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Le blog de Marie Chevalier

un blog pour mes écrits,et pour y recevoir mes amis

une bonne nouvelle

Publié le 28 Mai 2015 par marie chevalier dans mes nouvelles

ma nouvelle :

Une bouée,
rien qu’une boué
e

a reçu les félicitations du jury dans le cadre du PALMARES du CONCOURS DE NOUVELLES 2015

Organisé par l’Association « Autour des Lettres & des Arts de l’Épine
Et les Éditions Past’Ell
es

je la mets ici:

Une bouée, rien qu’une bouée…

Elle m’avait dit : je te donne ma parole que nous ferons toute notre vie ensemble, je t’aime.

Quand on a vingt ans, et qu’une jolie fille se pend à votre cou en prononçant ces mots, vous voyez des étoiles. Bien sûr vous la serrez dans vos bras en bégayant : moi aussi je te la donne.

Et pourtant nous sommes séparés. Au bout de cinq années de vie commune, d’amour partagé et une complicité extraordinaire.

Un jour elle me demanda si cela me tenterait d’aller en vacances dans une Ile. Pourquoi pas ai-je pensé, il y a maintenant des ponts. Cela parait puéril c’était ma condition pour accepter ce qu’elle me proposait. Elle aimait tellement la mer que je ne pouvais décemment pas refuser. Toute sa famille était de Noirmoutier, ses parents y étaient revenus à leur retraite depuis six mois et elle se languissait d’eux me répétait-elle souvent. Alors pour lui faire plaisir, j’acceptai.

Quand je la regardais, si heureuse, une vraie gamine qui attend le père Noel, je ne regrettais rien. Les deux mois précédant la date de notre départ passèrent très vite. Il n’y avait pas une journée sans qu’elle ne me soule littéralement avec ces vacances et « son » Ile ! Je dois reconnaitre que je ne comprenais pas trop cette euphorie. Cela faisait quatre années que nous partions tous les deux à travers la France et jamais elle ne s’était tant emballée.

Mais tu ne peux pas comprendre mon amour, j’y suis née, j’y avais plein d’amis, ils me manquent et je suis si contente de revoir mes parents ! J’avais quand même l’impression qu’elle en faisait trop, mais elle paraissait si enthousiaste …

Effectivement je me souvenais qu’elle me parlait assez souvent de Noirmoutier, de ses rivages, de ses pommes de terre, de ses balades en bateau, de son passage du Gois, de l’Herbaudière, des marais salants mais bon ! Tout cela ne justifiait pas à ce point autant d’euphorie.

Il faut dire que j’étais né à Paris, rien de transcendant, au cinquième étage sans confort et des parents continuellement absents à cause de leur emploi. Ils étaient tous les deux infirmiers avec des horaires complètement déments et pas vraiment en phase pour l’éducation d’un enfant. Leurs horaires changeaient tout le temps que soit la nuit, le jour, ou moitié nuit moitié jour, les jours fériés etc. je les voyais à peine. C’était notre voisine qui s’occupait bien souvent de mes repas ou de mon petit déjeuner. Ils auraient pu s’arranger, mais ils travaillaient dans le même hôpital, ce qui n’était pas facile.

Alors quand nous nous retrouvions exceptionnellement tous les trois, nous n’avions plus rien à nous dire sinon les questions toutes faites : tu manges bien à la cantine ? Tu as fait tes devoirs ? Et plus tard quand je fus adolescent ce furent d’autres questions : tu sors ? Tu as des copains, tu as une copine ?

Je souriais et ne répondais pas. Quand nous nous sommes mariés ils ne le surent que trois semaines avant.

Ce fut une petite cérémonie toute simple avec nos copains communs. Nous avions trouvé un studio pas trop cher à l’autre bout de Paris et je n’ai plus vu mes parents. Cela ne me gênait pas.

J’avais trouvé un petit boulot dans une grande entreprise à la maintenance informatique et ma femme était coiffeuse.

Ces vacances lui tenaient tant à cœur que je commençais moi aussi à être impatient de partir.

Le mois de Mai arriva enfin et tout était prêt pour notre voyage. Nous voulions éviter les vacances scolaires et ne pas être trop envahis par le monde mais bon , ce sont les vacances ! Nous partîmes à cinq heures du matin afin d’arriver tranquillement à notre location dans un gite, allée des mimosas à Noirmoutier en l’ile, une jolie maison de caractère avec bien sûr, les volets peints en bleu. Très confortable avec une cheminée. Incroyable comme ces maisons sont belles ! Je dois avouer que cela valait tous les logements « vue sur mer » que nous avions repérés sur internet ! Dehors une jolie terrasse sur un gentil jardin, le rêve. Trois semaines de bonheur nous attendaient La plage n’était pas loin, nous pourrons y aller à pieds ou en vélo.

Le lendemain nous avons loué deux vélos.

Clotilde était resplendissante dès le soir même, elle avait pris des couleurs et la fatigue de son année de travail semblait envolée. Nous avions marché, marché encore et encore, à prendre le vent marin dans le visage, respirer l’air pur et surtout parler, parler… elle me racontait son enfance, elle me racontait ses escapades avec ses copines de collège. Elles partaient le mercredi matin très tôt et fonçaient vers la plage des Dames. Pour s’y rendre, deux jeunes gens qu’elles connaissaient bien les embarquaient sur leurs petits voiliers qu’ils louaient aux estivants.

Arrivés à destination sur cette plage immense et couverte de sable fin, ils dormaient, riaient jouaient au ballon ou bien me dit-elle en rougissant : nous flirtions.

Je la trouvais charmante avec cette retenue de jeune fille. Elle m’avait parlé de ses amis Noirmoutrins me disant qu’en fait elle ne les avait jamais revus depuis qu’elle avait quitté l’île.

Le soir nous avons pu diner dehors sur la terrasse et franchement je ne cessais de me répéter que j’avais bien fait de l’écouter. Quel endroit merveilleux que cette île, moi le parisien plutôt campagne, je découvrais le plaisir simple de la béatitude devant un coucher de soleil sur la mer. Nous étions fatigués de notre longue marche mais heureux.

Le lendemain pendant que nous déjeunions sur la terrasse, elle me proposa une petite virée sur la plage des Dames ; elle voulait que je connaisse l’endroit qu’elle qualifiait de magique. Je n’étais pas très fier car je craignais une petite histoire d’amour qu’elle m’aurait cachée et je préférais qu’elle ne me parle pas de « tout ça ». De la jalousie sans aucun doute et pourtant je savais qu’elle n’était qu’à moi, qu’elle m’aimait, mais le bonheur est si fragile !

J’acceptais malgré tout et le lendemain nous y allâmes en voiture en empruntant les avenues Pineau, Victoire puis Clémenceau. Un jeu d’enfants. Nous trouvâmes tout de suite une place de parking car nous avions l’intention d’y passer la journée. Nos glacières remplies de crudités, de cochonnailles et de vin rouge léger réjouissaient les papilles. Ce soir nous passerons par Noirmoutier l’île où nous avions réservé à « la fleur de Sel » un restaurant réputé pour ses fruits de mer.

Il faisait un temps splendide et Clotilde s’étant allongée semblait dormir. Moi je dois reconnaitre que je somnolais également quand soudain ma femme poussa un grand cri ! Elle devait rêver mais je levai d’un bond et me penchai vers elle en la secouant doucement.

— Que se passe-t-il ma chérie ?

— Rien rien un cauchemar sans doute …

— Mais tu as vraiment crié très fort ?

— Bon n’en parlons plus je te dis que c’était un mauvais rêve.

— Raconte si tu veux ça te soulagera.

— Je te dis de ne plus en parler d’accord ?

Le ton employé me sidéra. Jamais elle ne m’avait parlé avec cet agacement.

La matinée passa rapidement sans que nous échangions une parole. Je respectais son silence mais j’étais particulièrement sur les nerfs et quand le soir nous arrivâmes au restaurant je remis ça:

— Tu peux me le dire maintenant à quoi correspondait ton rêve ?

— Oui je vais te raconter mais ensuite je ne suis pas sûre que tu veuilles rester ici.

— Vas-y…

Elle commença à parler d’une voix basse. Il fallait que je force mon attention pour comprendre puis tout devint très clair.


Il y a dix ans, elle venait d’avoir vingt ans et était tombée follement amoureuse d’un noirmoutrin qui habitait Vieil, près de ses parents.

Ils allaient chaque jour avec une petite barque appartenant à son père rejoindre la plage des Dames quand tous les touristes étaient, soit au restaurant soit rentrés chez eux fourbus de leur balade à travers l’île.

Leur amour dura le temps d’un été. Clotilde devait repartir avec ses parents sur Paris et le garçon travaillait comme serveur pour payer ses études justement au restaurant dans lequel nous étions en train de dîner. Ce n’était pas une coïncidence, c’est elle qui avait choisi ce lieu. Elle me l’avoua en même temps que tout le reste.

Un soir juste la veille de partir ils décidèrent de passer la nuit sur la plage.

Comme d’habitude ils vinrent en barque et …..

Un geste trop brusque de Clotilde qui se leva d’un bond à l’arrière de la barque les fit chavirer.

Ils savaient tous les deux nager, mais ils n’avaient pas envisagé qu’ils venaient de dîner et copieusement en plus.

Johan coula à pic.

Clotilde, perdue et effrayée put tant bien que mal regagner la rive, ils n’étaient pas très éloignés de la plage. Ils y étaient presqu’arrivés. Elle ne fit rien pour sauver Johan qui l’appelait, la suppliait de venir l’aider… Trop peur des représailles, elle le laissa se noyer. Elle pleurait en me racontant cela et surtout insistait sur le fait qu’elle ne savait pas quoi faire, la barque était retournée et …

Je la pris dans mes bras, essayant de la calmer et lui affirmant que tout cela n’était pas de sa faute, qu’elle avait eu peur... Enfin toutes les phrases que l’on dit dans ces moment-là.

Nous rentrâmes dans notre location, sans un mot, perdus tous les deux dans nos pensées.

Dans la nuit, j’entendis vaguement du bruit dans la cour. Je pensai que c’était un animal et je me rendormis.

On frappa fort à la porte vers six heures du matin, il faisait à peine jour. J’ouvris en me grattant la tête et je vis deux gaillards de mon âge à peu près tenant ma Clotilde, ruisselante.

Cette femme est la vôtre ? On l’a trouvée morte cette nuit sur la plage des Dames. La mer l’a sûrement ramenée avec la marée. Elle avait ça pourtant près d’elle… une bouée… On ne comprend pas pourquoi elle l’a emportée et surtout pourquoi elle ne l’a pas mise…

Je ne savais plus quoi faire ni dire. Tout se déroulait si vite !

Quand je vis sur la table de chevet une enveloppe à mon nom.

Je l’ouvris en tremblant.

Jeannot, tu n’aurais jamais dû insister pour que je te raconte mon cauchemar. C’était Johan qui m’appelait et tu sais ce qu’il me disait ? N’oublie pas la bouée cette fois, que l’on ne fasse pas naufrage deux fois …

Je ne suis jamais revenu dans l’île. Ses parents l’ont enterrée au cimetière du village et moi je suis rentré chez moi, seul….

FIN

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une petite nouvelle :

Publié le 25 Mai 2015 par Marie Chevalier

une petite nouvelle :

L’HISTOIRE DE « OUI OUI CHEF ! »

- Debout il est cinq heures ! Hurle une petite voix pointue.
- Déjà… murmurent plusieurs pensionnaires
- Eh ! Oui le travail n’attend pas, vous le savez bien !
- Oh ! Zut ! marmonne quelqu’un
- Des protestations, des mécontents ? Des réclamations ? Qui a dit : Oh ! Zut ?

Un silence se fit dans ce grand dortoir de 250 lits.
- Bon je passe pour cette fois, mais vous savez que c’est inutile de vous taire, je connais le coupable.

Les 250 hommes se levèrent en même temps, debout près de leur lit, ils tendirent les deux bras vers le ciel et un cri résonna : NOUS SOMMES VIVANTS YEHHH !

Puis, la même agitation de tous les matins depuis des années anima tout ce petit monde. Ils appuyèrent tous d’un seul geste, sur un bouton à la tête de leur lit en plastique orange et une lumière blanche éclaira tout le dortoir.
Un second bouton fit disparaître les lits dans les murs et 250 sièges également orange et en plastique descendirent lentement du plafond, soudés à une petite tablette de quarante centimètres de côté.
Tout le monde s’assit mais une place resta libre : Tiens Yves ne sera plus jamais là. C’est tout c’est ainsi que les choses se passent dans ce dortoir.
- Taisez-vous ! Hurle la voie pointue.
Une dizaine de plateaux sur roulettes sortirent d’une ouverture camouflée au fond de la salle et s’arrêtèrent à chaque petite table, déposant une pilule rose et une pilule bleue, grosses comme des doigts.

Sitôt sur la table, elles étaient englouties par les hommes qui d’un bond se levaient en mâchant encore et se dirigeaient, courant presque, vers une autre salle noyée par des trombes d’eau tombant du plafond : il s’agissait de la salle de bains.
Un bras mécanique tendait les serviettes chauffées et un autre une grande chemise orange immaculée et à la taille de chacun.

Quand ils sortaient de cette salle, des babouches étaient glissées sur des rails et là encore, il fallait aller très vite pour les enfiler sous peine de se retrouver pieds-nus toute la journée en plus d’avoir un blâme.
Enfin, une grande porte coulissait sur une salle de travail : 250 ordinateurs étaient connectés, prêts à l’emploi.
Personne ne parlait plus, chacun savait où il devait s’asseoir et la journée commençait.

Ces hommes avaient tous au moins 65 ans et travaillaient dans cette entreprise depuis plus de 45 ans au mieux, et 75 ans au pire. Le vétéran, Jules, fêtait d’ailleurs ses 95 ans aujourd’hui. Cette entreprise financière, il y était entré à 20 ans c’est dire s’il la connaissait bien, il avait vu arriver les premiers ordinateurs dans les années 60 qu’il fallait refroidir avec des tuyaux pour leur maintenir une température de 18 degrés.
Il était heureux, il s’était marié à 25 ans, tout fier de pouvoir offrir un logement décent à la jeune femme qu’il venait d’épouser.
Quarante cinq ans après avoir tout donné : sa force de travail, son temps, sa jeunesse, il voyait enfin le bout du tunnel : 65 ans ! il allait enfin pouvoir se reposer. Il l’avait eu « saumâtre » quand dans les années 2000, l’âge de la retraite avait été repoussé à 65 ans au lieu de 60 … Mais il s’y était fait.

Jules avait bon caractère et l’échine souple : jamais un mot plus haut que l’autre, jamais une revendication. Jules tout va bien ? Oui Oui chef ! D’ailleurs, pendant des années, il avait été surnommé « Oui oui chef ! » Ca le faisait rire et les autres l’appelaient ainsi sans méchanceté.

Quand en 2007, il y eut un nouveau président, Jules se dit : Ah ! enfin un homme qui va nous sortir de là… et ne pas nous faire trimer jusqu’à « perpète ».
Hélas, la vie passe vite, compte tenu du marasme dans lequel se retrouvait le monde, une nouvelle loi fut votée repoussant l’âge de la retraite à 70 ans…
Là encore, Jules ne dit toujours rien : il devait y avoir une raison, cet homme ne faisait pas cela pour nous embêter mais pour sauver l’hexagone.
Et puis sa femme mourut, emportée par cette saleté de cancer qui, malgré les recherches, n’arrivait toujours pas à être éradiqué.

Alors ? Etre à l’entreprise ou chez lui, seul à se morfondre… il ne se posa même plus la question quand le président annonça en 2020 qu’il se retirait de la scène politique et laissait le pays en de bonnes mains : un ordinateur géant, super programmé, et infaillible. Il précisa que cette chose pouvait TOUT faire et savait TOUT.

Jules avait 89 ans.
Depuis quinze ans, tout avait effectivement évolué. Chacun travaillait jusqu’à sa mort. C’était écrit dans tous les contrats de travail.

Une organisation avait été instaurée. A partir de 65 ans, les employés et ouvriers avaient le droit de rester sur leur lieu de travail pour éviter la fatigue des transports, il faut dire que certains demeuraient à plus de cinq cents kilomètres.
C’est ainsi que se construisirent des salles extraordinairement équipées, et c’est ainsi aussi, que dans cette entreprise financière, où Jules travaillait depuis 75 ans, son anniversaire eut lieu. 95 ans ! Incroyable ! Hurlaient les collègues, comme nous aimerions aller jusque là !

Plusieurs murmures d’approbation se firent entendre parmi l’assemblée réunie autour du cadeau de Jules.

L’entreprise avait bien fait les choses. Elle lui offrait ce dont il rêvait depuis au moins trente ans : un crayon à papier avec une vraie mine et une gomme au bout ! Il pleura de joie. Jamais il n’aurait pensé que ce cadeau lui serait offert, il en rêvait tellement.
Il bafouilla d’émotion en remerciant son patron, en levant les yeux au ciel …
La petite voix pointue lui demanda :

- Alors ? Heureux Jules encore des années parmi nous ?
- Oh Oui oui chef !! Oh oui oui chef !

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