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Le blog de Marie Chevalier

un blog pour mes écrits,et pour y recevoir mes amis

c'était mon frère

Publié le 10 Mars 2011 par marie chevalier

 

petit jeu de  maux d'auteurs  auquel j'avais  participé en tenant compte des  consignes ci-dessous: 

 

 

"Ecrire un texte de 3000 signes, commençant par la phrase qui suit: " Je savais que c'était une erreur de passer cet argent à mon frère. Mais est-ce que j'avais le choix?"
Dans le corps du texte, introduire cette autre phrase:
"J'aurais aimé conduire cette petite jument tout en chantant dans le vent des épithalames triomphants. »
Ces deux phrases sont extraites l'une d'une nouvelle de Carver, l'autre d'un roman d'Elizabeth Von Arnim.
" 

 

 

C’ETAIT MON FRERE

 

 

Je savais que c’était une erreur de passer cet argent à mon frère. Mais est-ce que j’avais le choix ?

Julien et moi étions jumeaux et jamais nous ne nous étions séparés plus de huit jours. Dès que je partais en vacances avec mon petit ami du moment, immanquablement, il téléphonait et me demandait s’il pouvait nous rejoindre.

Hélas, je n’ai jamais eu la volonté de dire non catégoriquement et c’est ainsi que j’ai perdu plusieurs flirts qui n’acceptaient pas le partage.

Nous avions vingt ans et toute la vie devant nous, alors nous faisions les fous, allions dans des discothèques et bien sûr, c’était toujours moi qui payais. Il me racontait des histoires incroyables et bien que sceptique, je faisais semblant d’y croire. Il ne s’agissait que de broutilles : emmener une copine au cinéma, changer une roue de sa vieille voiture, régler son loyer en retard, s’acheter des cigarettes. Je faisais la moue mais je craquais.

 

Aujourd’hui, tout était différent.

Pourtant il n’y avait que deux ans que nous nous étions un peu perdus de vue. J’avais pris un studio avec Arnaud et nous étions heureux. Julien passait de temps en temps mais de plus en plus rarement depuis quelques mois. Il nous racontait qu’il avait beaucoup à faire et nous ne demandions qu’à le croire.

Je le trouvais malgré tout changé, nerveux. Lui toujours rieur plaisantait de moins en moins.

 

Quand je lui posais des questions sur sa santé, il éludait et disait : ça va, ne t’inquiète pas.

Ce soir- là, il vint nous rendre visite vers 21 heures, complètement affolé en nous demandant de lui prêter deux mille euros, ce que je fis bien sûr. Il avait tellement l’air désespéré, mais il fut hors de question d’en savoir plus. Il ne voulut rien nous dire, malgré mon insistance.

 

Quand deux jours après sa visite chez nous on nous téléphona pour nous dire qu’il s’était suicidé, avec un pistolet acheté la veille, au noir à un type qu’il connaissait paraît-il ? Je suis restée abasourdie. A cause de moi, il était mort. Je n’aurais jamais du … Il semblait tellement mal ces derniers temps et moi sa sœur, n’avait été préoccupée que par ma petite vie tranquille… Je n’ai rien vu venir …

 

Je pleurais doucement, en me souvenant notre vie insouciante d’enfants.

Nous nous inventions des histoires, quand nous étions adolescents et que nous allions rendre visite à notre grand-père, fermier à côté de Moulins.

Dans la ferme, i l y avait un cheval, un beau percheron solide sur ses pattes et une jolie jument fine et douce qu’il avait sauvée de l’abattoir et qu’il avait appelée Belle.

 

Alors parfois, nous nous regardions Julien et moi et très sérieusement, je lui disais : quand tu te marieras, on lui mettra plein de fleurs autour du cou à Belle, une jolie étoffe blanche sur sa croupe, et tu la monteras, majestueux, avec ta fiancée en amazone : vous irez ainsi à l’église.

Aujourd’hui, je murmure tout bas : j’aurais aimé conduire cette petite jument tout en chantant dans le vent des épithalames triomphants, et au lieu de cela, me voilà derrière cet affreux corbillard et je t’accompagne au cimetière.

Adieu Julien

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marie chevalier 13/03/2011 17:07



Je vous remercie d'avoir lu ce petit texte. Je m'occupe d'être des vôtres  le plus tôt  possible, le temps de  me familiariser avec  "over-blog"  (sourire) 


En attendant  bonne fin de  dimanche 



Marine D 13/03/2011 15:06



C'est magnifique j'aime beaucoup moi qui monte une Nina blanche et qui ai perdu mon frère que j'aimais tant !!!



Tony yves 12/03/2011 20:49



J'ai lu votre texte avec beaucoup d'attention et je ne peux m'empêcher de penser que partir de cette façon c'est horrible, on laisse à celui qui vient de vous donner la preuve de son amour
fraternelle tout le poids de la culpabilité


Bon weekend


TY



marie chevalier 10/03/2011 18:10



pas de  problèmes  tu as mon accord  bises Marie



Parisianne 10/03/2011 17:59



 merci de nous offrir cette lecture. Un texte tragique, on se sent tellement responsables parfois alors qu'on ne
peut pas toujours tout prévoir ni tout éviter. C'est amusant parce que j'ai fait remonter ma version de ce jeu il y a peu. Je vais la remettre en avant demain soir et mettre un lien vers vous,
d'accord ? C'est toujours agréable de voir les différentes interprétations et là il n'y a pas de classement, juste du bonheur d'ériture et de lecture ! J'attends votre accord.
Bisous
Anne