Suite à un phénomène imprévisible, l'électricité vient à manquer pour une durée indéterminée. Il vous reste une bougie et des allumettes...Vous nous racontez cette expérience !
Avec 4 mots imposés :
Atourneuse : Femme qui dans le passé, gagnait sa vie en coiffant et en parant d'autres femmes, ou en louant des bijoux.
Embarbotter : C'est une façon de parler de manière confuse et désordonnée.
Marsouinage : Rebond répétitif de l'arrière d'une voiture, notamment de F1, à haute vitesse.
Tranche-montagne : Fanfaron qui se vante d'exploits fabuleux.
Ne jamais se laisser surprendre
J’étais tranquillement en train de taper sur mon clavier quand la lumière s’est éteinte ; la nuit était presque tombée et le ciel était gris depuis ce matin. Alors zut ! ce n’était vraiment pas le jour. C’est à ce moment-là que j’ai entendu quelqu’un embarbotter sur le palier.
—Madame Cowet ! vous avez de l’électricité vous ? je je panique, j’ai plus plus de lumière !
—Non ça vient de s’arrêter à l’instant, il parait qu’ils ne savent pas quand ça va revenir, mais calmez-vous mademoiselle Rivery, ce n’est sans doute qu’une petite panne !
J’étais rassurante mais n’en restait pas moins très ennuyée, c’est vrai, nous sommes tellement habitués à voir clair que se retrouver soudain dans le noir et surtout avec tous nos appareils électriques en rade ça fait peur !
Il me restait une bougie et une boite d’allumettes c’était déjà ça car j’avais en réserve un vieux réchaud à gaz sans doute plus très en état mais je pouvais au moins boire chaud.
Cette fois la nuit était complétement tombée et j’entendis Madame Dupas, l’atourneuse qui rentrait chez elle. Cette femme avait de l’or dans les mains, elle était capable de faire un chignon bouclé comme dans les année 1970 en un tour de mains.
J’avais envie de parler à quelqu’un, alors finalement j’éteignis la bougie pour la préserver et je sortis. Bien décidée à prendre ma voiture et aller me détendre vers les grands boulevards. Je supposai à juste titre que faute d’électricité les métros étaient en panne aussi.
Le problème avec ma petite Twingo c’est qu’elle n’était pas jeune et soufflait fort quand je faisais du sur place dans les embouteillages ; c’était surtout au redémarrage, au feu vert que je craignais le plus car elle avait des soubresauts de vielle F1 en pleine vitesse. Mes copines se moquaient de moi et disaient qu’elle était douée pour les marsouinages. Je ne connaissais pas ce mot mais je faisais confiance à mes copines pour se moquer de ma voiture, elles lui trouvaient toujours des activités dont personne n’avait entendu parler !
Me voilà donc arrivée boulevard des Italiens et effectivement c’était impressionnant tout était éteint. Je n’avais jamais vu Paris sous cet angle. Plus de feu rouge, mais les chauffeurs restaient prudents. Je me garai devant un bistro qui avait à première vue un groupe électrogène car c’était relativement éclairé comparativement aux autres immeubles.
Je rentrai en saluant tout le monde et chacun y allait de sa façon de voir les choses. Certains disaient que ce n’était qu’une petite panne, et d’autres qu’il fallait s’attendre à des mois sans électricité. Ceux-là étaient minoritaires, heureusement car moi qui était venue pour me détendre !
Il y avait bien un tranche-montagne qui se vantait d’être resté seul dans les bois sans eau, ni électricité pendant deux mois et qu’il n’en était pas mort, et que si ça se produisait il savait comment résister et au froid et à la faim et qu’il n’était pas né de la dernière pluie et qu’ il pourrait nous donner des leçons de survie etc…
Il m’avait tellement soulée de paroles car il avait eu la bienveillance de venir s’assoir en face de moi, que je me suis endormie sur la banquette devant mon jus de fruit.
Quand je me suis réveillée, il faisait jour. Le soleil était présent et promettait une belle journée. Je venais de faire un rêve affreux ; il y avait une coupure d’électricité pour une durée indéterminée et je me baladais sur les boulevards. J’étais heureuse de me réveiller dans mon lit ouf !
Je trainais les pieds jusqu’à la cuisine et là… sur la table…trônaient une bougie et une boite d’allumettes. Machinalement j’essayai de brancher ma cafetière et elle ne se mit pas en marche. Mon réveil mural était arrêté et noir.
Mon téléphone n’avait plus de batterie et bien sûr, il n’y avait vraiment plus d’électricité.
Un grand coup de solitude m’a pris à la gorge et pourquoi je ne sais pas, mais je hurlai: au secours ! c’était nerveux. Il fallait que je me calme et que je sorte.
Depuis deux mois que cela dure, nous nous sommes organisé entre voisins et ma foi, on vit bien, enfin on survit. Il parait qu’ils vont remettre l’électricité dans huit jours. C’est presque dommage car nous avons créé des liens qui ne résisteront sans doute pas au quotidien moderne, mais tant pis cela nous fera un bon souvenir à raconter.
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