Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Marie Chevalier

un blog pour mes écrits,et pour y recevoir mes amis

defi 76 (croqueurs de mots)

Publié le 5 Mars 2012 par marie chevalier dans défis d'écriture

 

Au pied de la lettre

Quel drame terrible a bien pu pousser celui qui a "réellement" donné sa langue au chat ? A partir d'une expression choisie dans le poème de Claude ROY Je vous invite à inventer une histoire en prenant Littéralement une ou plusieurs de ces expressions

                                                                J'ai choisi:  Lécher les bottes...

 LE FAYOT !

 Félicien est un homme extraordinaire. Il vient de fêter ses 60 ans et en parait  cinquante. Il  travaille dans une maison de confection de vêtements féminins et son plus grand plaisir est de venir  aux essayages sur  mannequins.  Le patron, un jeune homme tout frais émoulu des grandes écoles de commerce  lui a déjà fait entendre qu’il ne  pourrait  pas le garder indéfiniment  dans son atelier de couture étant donné son âge.

— Vous comprenez  mon brave, je ne peux  garder avec moi un homme du temps  passé, j’ai besoin de jeunes gens dynamiques,  prêts à tout.

— Vous avez raison cher  monsieur, vous avez effectivement des gens dociles et corvéables, disponibles  vingt-quatre heures sur vingt-quatre n’est-ce-pas ? 

— Je ne  vous  permets pas de juger ainsi vos  jeunes  collègues.

— Et moi Monsieur j’ai toujours dit ce que j’avais à dire en face ne vous en déplaise.

— Cela  me déplait, je vous demande donc d’aller  à la comptabilité  chercher vos indemnités. Je cherchais un prétexte, je viens de  le trouver : insulte  à supérieur.

Félicien, outré et furieux  se retourna  et  cria :

— Ça ne va  pas se  passer comme  ça, je vais  en parler aux syndicats.

Tout cela aurait pu se terminer ainsi. Chacun restant sur ses positions, on ne voit  pas très bien comment  Félicien pouvait s’en sortir.

En fait  il ne fut  pas  licencié, son savoir-faire et ses compétences ne  faisant aucun doute, il fut  muté dans un coin de  l’entreprise, près  de la  cuisine, et s’il voulait garder son emploi, il ne devait plus faire parler de lui. Il accepta car de toute façon, il lui restait un an à faire et il n’allait  pas  se  rendre  malade  maintenant.

Son nouveau job lui laissait beaucoup de temps libre et  il s’organisa.  Son plus grand plaisir était d’écouter les bavardages des employés quand ils venaient se restaurer et boire un café au distributeur.

Mais ce qu’il préférait était  l’attitude de Jean-Michel, une jeune recrue de  trente ans, qui non seulement avait les dents longues  mais était d’une servilité  incroyable. Il s’était mis dans  la tête que son patron ne pouvait plus vivre sans lui. Alors  il lui apportait  le café  tous  les  matins, courait  lui acheter des revues de  presse. L’autre  se rendant bien compte qu’il pouvait en faire ce qu’il voulait  ne tarda pas  à le prendre  vraiment  pour son domestique.

Félicien essaya bien d’expliquer au jeune homme que tout cela était inutile, que demain un autre  viendrait  à sa  place  et que  le  patron n’en avait rien à faire de ces  petits services. Mais Jean-Michel n’en continuait pas moins  à devenir de plus en plus  l’esclave. Il ne cessait de faire des compliments au vénéré  patron :

— Oh Monsieur  que votre cravate est  belle, sans indiscrétion vous  l’avez achetée à quel endroit ?  Elle est  parfaite et  va  très bien avec votre  chemise…

— Merci mon vieux. A ce propos  ça vous dérangerait de venir  m’aider ce week-end, je dois  tondre ma  pelouse et j’ai 2000 mètres carrés ?

— Pas de soucis  Monsieur  le Président, à quelle heure voulez-vous ? 

— Le plus tôt  possible, sans vous déranger

— Je serai là vers 8 heures du matin c’est bon ?

— D’accord mon ami, je me souviendrai de vous  promis.

Et c’est ainsi que de  plus en plus  servile, le  pauvre Jean-Michel lécha  les bottes de Monsieur F. pendant quelques mois. Il voulait  de l’avancement et surtout  prendre  la  place de Félicien dès qu’il partirait en retraite  forcée.  Son généreux patron lui avait promis, n’est-ce  pas ?

Tous ses collègues se fichaient de lui et  ne lui adressaient  même  plus  la  parole. Ils craignaient tous que  le  peu qu’ils  pourraient dire devant  ce type soit immédiatement répété.
Jean-Michel était bien seul mais il continuait  à faire des courbettes.
Qu’est-il devenu ?
A vrai dire cela ne  lui a  pas réussi de lécher  les bottes au patron, car Monsieur F., excédé  le  muta  à la  place de  Félicien près de la cuisine, et celui-ci reprit son travail de sous-directeur pour plusieurs années, dans son atelier avec ses collègues et les mannequins.  En effet, le patron, tout en s’excusant  lui signala qu’il ne  pouvait se  passer de ses services et de ses compétences.

Il y a  une  justice quand  même !

 

 

 

 

 

 

 

 

commentaires