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« La diabolique leçon de piano »
D'après le dessin de Claude Serre Attention : trois mots en imposé :
Cacophonie - soupir – portée
Quel bruit !
Je ne connais pas le piano et c’est sans doute pour cela que lorsque nos nouveaux voisins emménagèrent, je fus très inquiète. En effet, en regardant par la fenêtre je vis deux homes qui pestaient et soufflaient en portant une chose bien lourde enveloppée dans une espère de couverture.
J’en fis par à Lucien dès son retour du travail qui me sermonna : tu ne vas commencer à nous prendre la tête avec des questions inutiles sur ces nouveaux voisins. Nous aurons l’occasion de les voir et ne serait-ce pour leur signaler que notre portail fait parfois beaucoup de bruits quand il y a du vent.
—Tu crois que l’on doit les prévenir d’un truc pareil ? il n’y a que toi qui l’entends ?
On décida de ne plus parler de cela ce soir car Lucien était fatigué et si un truc le mettait en colère c’est que je lui parle du voisinage quand il rentrait de l’usine. Evidemment, moi je n’avais que cela à faire me disait-il, Louis étant en classe, j’était la mère au foyer qui, je l’avoue s’enquiquinait parfois un peu.
Le samedi matin était le meilleur jour de la semaine pour Lucien. Il se levait tard, paressait ensuite en regardant n’importe quoi à la télévision pendant que je faisais un saut chez ma mère lui porter quelques légumes du jardin et papoter de tout et de rien.
Ce samedi je rentrai comme d’habitude vers onze heures et je trouvai Lucien très en colère
—Que se passe-t-il ? tu as cassé quelque chose ?
—Pas du tout mais tu n’entends rien ?
Je n’avais pas prêté attention en sortant de la voiture, mais là dans la maison c’était prenant : quelqu’un jouait du piano, enfin essayait !
—ca fait longtemps que tu l’entends ?
—Depuis neuf heures juste quand tu es partie.
—Ils doivent avoir un gosse qui joue du piano, bon c’est vrai que c’est ennuyeux de faire cela un samedi matin, pourquoi pas le dinanche, pff ils n’ont aucun respect de rien ces nouveaux parisiens.
—Pourquoi parisiens ?
—Parce qu’ils n’ont pas la notion de l’heure et surtout parce que faire du bruit fait partie de leurs gènes !
J’écoutais, du moins je subissais, ce piano depuis une heure. Nous allions nous mettre à table mais je décidai d’aller parler aux voisins car la cacophonie de cet instrument m’agaçait au plus haut point. Une heure de temps en temps à la limite mais trois heures de suite un samedi c’était trop.
Je frappai à leur porte et comme personne n’ouvrait, je décidai d’entrer ; je restai coite !
Un gamin de six sept ans assis sur un tabouret de cuisine rehaussé d’un oreiller, s’évertuait à sortir trois sons d’un piano désaccordé en plus.
Près de lui, un homme pas très jeune, d’une voix monotone serinait : plus fort sur le mi, moins fort sur le la, tu as des bouchons dans les oreilles ? recommence, regarde la portée petit idiot et essaie d’être à ce que tu fais ! le gamin poussait des soupirs à fendre l’âme :
—Je n’y arrive pas, je n’aime pas le piano, je ne sais pas où sont les notes, pleurnichait-il.
Et là j’ai assisté à une scène inouïe : l’homme passa derrière l’enfant et lui mit un foulard sur les yeux !
—Vas-y maintenant, cherche tes notes, tu auras une excuse de ne pas les trouver !
Sur ce il se retira un peu en arrière et en m’apercevant me dit :
—Ces jeunes ça veut tout entreprendre et c’est nul
Je ne pus me retenir je le regardai bien en face pour lui cracher :
—Vous êtes un gros con ! et de plus vous emmerdez toute la rue avec vos leçons qui ne servent à rien. Regardez ce pauvre gosse en pleurs ! j’entends encore une note et j’appelle la police pour maltraitance.
Et dignement je quittai les lieux, contente de moi et de mon audace.
On n’entendit plus le piano. Ouf ! la colère avait payé, ils avaient enfin compris.
Deux jours plus tard, tout recommença et j’avais reçu entre- temps dans la boite à lettres un mot de la voisine : quand vous arrêterez votre voiture ailleurs que devant ma fenêtre, je verrai pour arrêter le piano.
La guerre des voisins était ouverte. Nous réfléchissons toujours à la manière honorable de nous sortir de ce lamentable incident. Ca fait deux mois que cela dure, on va craquer mais au moins le gamin saura jouer du piano…
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