Défi 92 (croqueurs de mots)
Rendez- vous au musée pour l’exposition Marc Chagall.
Un tableau vous impressionne :
La cuillerée de lait
Alors vous nous racontez !
Ah ! J’allai oublier placez les mots suivants :
Binocle, bonsaï, bénévole, bistrot, barrir
COMPRENDRE LA PEINTURE ?
Je connaissais très mal les œuvres de Chagall. En fait, je n’y
connaissais rien en peinture, tout simplement ! Alors quand mon copain m’annonça qu’une exposition du maître avait lieu et qu’il souhaitait m’y emmener, je fis la grimace. Mais il avait
l’air tellement heureux de me faire connaître sa passion, depuis notre enfance, il en rêvait ! J’acceptais et me voilà donc arpentant cette immense galerie, regardant de préférence les
visiteurs aux tableaux.
Une jeune fille que je n’avais pas vue me tapa sur l’épaule et me dit :
— Alors beau brun, La cuillerée de lait, ça ne vous interpelle pas ? Cette magnifique scène de la vie quotidienne ?
— La cuillerée de lait est vraiment son titre ? Répondis-je
bêtement.
— Bien sûr !
Et la voilà qui se lance dans une grande explication. Au début, j’écoutais sans entendre et puis, je m’y
intéressai : c’est fou ce qu’elle voyait dans ce tableau !
— Regardez cette pauvre femme qui essaie de faire avaler à son vieux fou de mari une cuillère de lait ? Elle lui parle, elle le conjure de mettre ses binocles pour lire en
ajoutant : tu ne vois même pas la cuillère, tu vas en mettre partout ! Mais lui, prudent lui
demande si elle n’est pas en train de l’empoisonner, vous voyez son air soupçonneux ?
— Oui en effet, mais dites-moi, ils se trouvent où là ?
Dans leur cuisine ou dans un bistrot ?
— Au bistrot ? Vous
n’y pensez pas ! Il est bien trop peureux et crois toujours que le monde entier se donnerait la
main et serait bénévole pour tenir la cuillère pleine de
poison !
— Mais vous me dites que c’est du lait !
Souriant d’une façon énigmatique, ma jolie rencontre murmura : qui sait ? On voit et on imagine ce que l’on veut lorsque l’on regarde un Chagall,
surtout quand le maître n’est plus là pour nous expliquer.
— Regardez cette ombre derrière lui sur la gauche de la photo, ne dirait-on pas un bonzaï ?
Je m’esclaffai content de
ma boutade et elle daigna sourire, quand mon téléphone
portable se mit à barrir ! Quelle honte ! J’avais effectivement téléchargé cet affreux cri.
La jolie fille me regarda droit dans les yeux et l’air désespéré me dit :
— En effet, qu’est-ce qu’un homme qui télécharge une musique aussi nulle
sur son portable peut-il comprendre du grand Chagall !
Rougissant, je la quittai sans m’excuser mais en murmurant tout
bas : Et ce Chagall ? Il était sain d’esprit quand il a peint ce truc ? La femme n’aurait pas pu lui tendre le verre au lieu de risquer de renverser la cuillerée
de lait sur son livre ?