les salua. Une femme d’environ quarante- cinq ans très bien habillée, enfin trop bien pour la circonstance, vint vers elle et lui tendit la main : Nous sommes arrivés depuis une heure et impossible de rencontrer quelqu’un, c’est une île déserte ou quoi ?

Jessica n’apprécia pas le ton moqueur de cette intruse, car il s’agissait forcément d’une intruse, cette femme n’était pas noirmoutrine ça s’entendait et se voyait.

—Madame, les gens travaillent ici et nous ne sommes pas figés derrière nos vitres, que vous arrive-t-il ?

— Mon mari a deux mains gauches et doit repartir sur Paris, nous cherchons quelqu’un pour nous aider à tout ranger. Moi-même suis très occupée.

— Je ne sais pas trop quoi vous dire Madame ? Je ne sais même pas votre nom.

— De Laporte, en deux mots s’il vous plait, nous y tenons. Jessica pensa intérieurement que ça commençait fort. Elle se prenait pour qui cette bonne femme ?

— Madame Je suis désolée mais à part Gégé, le fils du gérant de l’hôtel, je ne vois personne, il cherche justement du travail et est prêt à faire n’importe quel petit boulot du moment qu’il est déclaré.

— Mais vous, que faites-vous de vos journées à part du vélo ?

La jeune fille qui d’ordinaire avait la réputation d’une personne calme et tolérante, se retint de l’envoyer vertement sur les roses mais d’un petit air futé lui dit :

— Madame, je peux concevoir que vous êtes énervée, ce qui expliquerait votre ton agressif mais je viens de vous dire que je connaissais un garçon qui cherche du travail.

— J’ai bien compris mais moi je ne veux pas prendre de responsabilités ; imaginez que ce jeune homme soit un voleur voire pire un tueur ou un violeur ?

— Les bras m’en tombent alors dans ce cas démerdez-vous !

Elle qui n’était jamais grossière n’avait pas pu se retenir. Elle tourna le dos, remonta sur son vélo et rentra chez elle furieuse.

Mais qui était cette bonne femme pour juger les gens ainsi ?

Une semaine passa sans qu’elle ait à échanger de nouveau avec « la nouvelle », celle-ci ayant l’air de fuir Noirmoutier en L’Ile. On la rencontrait souvent à St-Jean de Monts ou à Saint Gilles Croix de vie. Elle ne rentrait que le soir très tard dans sa BMW rutilante.

Son mari était parti le soir même avec le camion. Elle était donc seule dans cette grande maison et sûrement ne se souciait plus de ranger comme elle l’avait demandé.

Les autres voisins de Jessica et ses copains de chorale lui demandaient souvent comment se passait leur promiscuité, mais elle était bien incapable de répondre.

Un soir qu’elle était plus fatiguée sans doute, elle s’arrêta devant la grille du jardinet pour reprendre son souffle, elle avait marché trop vite. Elle n’était pas depuis dix secondes adossée au muret que la porte-fenêtre s’ouvrit et madame De Laporte en personne s’approcha. Elle marchait d’un pas lent sur sa petite allée en graviers et le bruit raisonnait dans les oreilles de Jessica qui décidemment ne se sentait pas très bien.

— Vous avez besoin de quelque chose ? Alors au lieu de vous cacher derrière le pilier entrez donc, vous en mourrez d’envie.
Interloquée par le ton badin de la jeune femme, elle ne sut que répondre sinon bafouiller qu’elle n’avait besoin de rien.

— Un petit remontant vous fera le plus grand bien, vous êtes livide.

Il est vrai qu’elle se sentait vraiment mal et finalement suivit Madame De Laporte sans dire un mot.

Arrivée sur le pas de la porte, comme elle hésitait, son hôtesse la poussa brutalement dans le dos et lui dit qu’elle n’avait encore mangé personne !

 Qu’elle ne fut pas sa surprise dès son entrée de voir une grande pièce toute blanche, dans laquelle étaient entreposée une dizaine de chaises, certaines les unes sur les autres, d’autres en rond autour d’une minuscule table basse.

— Ne soyez pas surprise, j’adore les chaises, je les collectionne.

— En effet, mais vous les prenez de n’importe quel style et couleur ?

— Oui, mais ensuite c’est un travail de titan car il faut que je les ponce.

— Vous avez bien du courage !

— Pas vraiment car c’est une passion, redonner de la vie à ces meubles trouvés la plupart du temps dans des brocantes minables, c’est vivifiant. Et puis j’ai un vieux compte à régler avec elles.

— Je veux bien vous croire, mais je suppose qu’il s’agit d’un secret…

— Exactement et je ne vous en dirai pas un mot.

Dubitative, Jessica en avait oublié son malaise dû certainement au fait qu’elle n’avait pas pris le temps de déjeuner ce midi.

 — Vous faites toutes les brocantes ? Ici ? À Noirmoutier ?

— Pas vraiment je préfère aller sur le continent, dit-elle en riant, je vais plus précisément à st Jean de Monts ou à St Gilles Croix de vie car là, je n’ai qu’à les ramasser. Je passe chez les gens, je fais un peu du porte à porte et souvent j’en récupère deux ou trois dans la journée si ce n’est plus.

Elles papotèrent encore amicalement pendant quelques minutes et après avoir bu un verre d’eau, Jessica dit au revoir et rentra chez elle. Elle téléphona à sa meilleure amie Laura comme elle faisait chaque soir et lui raconta son histoire.

Les jours passèrent et on ne voyait toujours pas Monsieur De Laporte. A tel point que la rumeur commença à se faire jour dans la petite ville. Quelqu’un aurait aperçu un homme derrière la vitre du pavillon et qui était-il, puisque c’était certain tout le monde dans la rue l’avait bien vu partir en camion après avoir déposé quelques meubles.

Jo, un ami de la famille de Jessica était comme tous les soirs à la brasserie « La mer veille » pour boire son irremplaçable pastis de 19 heures. Il bavardait avec le serveur quand celui-ci lui dit à voix basse : tu sais quoi ? J’ai l’impression que la bonne femme qui vient d’emménager près de chez Jessica vole des chaises… et ma mère me dit qu’elle croit l’avoir déjà vue quelque part.

— Vole comment ?

— Des clients commencent à jaser. Tu sais qu’ici ce n’est pas rare que les parisiens laissent leurs chaises de jardin sur la terrasse. Eh bien trois ont découvert le lendemain matin que ces dites chaises avaient disparu, et tous les trois habitent dans la Grande Rue. Tu te rends compte ?

— Bon ce n’est pas forcément elle, quelqu’un l’a vue ?

— Non mais je vais te dire quelque chose, ici aussi on laisse facilement les chaises dehors …. Toutes volées ! Et la crêperie « les Embruns » pareil on leur a tout piqué, sauf deux tabourets !

— Et alors ?

— Ben ce qui prouve bien que seules les chaises l’intéressent.

— Tu sais ce que l’on va faire, on va faire le guet. Tous les soirs pendant une semaine, l’un de nous se postera devant chez elle.

— Mais enfin tu délires ! Elle va tout de suite nous repérer.

— Il faudrait peut-être alors en parler à la mairie. 

— Mais on n’en est pas sûrs, on dit que, mais tu sais les ragots vont vite.

— Oh et puis zut, ils n’ont qu’à porter plainte pour vol dit Jo en demandant un second pastis.

Il n’empêche que dans le café plusieurs personnes avaient entendu la conversation et cela se répandit comme une trainée de poudre : Madame De Laporte volait des chaises et devait être dénoncée.

Plusieurs jours passèrent et un matin …

Jessica passa devant le jardin de sa voisine et freina. Elle mit son vélo sur la béquille et s’avança pour regarder de plus près. Une centaine de chaises étaient installées sur plusieurs rangs et portaient toutes un nom sur le dossier. Elle en reconnut quelques-uns : la boulangère, le boucher, l’hôtel et d’autres qu’elle n’arrivait pas à lire.

Elle ne savait plus quoi faire et prit la décision d’en parler quand même à la mairie. Ce n’était pas normal. D’un côté des gens se plaignaient qu’on leur volait depuis quelque temps des chaises et voilà que dans ce jardin il y en avait au moins une centaine. Madame De Laporte lui avait dit qu’elle les achetait dans les brocantes, elle avait donc menti ?

Elle allait partir quand la porte s’ouvrit et que la propriétaire lui fit signe de rentrer. Elle hésitait, cette bonne femme lui faisait peur tout à coup. Ce n’était pas normal cette passion pour les chaises.

— Jessica, je sais ce que disent les habitants de Noirmoutier en l’île sur moi. Mais ce sont des gens bien et s’ils disent que je suis une voleuse, c’est sans doute vrai. Mais j’ai un souci je ne me souviens de rien.

— Mais vous avez quand même mis le nom des possesseurs de ces chaises sur le dossier !

— Non ce n’est pas moi, ou alors quand je dors ? Je suis somnambule et je fais souvent des trucs oui des trucs dont je ne me souviens pas le lendemain. D’ailleurs à ce propos savez-vous qui a disposé toutes ces chaises ici chez moi ?

Jessica ne répondit pas. Elle essayait de garder son calme et se disait que finalement cette femme devait tout simplement être folle. Il faudrait voir avec la mairie ce que l’on peut faire.

— Je vous laisse Madame De Laporte, j’ai du travail, mais votre mari devrait pouvoir vous aider mieux que moi.

— Je n’ai pas de mari.

— Mais le monsieur qui est parti le soir de votre emménagement.

— C’était mon tuteur. Oui je suis sous tutelle car je vole des chaises. Cela date de mon enfance parait-il, quand j’étais assise sur le banc dans notre cuisine, au réfectoire du collège ou même à l’église. D’ailleurs c’était à l’église de Noirmoutier en l’ile. C’est pour cela que j’ai demandé à revenir y faire un court séjour, je pensais que cela allait me faire du bien et calmer mon obsession, il semble que ce soit raté.

Jessica de plus en plus mal à l’aise ne savait plus comment gérer cette situation. Elle proposa de l’aider à rendre toutes ces chaises à leur propriétaire.
— Je pourrais demander à votre tuteur, mais vous dites que vous habitiez ici, vous y êtes née ?

— Bien sûr, les gens ne me reconnaissent pas ou font semblant mais j’ai vécu dix- huit ans ici dans la Grande Rue.

— Et pourquoi en êtes-vous partie sans indiscrétion ?

— Parce que j’ai volé la chaise du curé.

— Ce n’était pas bien grave quand même…

— Non mais avec cette chaise je l’ai assommé et lui ai volé toutes les autres chaises de la maison. Cela a fait toute une histoire et mes parents m’ont placée ….. Jusqu’à ma majorité.

Les anciens de Noirmoutier en l’Ile connaissaient cette histoire de curé assommé mais ce qu’ils ignoraient c’est qu’elle était revenue se venger des noirmoutrins en leur volant leurs chaises, en se faisant passer pour une parisienne de souche : Madame De Laporte. En fait elle s’appelait Josiane Bélachet et son père, un brave homme était pécheur. Sa mère était morte d’une crise cardiaque en tombant d’une chaise alors qu’elle faisait les carreaux de la cuisine.

Cette histoire de chaise avait complètement perturbé la gamine et elle s’était mise à faire une fixation. Le père l’avait effectivement mise à l’abri dans un pensionnat à Paris, car il ne pouvait plus s’en occuper seul. Une de ses tantes lui achetait des vêtements et la prenait une fois de temps en temps dans son minuscule logement au quatrième étage sans ascenseur.

Beaucoup se souvenait de cette petite, cela avait fait parler dans les chaumières. Forcément une famille maudite, la gamine se vengeait en volant des chaises. Si encore elle les avait brulées au rond-point de la rue Marie Lemonnier dit la boulangère en riant, cela aurait fait de l’animation, Mais personne n’avait envie de rire.

Jessica eut pitié de cette pauvre femme et l’aida à remettre tout en place. Les chaises furent rendues à leur propriétaire. Grace à la camionnette de Jo.

Celui-ci l’avait ensuite raccompagnée jusqu’à St Gilles où l’attendait son tuteur.

Personne n’en parla plus, mais quand même il leur arrivait parfois en passant devant la maison en vente de murmurer : quelle drôle d’histoire quand même, cette pauvre Josiane et ses chaises !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Petit secret sans importance

 

Maria viens t’asseoir là près de ton grand-père disait Germaine, la sœur de la grand-mère sans se poser de questions.

Camille le grand-père, la langue entre les lèvres avec une grimace obscène regardait fixement la pauvre gamine complètement affolée.

D’un côté il fallait qu’elle obéisse et de l’autre, elle savait ce qui l’attendait.

Tous les ans pendant le mois d’aout les parisiens venaient prendre l’air à la campagne. Quoi de plus sain de venir en famille se détendre.

Il y avait là, Simone, la sœur du père de Maria, son mari et ses trois enfants. Et puis on n’oubliait jamais les grands –parents. La grand-mère qui ne pouvait plus respirer et haletait au moindre mouvement et le grand-père : Monsieur Camille que même sa belle-sœur vouvoyait.

Un homme dans la force de l’âge, une bonne soixantaine, gras et chauve mais portant haut son chapeau de feutre et son costume croisé rayé, en toute occasion.

Toujours droit, bedonnant mais digne, il appelait le respect par sa tenue fière et condescendante. Les ouvriers agricoles du village l’appréciaient beaucoup ou peut-être étaient-ils attirés par les nombreuses tournées qu’il offrait à la cantonade au comptoir du café bar tabac épicerie.

Les hommes partaient vers 11h30 et revenaient un peu ivres pour se mettre à table devant un civet de lapin tué pour l’occasion par Marcel, le fils de Germaine qui servait de grand frère à Maria puisqu’ils vivaient tous les trois dans cette maison. Germaine avait accueilli la petite à la séparation de ses parents.

Simone s’occupait des enfants. Elle était adorable et aimait partir à vélo avec eux dans la campagne.

Flora la grand-mère s’allongeait et se reposait.

La vie tranquille d’une jolie famille parisienne folâtrant dans les champs et découvrant que les vaches se tournaient toutes dans le même sens quand il pleuvait.

Maria connaissait tout cela. Elle était là depuis l’âge de quatre ans et en avait huit. Elle aimait les vacances avec ses cousins surtout qu’elle était amoureuse de Robert qui lui avait quatorze ans : un presque jeune homme !

La vie aurait pu être si douce, tous ensemble réunis dans la grande cuisine, fenêtres ouvertes sur une prairie et dans la cour, la vie bruyante des poules, des oies, des canards tous en liberté.

Mais voilà…Il y avait Camille.

Simone qui voulait profiter aussi un peu de son mari, envoyait les enfants faire une petite sieste après le repas. Sauf que Robert et sa sœur Josiane ne voulaient pas et partaient se promener. Ne restaient donc dans la maison que Maria et Dany, la petite dernière de quatre ans. Toutes les deux essayaient de ne pas dormir et s’amusaient comme des petites folles à se raconter des histoires jusqu’à ce que par la fenêtre une ombre apparaissait en leur faisant signe de se taire. La petite, naïve demandait ! Grand-père vient jouer avec nous !

Il ne se faisait pas prier, bien entendu, il n’attendait que cela pour avoir un alibi si quelqu’un le surprenait avec les deux petites.

Il commençait par s’accroupir et chatouillait Dany qui hurlait de plaisir, mais cela ne durait pas longtemps car la gamine finissait par s’endormir et là, il avait le champ libre… s’approchant encore plus près de Maria, il lui soufflait sur le visage et toujours avec cette grimace immonde avec la langue il passait les doigts sur sa culotte. Elle ne disait rien, serrait les jambes, mais lui, de plus en plus rouge, les écartait et passait un doigt dessous.

Il prenait la main de Maria et la dirigeait vers sa braguette qu’il avait ouverte, mais elle se rebiffait et pleurait. Il n’insistait pas, il ne voulait pas être surpris en flagrant délit.

Les années passaient. Quand toute la famille rentrait à Paris les vacances terminées, Camille devenu veuf restait volontiers un mois de plus, jouant les maris désespérés, alors que lorsque sa femme ne pouvait presque plus marcher il la bousculait et la traitait de feignante.

Et là, Maria ne vivait plus. Germaine et Marcel partaient travailler et elle restait seule avec lui. Elle faisait un peu de ménage, la vaisselle en écoutant angoissée la respiration de l’autre qui dormait dans la chambre près de la cuisine. Dès qu’elle l’entendait se lever elle courait au fond de la cour en emmenant les deux oies et s’asseyait de l’autre côté du grillage dans un petit carré d’herbe.

Lui l’appelait, l’invectivait, l’insultait en lui demandant de venir lui faire chauffer son café. Elle lui criait qu’elle ne pouvait laisser les oies seules, mais hélas à un moment donné, il criait si fort qu’elle rentrait.

Elle faisait chauffer le café et lui apportait en tremblant. Immédiatement d’un bras il la rapprochait de lui et fourrait sa main sous sa jupe. Elle ne disait mot, il haletait et elle avait peur. Elle se sentait très seule, et… coupable. Oui coupable car au fur et à mesure que cela avait lieu, elle ressentait presque un peu de plaisir. Ses caresses finalement ne la laissaient plus indifférente et la honte lui montait au front.

Lui bien sûr, pas dupe, lui murmurait : tu aimes ça hein ?

Elle ne répondait pas et dès qu’il avait terminé elle sortait de la pièce en pleurant et repartait s’assoir avec les oies.

Personne ne s’apercevait de rien. Formidable. En toute impunité ce vieux détraqué pouvait tripoter autant de fois qu’il le voulait cette gamine de dix douze ans sans problème.
 

Un jour qu’elle était descendue sur ordre de Germaine à la cave dégermer les pommes de terre, elle entendit son souffle bruyant dans l’escalier. Elle essaya de remonter plus vite mais bien sûr il la fit redescendre. Et là il la coucha sur les pommes de terre, lui ôta sa culotte et essaya de sortir son sexe. Hélas il ne bandait pas. Il était furieux et grinça : remonte et si tu dis un mot je te tue et je demande à ton père de t’envoyer en pension.

L’argument était de poids il savait qu’elle ne dirait rien. Son calvaire était terminé. Il ne la toucha plus jamais. S’était-il rendu compte qu’elle y prenait du plaisir ? Et cela l’effrayait car il ne « prenait son pied » qu’en lui faisant peur. Ou alors, elle était trop grande. Cela ne l’intéressait plus, il aimait les petites filles innocentes.

Se remit-elle facilement de tout cela ? Sûrement pas mais elle n’en parla à personne, se sentant coupable très coupable.

Quand devenue adolescente, enfin la femme de son père lui posa franchement la question : ton grand-père t’embêtait-il quand il allait vous voir l’été ?

Elle a répondu oui et lui a tout raconté.

Son père n’a rien fait, n’a rien dit quand sa femme lui en a parlé et surtout quand très en colère, elle lui a demandé de faire quelque chose, de faire soigner Camille, de le faire enfermer et qu’il ne puisse plus approcher les fillettes.

Le père n’a rien fait…..

Maria, aujourd’hui encore se souvient encore quand elle en avait parlé cette fois librement à Germaine, la grand-tante qui l’avait élevée. Elle lui a demandé si elle était au courant. Elle a rougi mais n’a rien dit.

Simone, la fille de Camille savait, il les avait aussi « embêtées » (c’était le terme pudique employé pour la circonstance) sa sœur et elle quand elles étaient adolescentes, il avait même couché avec elle, la plus grande. Mais heureusement avait-elle ajouté, très vite il était devenu impuissant et les avait enfin laissées tranquilles.

C’est ainsi qu’il extériorisait sa libido en berne en caressant des petites filles dont la sienne : Maria.

Il n’y a pas de morale à cette histoire, tout au plus un fait divers anodin. Maria a survécu. Elle prend bien quelques anxiolytiques, elle a bien quelques angoisses : claustrophobie par exemple mais elle vit que diable !

Et puis vous savez des gamines comme Maria, parfois, sont des petites Lolita, elles sont repoussées par leurs parents, manquent de tendresse alors un grand-père qui les caresse où est le mal ?

A vous de le dire, lecteurs de ce petit message ….


 

 

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Publié le par marie chevalier
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Le dernier bain de Loana

Elle ne voulait pas se déshabiller et se mettre nue dans la salle de bains. Sa mère avait beau lui répéter qu’elles n’étaient que deux et que personne ne pouvait rentrer, il n’y avait rien à faire.

Loana n’avait que deux ans quand son père les quitta pour une autre femme. A priori, du peu qu’elle avait entendu en faisant semblant de dormir, il en ressortait que sa mère devenait de plus en plus négligée et sale. La gamine n’avait jamais pris garde car elle-même refusait de se laver. Elle s’habituait à cette odeur de peau sale et de linge sale et c’est seulement quand elle fut inscrite à l’école que les ennuis commencèrent.

Sa mère travaillait toute la journée et la réveillait tôt le matin pour la faire déjeuner et lui faire faire un brin de toilette. Elle s’énervait quand Loana hurlait qu’elle ne supportait pas l’eau, qu’elle avait peur. Maria avait du mal à tenir son sang-froid et la plongeait en pyjama dans la baignoire. — au moins tu auras quand même pris l’eau le reste partira avec la serviette —. Elle l’attrapait sous les aisselles et la frottait très fort. Une petite claque sur les fesses : aller zou ! vite ton pull à capuche et ton jogging bleu marine.

Quand elle voulut en parler à Emmanuel, celui-ci lui répondit qu’avec une mère comme elle, il était normal que la petite soit sale.

Vexée elle lui demanda d’en dire plus et ce jour –là, pendant que Loana enfilait tant bien que mal ses vêtements, ils se disputèrent pendant plus d’une heure. La gamine s’était assise sur son lit sagement, son cartable à ses pieds et se balançait d’avant en arrière en chantonnant.

Emmanuel était pourtant un homme charmant et sa nouvelle compagne ne cessait de vanter son caractère enjoué et heureux. Alors pourquoi quand il était marié avec la mère de Loana était-il si agressif et méchant ?

Il est vrai que Brigitte ne faisait pas beaucoup d’efforts pour lui plaire. Elle estimait que de lui tenir sa maison propre était déjà un grand plaisir qu’elle lui accordait, alors le reste ne le regardait pas. Un jour qu’il tenait Loana sur ses genoux celle-ci émit un petit cri et en riant cria : caca !

Le père affolé, la tenant à bout de bras la déposa sur la table de cuisine en appelant sa femme.

Quand celle-ci eut changé la gamine, elle se retourna vers son mari et le regardant bien en face lui dit : — tu n’es pas capable de changer une couche et tu voudrais me donner des leçons ? Sors immédiatement et va-t’en n’importe où mais je ne veux plus te servir de bonne. —

En fait cette altercation tombait à pic, il ne fut pas obligé comme il avait pensé le faire, de tourner autour du pot pour lui annoncer qu’il avait rencontré une autre femme. Et c’est ainsi qu’elles se retrouvèrent seules. Maria trouva un travail mieux rémunéré et elle put ainsi placer sa fille dans un établissement privé. Elle n’allait la chercher que le samedi midi. Elle avait remarqué que la toilette de Loana laissait à désirer mais elle même en pleine dépression n’avait même plus envie de se laver.

Cela se gâta quand la petite fille entra à « la grande école ». Maria reçut plusieurs lettres et la dernière était carrément une menace si elle ne faisait pas la toilette de sa fille. Tous les élèves disent d’elle qu’elle pue et croyez-moi ce n’est pas exagéré écrivait la directrice. Maria n’en tint pas compte. Elle s’enfonçait doucement dans une sorte de mal-être et restait des heures devant la télévision. N’ayant plus le gout à rien, elle finit par ne plus aller travailler et laissa tomber tout ce qui ressemblait à du ménage ou la lessive.

En classe, Loana ne comprenait pas les moqueries de ses petites camarades. Elles faisaient un cercle autour d’elle en lui chantant : Loana tu pues Loana ne se lave pas. Un jour qu’elle n’en pouvait plus, elle décida d’en parler avec sa mère. Elle rentra plus tôt de classe et frappa quelques coups discrets sachant que Maria dormait souvent.

Personne ne lui répondit. Elle était toute menue et en montant sur le rebord de la fenêtre elle pouvait essayer de débloquer la poignée. Sa mère se réveilla à ce moment –là et hurla de peur pendant qu’elle était en plein cauchemar. Sa fille en plein après-midi sur le rebord de la fenêtre elle rêvait c’était sûr !

— Mais enfin que fais-tu là à cette heure-ci ?

— Je ne veux plus aller à l’école tout le monde dit que je sens mauvais.

— Et alors ? ça t’empêche d’étudier ?

— Non… pas vraiment …

— Alors retourne à l’école sinon c’est moi qui vais t’y emmener avec une fessée.

Loana repartit et sur le chemin de l’école, elle ruminait. Comment allait-elle se sortir de ce bourbier ? Sa mère était encore plus sale qu’elle. Mais pourquoi ?

Elle n’arriva pas jusque l’école. Elle rencontra un petit camarade qui lui proposa de partir ensemble n’importe où du moment qu’il n’y avait pas de parents.

On les retrouva le lendemain noyés dans l’étang de la cité. Ils avaient retiré leurs vêtements et près du rivage, avec leurs affaires trônaient une savonnette et une serviette de bains neufs. C’est en voulant se laver qu’ils se noyèrent … ne sachant pas nager.

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Publié le par marie chevalier
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Une bouée, rien qu’une bouée…

a obtenu les félicitations du Jury

( concours organisé par l’Association « Autour des Lettres & des Arts de l’Épine Et les Éditions Past’Elles)

Elle m’avait dit : je te donne ma parole que nous ferons toute notre vie ensemble, je t’aime.

Quand on a vingt ans, et qu’une jolie fille se pend à votre cou en prononçant ces mots, vous voyez des étoiles. Bien sûr vous la serrez dans vos bras en bégayant : moi aussi je te la donne.

Et pourtant nous sommes séparés. Au bout de cinq années de vie commune, d’amour partagé et une complicité extraordinaire.

Un jour elle me demanda si cela me tenterait d’aller en vacances dans une Ile. Pourquoi pas ai-je pensé, il y a maintenant des ponts. Cela parait puéril c’était ma condition pour accepter ce qu’elle me proposait. Elle aimait tellement la mer que je ne pouvais décemment pas refuser. Toute sa famille était de Noirmoutier, ses parents y étaient revenus à leur retraite depuis six mois et elle se languissait d’eux me répétait-elle souvent. Alors pour lui faire plaisir, j’acceptai.

Quand je la regardais, si heureuse, une vraie gamine qui attend le père Noel, je ne regrettais rien. Les deux mois précédant la date de notre départ passèrent très vite. Il n’y avait pas une journée sans qu’elle ne me soule littéralement avec ces vacances et « son » Ile ! Je dois reconnaitre que je ne comprenais pas trop cette euphorie. Cela faisait quatre années que nous partions tous les deux à travers la France et jamais elle ne s’était tant emballée.

Mais tu ne peux pas comprendre mon amour, j’y suis née, j’y avais plein d’amis, ils me manquent et je suis si contente de revoir mes parents ! J’avais quand même l’impression qu’elle en faisait trop, mais elle paraissait si enthousiaste …

Effectivement je me souvenais qu’elle me parlait assez souvent de Noirmoutier, de ses rivages, de ses pommes de terre, de ses balades en bateau, de son passage du Gois, de l’Herbaudière, des marais salants mais bon ! Tout cela ne justifiait pas à ce point autant d’euphorie.

Il faut dire que j’étais né à Paris, rien de transcendant, au cinquième étage sans confort et des parents continuellement absents à cause de leur emploi. Ils étaient tous les deux infirmiers avec des horaires complètement déments et pas vraiment en phase pour l’éducation d’un enfant. Leurs horaires changeaient tout le temps que soit la nuit, le jour, ou moitié nuit moitié jour, les jours fériés etc. je les voyais à peine. C’était notre voisine qui s’occupait bien souvent de mes repas ou de mon petit déjeuner. Ils auraient pu s’arranger, mais ils travaillaient dans le même hôpital, ce qui n’était pas facile.

Alors quand nous nous retrouvions exceptionnellement tous les trois, nous n’avions plus rien à nous dire sinon les questions toutes faites : tu manges bien à la cantine ? Tu as fait tes devoirs ? Et plus tard quand je fus adolescent ce furent d’autres questions : tu sors ? Tu as des copains, tu as une copine ?

Je souriais et ne répondais pas. Quand nous nous sommes mariés ils ne le surent que trois semaines avant.

Ce fut une petite cérémonie toute simple avec nos copains communs. Nous avions trouvé un studio pas trop cher à l’autre bout de Paris et je n’ai plus vu mes parents. Cela ne me gênait pas.

J’avais trouvé un petit boulot dans une grande entreprise à la maintenance informatique et ma femme était coiffeuse.

Ces vacances lui tenaient tant à cœur que je commençais moi aussi à être impatient de partir.

Le mois de Mai arriva enfin et tout était prêt pour notre voyage. Nous voulions éviter les vacances scolaires et ne pas être trop envahis par le monde mais bon , ce sont les vacances ! Nous partîmes à cinq heures du matin afin d’arriver tranquillement à notre location dans un gite, allée des mimosas à Noirmoutier en l’ile, une jolie maison de caractère avec bien sûr, les volets peints en bleu. Très confortable avec une cheminée. Incroyable comme ces maisons sont belles ! Je dois avouer que cela valait tous les logements « vue sur mer » que nous avions repérés sur internet ! Dehors une jolie terrasse sur un gentil jardin, le rêve. Trois semaines de bonheur nous attendaient La plage n’était pas loin, nous pourrons y aller à pieds ou en vélo.

Le lendemain nous avons loué deux vélos.

Clotilde était resplendissante dès le soir même, elle avait pris des couleurs et la fatigue de son année de travail semblait envolée. Nous avions marché, marché encore et encore, à prendre le vent marin dans le visage, respirer l’air pur et surtout parler, parler… elle me racontait son enfance, elle me racontait ses escapades avec ses copines de collège. Elles partaient le mercredi matin très tôt et fonçaient vers la plage des Dames. Pour s’y rendre, deux jeunes gens qu’elles connaissaient bien les embarquaient sur leurs petits voiliers qu’ils louaient aux estivants.

Arrivés à destination sur cette plage immense et couverte de sable fin, ils dormaient, riaient jouaient au ballon ou bien me dit-elle en rougissant : nous flirtions.

Je la trouvais charmante avec cette retenue de jeune fille. Elle m’avait parlé de ses amis Noirmoutrins me disant qu’en fait elle ne les avait jamais revus depuis qu’elle avait quitté l’île.

Le soir nous avons pu diner dehors sur la terrasse et franchement je ne cessais de me répéter que j’avais bien fait de l’écouter. Quel endroit merveilleux que cette île, moi le parisien plutôt campagne, je découvrais le plaisir simple de la béatitude devant un coucher de soleil sur la mer. Nous étions fatigués de notre longue marche mais heureux.

Le lendemain pendant que nous déjeunions sur la terrasse, elle me proposa une petite virée sur la plage des Dames ; elle voulait que je connaisse l’endroit qu’elle qualifiait de magique. Je n’étais pas très fier car je craignais une petite histoire d’amour qu’elle m’aurait cachée et je préférais qu’elle ne me parle pas de « tout ça ». De la jalousie sans aucun doute et pourtant je savais qu’elle n’était qu’à moi, qu’elle m’aimait, mais le bonheur est si fragile !

J’acceptais malgré tout et le lendemain nous y allâmes en voiture en empruntant les avenues Pineau, Victoire puis Clémenceau. Un jeu d’enfants. Nous trouvâmes tout de suite une place de parking car nous avions l’intention d’y passer la journée. Nos glacières remplies de crudités, de cochonnailles et de vin rouge léger réjouissaient les papilles. Ce soir nous passerons par Noirmoutier l’île où nous avions réservé à « la fleur de Sel » un restaurant réputé pour ses fruits de mer.

Il faisait un temps splendide et Clotilde s’étant allongée semblait dormir. Moi je dois reconnaitre que je somnolais également quand soudain ma femme poussa un grand cri ! Elle devait rêver mais je levai d’un bond et me penchai vers elle en la secouant doucement.

— Que se passe-t-il ma chérie ?

— Rien rien un cauchemar sans doute …

— Mais tu as vraiment crié très fort ?

— Bon n’en parlons plus je te dis que c’était un mauvais rêve.

— Raconte si tu veux ça te soulagera.

— Je te dis de ne plus en parler d’accord ?

Le ton employé me sidéra. Jamais elle ne m’avait parlé avec cet agacement.

La matinée passa rapidement sans que nous échangions une parole. Je respectais son silence mais j’étais particulièrement sur les nerfs et quand le soir nous arrivâmes au restaurant je remis ça:

— Tu peux me le dire maintenant à quoi correspondait ton rêve ?

— Oui je vais te raconter mais ensuite je ne suis pas sûre que tu veuilles rester ici.

— Vas-y…

Elle commença à parler d’une voix basse. Il fallait que je force mon attention pour comprendre puis tout devint très clair.

Il y a dix ans, elle venait d’avoir vingt ans et était tombée follement amoureuse d’un noirmoutrin qui habitait Vieil, près de ses parents.

Ils allaient chaque jour avec une petite barque appartenant à son père rejoindre la plage des Dames quand tous les touristes étaient, soit au restaurant soit rentrés chez eux fourbus de leur balade à travers l’île.

Leur amour dura le temps d’un été. Clotilde devait repartir avec ses parents sur Paris et le garçon travaillait comme serveur pour payer ses études justement au restaurant dans lequel nous étions en train de dîner. Ce n’était pas une coïncidence, c’est elle qui avait choisi ce lieu. Elle me l’avoua en même temps que tout le reste.

Un soir juste la veille de partir ils décidèrent de passer la nuit sur la plage.

Comme d’habitude ils vinrent en barque et …..

Un geste trop brusque de Clotilde qui se leva d’un bond à l’arrière de la barque les fit chavirer.

Ils savaient tous les deux nager, mais ils n’avaient pas envisagé qu’ils venaient de dîner et copieusement en plus.

Johan coula à pic.

Clotilde, perdue et effrayée put tant bien que mal regagner la rive, ils n’étaient pas très éloignés de la plage. Ils y étaient presqu’arrivés. Elle ne fit rien pour sauver Johan qui l’appelait, la suppliait de venir l’aider… Trop peur des représailles, elle le laissa se noyer. Elle pleurait en me racontant cela et surtout insistait sur le fait qu’elle ne savait pas quoi faire, la barque était retournée et …

Je la pris dans mes bras, essayant de la calmer et lui affirmant que tout cela n’était pas de sa faute, qu’elle avait eu peur... Enfin toutes les phrases que l’on dit dans ces moment-là.

Nous rentrâmes dans notre location, sans un mot, perdus tous les deux dans nos pensées.

Dans la nuit, j’entendis vaguement du bruit dans la cour. Je pensai que c’était un animal et je me rendormis.

On frappa fort à la porte vers six heures du matin, il faisait à peine jour. J’ouvris en me grattant la tête et je vis deux gaillards de mon âge à peu près tenant ma Clotilde, ruisselante.

Cette femme est la vôtre ? On l’a trouvée morte cette nuit sur la plage des Dames. La mer l’a sûrement ramenée avec la marée. Elle avait ça pourtant près d’elle… une bouée… On ne comprend pas pourquoi elle l’a emportée et surtout pourquoi elle ne l’a pas mise…

Je ne savais plus quoi faire ni dire. Tout se déroulait si vite !

Quand je vis sur la table de chevet une enveloppe à mon nom.

Je l’ouvris en tremblant.

Jeannot, tu n’aurais jamais dû insister pour que je te raconte mon cauchemar. C’était Johan qui m’appelait et tu sais ce qu’il me disait ? N’oublie pas la bouée cette fois, que l’on ne fasse pas naufrage deux fois …

Je ne suis jamais revenu dans l’île. Ses parents l’ont enterrée au cimetière du village et moi je suis rentré chez moi, seul….

FIN

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